Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Classe 26 - Maroquinerie

Classe 26 - Maroquinerie à l'exposition de Paris 1867

Les anciens maroquiniers étaient des tanneurs de haut étage; ils avaient obtenu des lettres patentes enregistrées au Parlement, et avec elles, les privilèges accordés aux manufactures royales ; on avait reconnu ainsi le service rendu par eux à la France, qu’ils avaient affranchie du lourd tribut que pendant longtemps elle avait été forcée de payer à l’étranger.

La préparation spéciale ou l’apprêt des peaux de bouc, de chèvre, de mouton et de veau, le traitement de ces peaux par le sumac ou la noix de galle et leur mise en couleur par la cochenille et le kermès attribués au Maroc, sont particulièrement dus aux ouvriers de Tétuan, ville du royaume de Fez.

La fabrication du maroquin en Europe ne remonte pas au delà de la première moitié du dernier siècle, jusque-là on l’avait tiré du Levant et de la côte de Barbarie.

Elle ne devint très-florissante chez nous, malgré les privilèges qui lui avaient été accordés, qu’en 1797, lorsque MM. Fauler et Rempli, eurent fondé leur grande usine de Marly-le-Roi.

A dater de cette époque les progrès de celte industrie firent des pas immenses, et, aujourd’hui, elle est parvenue à reproduire de la manière la plus exacte les couleurs et les nuances diverses exigées par son appropriation et son emploi dans les ameublements, comme tenture, tapisserie et ornement de luxe.

Mais là ne devaient pas s’arrêter ses applications industrielles: l’Autriche essaya de l’employer dans les menus objets de tabletterie, et M. Schloss qui apporta à Paris des échantillons des premiers essais faits à Vienne, ouvrit, à son insu peut-être, à notre industrie, une source inépuisable de gracieuses et ravissantes créations. Bientôt une lutte ardente s’établit sur ce terrain tout pacifique, entre les fabricants et les ouvriers de Vienne, de Paris et de Londres : le métier prit en peu de temps les proportions d’une vaste fabrication, et l’industrie nouvelle réclama presque aussitôt le concours de l’art pour arriver à son plus haut point de perfection.

Les chefs-d’œuvre de toute espèce qu’elle a exposés aux yeux éblouis des visiteurs du Champ de Mars, pourraient faire croire que c’est après de longs et pénibles tâtonnement j quelle est parvenue à la réalisation de ces merveilles; et cependant cette industrie est à peine née d’hier, et c’est presque de prime-saut qu elle est arrivée au point où nous la voyons.

Comment supposer, en effet, qu’avec toutes les ressources dont elle pourra ultérieurement disposer, le concours intelligent des plus habiles artistes, et l’infatigable imagination, l’ingéniosité surprenante de ses metteurs en œuvre, qui sont de véritables magiciens, elle puisse réaliser de plus étonnants prodiges que ceux qu’ont accumulés, dans leurs vitrines, MM. Midocq et Gaillard, M. Auguste Klein et MM. Rodeck frères?

Ces trois exposants ont obtenu la médaille d’or; ils auraient été mieux partagés sans doute, si le jury n’avait pas craint d'adjuger un prix d’honneur à une industrie qui, dans l’opinion de quelques juges sévères, a le tort d’être purement une industrie de fantaisie et de luxe.

Nous avouons, quant à nous, que nous n’aurions pas établi cette subtile distinction et fait celte pudique réserve.

Le nécessaire de MM. Midocq et Gaillard, avec sa riche et splendide garniture, nous paraît, en son genre, une des œuvres les plus achevées et les plus complètes de toute l’Exposition, et nous trouverions difficilement, parmi les élégants produits que contient le Palais, des objets qui pussent rivaliser pour le bon goût et la perfection avec le magnifique album de M. Auguste Klein. Jamais la reliure, du temps même des plus grands maîtres, n’a exécuté rien de plus parfait que le dos, les plats, l’endossage, la dorure et les ornements de cet énorme volume. Le maroquin n’avait jamais reçu encore une plus éclatante parure.

MM. Schloss et neveu, hors de concours par l’association de M. Auguste Schloss au jury, ont plutôt exposé de la tabletterie que des objets de maroquinerie. Leurs deux flambeaux en ivoire, achetés par S. A. I. la Princesse Mathilde, sont des pièces d’art remarquables par leur extrême simplicité, et une forme de très-bon goût.

Le beau nécessaire-argent de M. Aucoc, qui, comme membre du jury, est aussi hors de concours, est d’un beau travail; toutes les parues en ont été exécutées avec un soin tout à fait minutieux; ce meuble, destiné au Prince Impérial, ne serait déplacé dans aucun palais.

M. Allain-Moulard a obtenu la médaille d’argent. A notre avis encore c’est une récompense un peu mince; car sa vitrine est un véritable écrin, et tous ses produits sont des objets d’une coquetterie charmante. Quelle variété! quelle fantaisie! Il faut avoir une imagination constamment en travail pour produire tant d’objets différents de forme, et d’une si parfaite exécution. Il y a là des porte-monnaie, des bourses, des porte-cigares, des sacs, des albums, des buvards, qui ne peuvent être que l’œuvre d’un magicien; et à côté des sachets, des vide-poches, des pelotes, des coiffures, des bracelets et des colliers d’une élégance et d’une grâce vraiment adorables.

La petite maroquinerie a un peu étendu son domaine ; elle ne se contente plus d’employer le maroquin; elle le marie avec le velours et la soie, et trouve de si ingénieuses combinaisons qu’on va de surprise en surprise dans l’examen de ses mille produits ; au besoin même, et, ces cas-là sont fréquents, elle rehausse son travail en l’agrémentant de perles, en y appliquant l’écaille et l’ivoire, et l'enrichissant de brillantes garnitures de métal, d’argent bien souvent et quelquefois d’or.

La multiplicité des articles de maroquinerie rend difficile l’évaluation de la matière première qui, le plus souvent, n’entre dans la fabrication que pour une très-faible part; car cette industrie est obligée de faire constamment appel aux ébénistes, aux tabletiers, aux bijoutiers, aux couteliers, à tous les ouvriers garnisseurs, sans lesquels il lui serait impossible d’établir ses nécessaires, ses sacs de voyage et les mille objets de sa fabrication courante.

M. Leucbars, de Londres, auquel le jury a accordé une médaille d’argent, a réuni dans s i vitrine des produits d’une richesse et d’un luxe tout anglais : il faut louer sans réserve le soin et le goût qui ont présidé à l’établissement de ses nécessaires; mais ce qui les distingue, c’est une solidité qui peut défier toutes les avaries et tous les accidents. De pareils meubles peuvent traverser impunément les mers, et je ne doute pas qu’après avoir fait le tour du monde, ils ne revinssent à Londres frais comme devant.

La maroquinerie de Paris, de Vienne et de Londres, ont chacune leur cachet particulier : à Vienne, on cherche avant tout le brillant, l’éclat, le luxe, auxquels on sacrifie le reste; à Londres, on ne comprend l’élégance que dans la richesse, la solidité que dans une construction massive; à Paris, on s’efforce d’associer toutes ces qualités, en évitant de les exagérer et, conséquemment, de tomber dans un défaut par le désir de trop bien faire.

L’Exposition a prouvé que, chez nous, cette industrie est arrivée à son plus haut point de perfection, et que Paris n’a rien à craindre de la rivalité étrangère.

Si l’Autriche a eu 3 médailles d’or, la France en a eu 4 et, de plus, 26 médailles d’argent contre les 5 qui ont été adjugées à sa devancière dans une industrie dont la royauté ne lui appartient plus aujourd’hui sans partage.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée