Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Gare du Champ-de-Mars

Gare du Champ-de-Mars à l'exposition de Paris 1867

La gare du Champ de Mars est destinée à disparaître prochainement, comme tous les autres monuments de l’Exposition, C’est dommage ; c’est une construction bien réussie et dont nous faisons notre compliment à l’architecte qui l’a édifiée.

La voie ferrée qui relie le Champ de Mars au chemin de ceinture est une voie excentrique, c’est-à-dire qu’au lieu d’aller vers Paris, elle s’en éloigne. Sa longueur est de trois kilomètres jusqu’à la station de Grenelle, point de jonction avec le chemin de ceinture. Si bien que cette voie excentrique a justifié cette proposition bizarre ; que le chemin le plus long pour aller d’un point à un autre, est un chemin de fer.

L’exploitation a commencé le 1er avril, le jour même de l’ouverture de l’Exposition. Le nombre des voyageurs transportés, aller et retour, jusqu’au 3 novembre est de 1 474000, soit un peu moins de 7000 par jour. Le retard apporté à la réception des travaux n’a pas permis au chemin du Champ de Mars de rendre à l’installation des produits tous les services qu’il aurait dû rendre, pour le transport des colis.

Qu’a coûté rétablissement de cette voie éphémère ? Je n’estime pas la dépense à moins de deux millions, dont 500000 environ pour la gare. La construction toute seule a coûté 210 000 fr. ; il faut ajouter à ce prix les remblais considérables, les plaques tournantes, les conduits de gaz et les voies de garage.

Qu’a produit le chemin? Moins de 100 000 f, si l’on estime qu’il partage la recette avec le chemin de ceinture, d’après le nombre de kilomètres parcourus.

On a dit que la voie avait été construite de façon à ne pas durer. C’est une erreur : on a exigé la même solidité que pour un chemin permanent. Ce qui a donné naissance à cette erreur, c’est que la voie occupe, en effet, l’emplacement de la berge du fleuve, que M. le Préfet de la Seine s’est réservée pour construire les quais de Grenelle.

Mais ni les quais, ni le chemin de fer ne sont nécessaires dans ces parages, si le Champ de Mars retourne à sa première destination.

Lorsque ce chemin fut voté par le Corps Législatif, il fut spécifié qu’on pourrait exiger sa démolition, après le service temporaire auquel il était destiné. Toutes les parties intéressées ayant intérêt à cette démolition, cette clause de la loi ne saurait tarder à être exécutée.

J’ai dit que les voyageurs n’avaient pas rapporté au chemin du Champ de Mars plus de 100 000 fr., toute compensation de parcours faite avec le chemin de ceinture. Mais de cette somme il faut déduire en dépense, les frais de personnel, surveillants et employés, le gaz et tout le service du matériel. Parce que ce chemina produit en pleine foule, on peut calculer ce qu’il produirait avec le Champ de Mars déserté.

A le démolir, la Compagnie trouvera cet avantage de disposer de son personnel pour un service plus utile, de faire emploi des rails sur son nouveau réseau, et de rentrer dans le produit de la vente des démolitions de la gare. Le produit des démolitions ne portera pas, bien entendu, sur l’ensemble des dépenses de la gare, montant de 400 à 500 000 fr., mais seulement sur les 210 000fr. que la construction a coûté.

C’est grand dommage que cette construction doive disparaître, car elle est fort réussie, nous l’avons dit. Deux grands escaliers s'arcs-boutants par-dessus l’avenue Suffren, font communiquer la gare avec le Parc de l’Exposition. Une large terrasse s’ouvre devant la façade, et sert de buvette d’attente. L’office de la buvette est à l’autre bout de la gare, avec le bureau des journaux. A droite et à gauche sont les guichets de départ, l'un pour Grenelle, rive gauche, l’autre pour Auteuil, rive droite. Les dimensions de l’intérieur sont suffisantes pour recevoir la foule.

La gare des marchandises est en contrebas, latérale au quai: des rails la font communiquer de plain-pied avec le Champ de Mars, jusque dans l’enceinte de la Galerie des machines, ce qui fait que les colis passent du Palais sur la voie ferrée, sans transbordement.

Gomme on le voit, nous continuons à recueillir les vestiges des choses que bientôt on ne verra plus, et qui ne vivront que dans Je souvenir.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée