Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Colonies françaises

Colonies françaises à l'exposition de Paris 1867

Adossées à l’Algérie sur toute la longueur d’un rayon secteur, les colonies françaises ont dû, pour se conformer au programme, confondre leurs richesses en une seule expo-position, malgré les grandes différences qui les distinguent. La personnalité de chacune se trouve ainsi un peu trop effacée ; mais avec quelques recherches on parvient à s’y reconnaître.

A commencer par l’Amérique du Nord, Saint-Pierre et Miquelon, deux tristes et froids îlots, rachètent leur petite étendue par l’activité de leurs habitants, auxquels viennent se joindre de nombreux marins de France, quand les glaces commencent à se fondre, au réveil du printemps. Là, toute l’existence c’est la pêche, c’est la morue! Les goélettes qui mettent à la voile pour Terre-Neuve, munies de leurs agrès, de leurs lignes, de leurs équipages, se voient ici, représentées en miniature, mais fidèlement; encadrées dans des filets qui se déploient en transparents rideaux et élégantes portières. A la chair du poisson que consomme le peuple des deux mondes, l’industrie pharmaceutique a depuis quelques années ajouté l’huile de foie de morue, brune ou clarifiée, qui est rapidement devenue, à Saint-Pierre, comme à Terre-Neuve, l’objet d’un important commerce. Des bocaux de toute forme la montrent sous toutes les nuances.

Dans la mer tropicale des Antilles, la Martinique et la Guadeloupe soutiennent avec courage l’honneur du travail français en face des îles voisines et rivales où flottent les pavillons anglais, espagnols, danois. A l’une et à l’autre le sucre a valu une médaille d’or, accordée à MM. Guiollet et Quenesson, pour la Martinique, au marquis de Rancougne pour la Guadeloupe. La séparation en deux industries distinctes, de la culture delà plante saccharifère et de la fabrication du sucre, opérée dans planeurs usines de nos Antilles, prépare une révolution économique et sociale. Dès à présent les centres de fabrication perfectionnée, où trônent les appareils de la maison Cail, obtiennent du premier jet des sucres en poudre d’une éclatante blancheur, qui peuvent entrer dans la consommation sans passer par la raffinerie.

Déchus de leur antique vogue par les ravages des ouragans, par les caprices de la mode et surtout par l’invasion de la canne, les cafés, les tabacs, les cotons, les cacaos, étaient depuis quelque temps fort délaissés. Avertis par le spectacle des vicissitudes qui atteignent leur rivale, ils reprennent courage et aspirent à partager ses profits et ses honneurs. Dans les boutiques du promenoir circulaire, le public a pu goûter les conserves, les confitures, les légumes, les fruits de ces pays privilégiés; et les noms de MM. Guesde, Thébault - Nollet, de la Martinique, de Mme Toutou te, de la Guadeloupe, ont acquis auprès des gourmets une vraie popularité.

Toujours en Amérique, mais sur le continent, la Guyane brille surtout par ses bois aux belles dimensions, admirables de grains, de nuance, en variétés assorties suivant les besoins, depuis l’ébénisterie de luxe jusqu’aux traverses de chemin de fer, jusqu’aux constructions de la marine. On remarque aussi les sables aurifères de l’Approuague, dont on voit de jolies pépites, les roucous aux tons d’un rouge éclatant, les cotons, les cacaos, les girolles. L’herbier de M. Sagot fait entrevoir une flore des plus riches.
De Cayenne, en franchissant l’Atlantique, nous abordons au Sénégal. Pendant plusieurs siècles, le Sénégal a vécu sur le commerce des gommes qui découlent de l’écorce des acacias gercés par le brûlant hermallan. Triées et classées, elles forment des assortiments qui en relèvent la valeur et en marquent les emplois. On leur associe, depuis plusieurs années, l’arachide, une graine très-oléagineuse, recherchée pour la tannerie.

En fait de nouveautés, il faut remarquer la fafetonne, aigrette soyeuse de l’asclepias gigantesque, remarquable par son brillant et sa légèreté, qui s’allie parfaitement avec la soie, la laine et le coton, et prend très-bien la teinture. Le coton, indigène dans le pays, ainsi que l’indigotier, a vu multiplier des essais, jusqu’à ce jour, médiocrement réussis : à leurs côtés les plumes d’autruche annoncent le voisinage du désert, et les bijoux travaillés à Saint-Louis, non sans art, par les orfèvres noirs, révèlent les mines d’or du Bambouk, mieux connues qu’exploitées.

Parmi nos établissements de la Côte d’or, le Gabon se signale par ses gommes copales, ses plantes médicinales, ses huiles, ses bois de teinture et de construction, dont le commerce croissant, en grande partie personnifié dans la maison Régis, de Marseille, remplace les odieuses cargaisons d’esclaves que la barbarie des traitants qualifie, par une insultante métaphore, de bois d’ébène. Les collections d’histoire naturelle de M. Touchard ont été distinguées par une médaille d’argent.

Dans les eaux de l'Océan indien, resplendit, comme une oasis florissante de verdure, l’île de la Réunion, autrefois (et encore aujourd’hui, dans le langage courant) nommée l’île Bourbon, sœur jumelle de cette autre Ile-de-France, chantée par Bernardin de Saint-Pierre, méconnaissable sous le nom de Mauritius. Ici comme aux Antilles, la culture et la fabrication du sucre sont l’industrie dominante, presque exclusive; source malheureusement trop intermittente de la fortune, de l’honneur, de tous les plaisirs que peut donner la colonie et de ceux dont l’Europe dispose. Mais, malgré la maladie qui, depuis plusieurs années, sévit sur la canne, les colons, loin de déserter la lutte, ont rivalisé d’ardeur. L’établissement de Savannah a obtenu une médaille d’or, que lui disputaient de nombreux rivaux, parmi lesquels M. Anicet Orré a emporté une médaille d’argent. La même distinction a récompensé M. Alphonse Frappier pour ses fécules de patate et ses cafés, ces cafés de Bourbon, longtemps si renommés pour la pureté de leur origine qui remonte aux provenances de Moka même, et qui, après avoir été trop longtemps délaissés pour la canne, reprennent faveur dans les cultures des planteurs. Ils y fleurissent à côté de la vanille, du cacao, du colon, du tabac, des fruits oléagineux, des vivres de toute sorte qui se partagent les rôles secondaires.

Comme en tous les pays aimés du soleil où abondent avec le sucre, les liqueurs suaves et les fruits exquis, la Réunion fait un grand commerce de conserves, parmi lesquelles celles de M. Eugène Lacaze, qui se présentaient en échantillons très-variés, ont été récompensées par une médaille de bronze. A la Réunion, la culture des sciences, des arts, des lettres occupe ou distrait les rares loisirs laissés à la pensée par l’activité des affaires. Les photographies de M. Azema, l’Album de M. Roussin, les collections naturalogiques de MM. Lautz et de Cardemon ont été justement remarquées par le jury ou par les curieux.

Plus près de la grande île de Madagascar — la France orientale du dix-septième siècle — Sainte-Marie, Nossi Bé, Mayotte, prolongent, à l’ombre de notre drapeau, jusqu’au voisinage de l'Afrique orientale, notre commerce colonial, représenté par des écailles, des cires, des riz, des huiles, des bois, auprès desquels des sucres attestent le travail de l’homme civilisé venant compléter celui de la nature. Le nom de M. Lambert qui se remarque sur plusieurs échantillons, s’il est celui du duc d’Emyrne, rappelle l’énergie des luttes et des espérances.

Sur le continent asiatique, l'Inde française a de plus antiques et imposantes traditions à conserver. Ici, le sucre s’efface pour faire place à d’autres produits du sol et du climat, du travail agricole et de l’industrie manufacturière. Nous sommes dans les domaines de l’indigo, du riz, des graines oléagineuses, des toiles peintes, dites guinées, parce qu’elles sont destinées aux habitants de la Guinée et du Sénégal, où elles servent de vêtement et de monnaie. Les noms de MM. Perrotet et J. Lépine, honorés d’une médaille d’argent, rappellent de laborieuses et savantes recherches, entreprises au profit de la sériciculture, de l’acclimatation, de la botanique, de l’art pharmaceutique.

Dans la colonie naissante de la Cochinchine, la race annamite se ressent du positivisme chinois; la folle du logis rêve peu de divinités; la main aime mieux s’appliquer à des œuvres plus Utiles; elle guide le buffle dans les rizières; elle tisse la sole, le coton, le china-grass pour les vêtements de la famille; elle conduit les barques à travers le méandres des canaux et des rivières qui baignent la contrée; elle prépare le poisson à dessécher; elle cisèle l’or et l’argent pour bijoux, fouille et incruste de nacre les meubles pour vendre au dehors ou orner la maison.
A ces travaux des indigènes l’esprit européen vient apporter ses procédés et ses conseils; il recueille avec curiosité les débris des antiques civilisations qui ont, à des âges inconnus, régné sur le pays; dans la vitrine des arts libéraux se voient des peintures, des sculptures, des vestiges d’architecture qui font un singulier contraste avec l’art sans caractère de l’état actuel.

En pleine Océanie, le pavillon français flotte sur la Nouvelle-Calédonie, sur Taïti et ses dépendances. Dans la première de ces colonies, l’agriculture n’a pris possession de quelques parties du sol que depuis peu d’années; ses efforts sont attestés par des cafés et des laines. Le commerce des produits naturels et représenté par des huiles, des vins, par les tripangs, ou biches de mer, limaces des eaux salées, qui sont pour les Chinois blasés un mets délicieux. La science, qui est l’avant-garde de la colonisation, a la plus large part dans les apports de la Nouvelle-Calédonie ; ce sont les amples et beaux herbiers de M. Vieillard, honorés d’une médaille d’or, les collections d’histoire naturelle de MM. Paucher, Deplanche, Mévus, Garnier, dont la réunion révèle les plus précieuses ressources, sous le climat le plus sain du monde.

Un peu plus avancée, parce que la date de son occupation est de dix ans plus ancienne, île de Tahiti se prévaut, — et elle a bien raison — des cotons de la compagnie Suarez, et de l’arrow-root de M. Bonnet, sans oublier ses huîtres perlières, et ses nacres, et ses tripangs et ses huiles de coco : autant d’appels au commerce de l’Asie et à l’industrie de l’Europe.

Placées pour la plupart dans les zones qu’échauffe et illumine un ardent soleil, les colonies françaises présentent au simple coup d’œil une variété étincelante de couleurs qui se reflète sur toute l’Exposition. Bien vite le visiteur reconnaît qu’il est dans le pays des oiseaux-mouches et des colibris, des fleurs éblouissantes et parfumées ; et il est assuré de découvrir partout la fantaisie, originale jusqu’à la bizarrerie, à côté des œuvres sérieusement utiles. Dans ce genre rien ne dépasse les fleurs de MM. Malidor et Desmoulins, composées non avec de ternes pétales de papier ou de mousseline, mais avec les plumes des oiseaux des tropiques, toutes diaprées de topaze et d’or, de saphir et de rubis. On n’imagine rien de plus vif et de plus élégamment joli.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée