Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Hauts fourneaux et forges de MM. Petin, Gaudet & Cie

Hauts fourneaux et forges de MM. Petin, Gaudet & Cie à l'exposition de Paris 1867

Les nombreux et vastes établissements métallurgiques qu’ont fondés et que dirigent MM. Petin et Gaudet, tiennent le premier rang en Europe entre toutes les usines du même genre; et nous croyons que la Commission impériale a fait un simple acte de courtoisie en adjugeant le premier grand prix à M. Krupp, d’Essen, pour ses aciers fondus; si elle les avait soumis aux épreuves concluantes qu’ont subie en Angleterre même ceux de MM. Petin et Gaudet, assurément, elle n’eût pas assigné à ces deux éminents industriels le second rang sur la liste de ses grands prix.

Mais MM. Petin et Gaudet ont compris que de la part de la Commission c’était une pure déférence, et ils se réservent de remettre eux-mêmes, à la première occasion, la Prusse à sa véritable place.

La Société qu’ils dirigent a son siège social à Rive-de-Gier. Ses travaux sont répartis entre plusieurs établissements, comprenant les industries relatives à la fabrication du fer : mines, hauts fourneaux au bois et au coke, forges, aciéries, enfin ateliers de montage et d’ajustage.

Elle possède et exploite dans l’île de Sardaigne le gisement de fer oxydulé de Saint-Léon, où 500 ouvriers, appelés de France ou recrutés en Piémont, exploitent chaque année plus de 60 000 tonnes de minerai.

Elle a une usine à Toga (Corse), une autre à Clavières, dans le département de l’Indre, une troisième à Givors (Rhône); c’est celle qui approvisionne ses aciéries de toutes les fontes employées au procédé Bessemer; une autres à Saint-Chamond (Loire), où sont concentrés le puddlage et le laminage de toutes les pièces en fer ou en acier et tous les ateliers de montage et d’ajustage ; une cinquième à Rive-de-Gier (Loire), où sont forgées toutes les pièces qui exigent le travail des gros marteaux pilons; enfin, une sixième à Assailly (Loire), où est localisée la fabrication des aciers.

Les différents ateliers de la Société Petin, Gaudet et Cie emploient une force de vapeur de 6000 chevaux, occupent une population de plus de 5000 ouvriers et produisent annuellement 50 000 tonnes de fer ou d’acier représentant une valeur totale de 35 millions de francs.

Quand on pense que les deux hommes qui dirigent ces vastes établissements et leur impriment chaque jour une activité nouvelle, les ont créés avec leurs seules ressources, qu’ils se sont élevés des plus humbles rangs des travailleurs au premier rang parmi les chefs des plus importantes usines de l’Europe, on se demande si le pays pourra jamais les honorer assez et s’acquitter envers eux d’une dette de reconnaissance que leurs services accroissent chaque année. Cela est douteux; mais heureusement, MM. Petin et Gaudet trouvent dans leurs travaux accomplis et les progrès qu’ils font faire à leur industrie leur plus douce et leur plus solide récompense.

Dans un vaste pavillon élevé à l’entrée du Parc, à droite de la porte d’Iéna, sont réunis des spécimens de tous les produits de la Société : minerais de fer oxydulé magnétique, minerais en roche, minerais pisiformes, fers affinés, fontes au bois, cassures de fer, castines et laitiers de hauts fourneaux. Mais ce qui attire plus particulièrement les regards de la foule, c’est un magnifique trophée d’outils fabriqués avec les aciers d’Assailly, un lingot d’acier fondu du poids de 25 000 kilos; un canon en acier du calibre de 24 centimètres, d’une longueur de 5 mètres 460 centimètres et du poids de 16 000 kilos. Cette pièce, qui se charge par la culasse, a été commandée par le gouvernement.

On examine, avec non moins de curiosité, des plaques de blindage en fer fin, dont quelques-unes ont été soumises aux plus rudes épreuves. Mais la pénétration qu’elles ont subies a été si faible et est restée si nette autour du point central, les bossages de la face arrière ont été si peu sensibles, qu’il a été démontré que la matière dont elles sont formées réunit au plus haut degré les deux qualités les plus difficiles à associer : la dureté et la malléabilité.

Nous n’avons ni le temps ni la place qu’il nous faudrait pour décrire et même seulement cataloguer les soixante-seize spécimens réunis dans le pavillon de la Société de Rive-de-Gier, mais nous devons signaler encore : un second trophée fait de tous les types de ressorts employés par les chemins de fer pour locomotives et wagons: ressorts en feuilles assemblées, ressorts spirales et ressorts du système Belleville; enfin un arbre coudé en acier fondu, modèle des machines installées sur les bateaux des messageries impériales. Cet arbre pèse 7710 kilogrammes. On a ménagé, à l’intérieur du coude et à l’extrémité d’un des tourillons, des cassures qui permettent d’apprécier l’homogénéité de la matière.

Nous avons dit à quelles épreuves ont été soumises les plaques de blindage fabriquées par MM. Petin et Gaudet; et nous avons parlé de leurs canons sans mentionner les épreuves qu’ils ont subies. Pour qu’on puisse apprécier leurs forces de résistance nous devons les indiquer.

Un canon rayé recevant des projectiles d’acier du poids de 60 kilos a tiré une première série de 200 coups, chargés à 12 kilos et demi de poudre, puis une seconde de 200 autres coups avec la charge de 15 kilos. Comme les dimensions de la chambre ne permettaient pas l’introduction, d’un plus fort volume de poudre, les épreuves ont été reprises sur une troisième série de 200 coups avec 12 kilos et demi de poudre brisante, et après ces 600 coups l’acier n’avait éprouvé d’altération dans aucune de ses parties.

La plupart des fameux canons Amstrong auraient crevé avant d’avoir subi le quart de ces épreuves.

On comprend après ce que nous venons dédire, que jamais grand prix n’a été plus légitimement conquis et mieux mérité que celui qui a été adjugé à MM. Petin et Gaudet.

Nous nous étonnons que ces éminents industriels qui donnent sans interruption du travail, pendant toute l’année, à une population de 5200 ouvriers, qui ont fondé des caisses de secours dans chacune de leurs usines, qui, au moyen d’une dotation, ont constitué un fonds spécial de prévoyance, et assuré un service médical gratuit aux malades et aux blessés, ne figurent pas dans l’ordre des récompenses accordées aux chefs des établissements où règnent à un degré éminent l’harmonie sociale et le bien-être des populations.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée