Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Statue de don Pedro II

Statue de don Pedro II à l'exposition de Paris 1867

Trois statues équestres représentent à l’Exposition les traits des deux empereurs qui se sont succédé sur le trône du Brésil. A la porte de l’avenue Rapp, dans la section portugaise, on reconnaît le même souverain, fondateur de la monarchie brésilienne, sous le nom de Pedro Ier, roi de Portugal sous le nom de Pedro IV. L’empereur actuel, Pedro II, est placé dans le quart nord-ouest du Parc.

Un pareil luxe de statues, cependant, n’est pas chose choquante, car les souverains auxquels elles sont élevées ont mérité le3 honneurs du bronze qu’on prodigue si facilement aujourd’hui. Don Pedro Ier et son fils sont deux types de princes grands et bons à la fois. La maison de Bragance s’est chargée de réparer les torts des autres dynasties européennes qui pendant si longtemps ne s’étaient révélées à leurs sujets des colonies que par des impôts onéreux, des lois tyranniques et des vice-rois plus tyranniques encore. L’histoire nous montre peu de figures aussi extraordinaires que celle de Pedro Ier, ce royal révolutionnaire qui joignait à un profond esprit politique la fougue et l’héroïsme d’un aventurier du moyen âge. D’une force corporelle inouïe, d’une bravoure folle, d’une adresse merveilleuse à tous les exercices du corps, sa vie est pleine de traits d’audace et de vigueur qui, au siècle où la force brutale était tout, lui eussent donné un trône comme à un Gama ou à un Pizarre II ne faut pas s’étonner que les Brésiliens chérissent les traits d’un prince qui, malgré les traditions de sa famille et son intérêt personnel, malgré les dangers dont il était environné, malgré les ordres d’un père irrité, n’a fait usage des qualités brillantes que le ciel lui avait départies que pour le bonheur de sa patrie d’adoption. A force d’énergie, il arrache aux ministres de Jean VI Pacte qui reconnaît l’indépendance du Brésil, et quand après avoir ainsi sauvé le pays condamné à la ruine par les exigences de la métropole, il n’a plus qu’à se servir de l’autorité qu’il possède, de l’affection qu’il inspire pour prendre le pouvoir absolu, fier de son œuvre et jaloux de la terminer, il donne à ses sujets une des constitutions les plus libérales qui aient jamais été faites. Ses courtisans s’émeuvent; l’un d’eux, un Polignac de Rio-Janeiro, déclare à l’empereur que ses réformes préparent la république : « Comptez-vous donc pour rien, répondit Pedro, l’honneur d’être président? » Un pareil mot peint un homme.

La mémoire du fils de Jean VI n’est pas moins chère aux Portugais, qui se souviennent de ce que don Pedro a fait pour eux. Il est douteux que le Portugal ait accompli aujourd’hui même tant d’utiles réformes, réalisé tant d’heureuses innovations, que l’œuvre de régénération, en un mot, y soit aussi avancée, si les idées libérales et progressistes n’avaient pas triomphé des principes qui dominaient dans les conseils de la reine Charlotte-Joaquim et de don Miguel. Ce résultat n’eût pas été atteint sans le dévouement de don Pedro, qui n’hésita pas à abdiquer la couronne du Brésil pour entreprendre celte fabuleuse expédition dont le résultat, après une longue alternative de revers et de succès, fut la défaite du parti Migueliste et la reconnaissance solennelle de dona Maria comme reine de Portugal. Il semble que le Ciel ait voulu accorder à don Pedro Ier une dernière faveur en lui envoyant, le 22 septembre 1834, une mort prématurée. Heureux les hommes auxquels il est ainsi donné de ne pas survivre à leurs triomphes et de disparaître, en quelque sorte, au milieu d’une éclatante apothéose.

Héritier des idées et des brillantes qualités de son père, don Pedro II a pris réellement à tâche d’assurer la prospérité du Brésil et le bonheur de ses sujets. Pour les rendre heureux, il les moralise. Il fait de l'instruction, sachant que l’instruction seule produit les citoyens éclairés et les royaumes florissants. Qu’on se figure M. Duruy couronné. Chaque jour l’empereur visite les écoles, les collèges, les facultés, écoutant, interrogeant, examinant lui-même les élèves, prenant parfois la place du professeur quel qu’il soit, qu’il enseigne à lire aux enfants, qu’il apprenne à penser aux hommes. Don Pedro II n’aura pas attendu comme Denys, pour prendre la férule, l’exil de Corinthe, où tout le monde ne peut pas aller, et où Denys alla malgré lui. On peut dire de l’empereur du Brésil qu’il est le maître de ses sujets, dans la plus belle, dans la seule belle acception du mot.

De l’extension des relations commerciales, du développement des libertés intérieur dépendent la prospérité d’un pays. Pénétré de ce grand principe, don Pedro II a prouvé par ses actes qu’il voulait le voir passer dans l’ordre des faits accomplis et que le progrès à ses yeux, n’était pas une utopie irréalisable. En 1850 a été signé le décret qui supprime le traite des noirs au Brésil. Le 7 septembre dernier, l’Amazone était solennellement ouvert aux navires de tous les pays. Enfin le discours du trône, prononcé à l’ouverture de la dernière session législative, en lançant pour la première fois le mot d’émancipation, permet d’augurer dans un prochain avenir la disparition complète de l’esclavage incompatible aujourd’hui avec les idées de liberté et d’humanité qui, professées ouvertement par le souverain, ont trouvé un écho dans le cœur de tous les sujets.

La guerre dans laquelle l’empire est engagé depuis plusieurs années contre le Paraguay a permis aux Brésiliens d’apprécier toutes les vertus de leur souverain. Un jour la nouvelle se répand à Rio que l’armée Paraguayenne a envahi la province de Rio Grande du Sud. L’agitation est grande dans la capitale. De nombreux corps de volontaires se forment. Chacun veut voler à la défense du pays. L’empereur annonce son intention de se mettre à la tête des troupes, mais les ministres envisagent la situation plus froidement et dissuadent l’empereur de mettre son projet à exécution. « L’ennemi, répond don Pedro, l’ennemi a envahi le Brésil; tant qu’il foulera le sol de la patrie, ma place est au milieu de l’armée. Ne cherchez donc pas à m’arrêter. Si je ne pouvais partir comme empereur, je partirais comme simple volontaire. » Depuis trois ans que dure cette lutte déplorable, le gouvernement s’est vu obligé d’exiger des charges plus lourdes des citoyens. L’empereur a voulu prendre sa part des nouveaux sacrifices imposés au pays, et il a renoncé au quart de sa liste civile; l’impératrice et les princesses ses filles ont suivi ce noble exemple, qui doit être d’autant plus admiré que l’empereur du Brésil est de tout les souverains celui dont la liste civile est la moins considérable.

Il est regrettable que M. Chavespinheiro, auteur de la statue de don Pedro, n’ait pas été mieux inspiré par son modèle. L’empereur est représenté sous le costume qu’il portait au siège de Uruguyana. On pourra juger l’œuvre de l’artiste d’après la gravure que nous en donnons ici.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée