Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Forges de Châtillon et Commentry

Forges de Châtillon et Commentry à l'exposition de Paris 1867

La Compagnie des forges de Châtillon et de Commentry a fait construire dans le Parc, à gauche de la grande entrée du pont d'Iéna, un pavillon spécial, où elle a réuni des échantillons de ses nombreux produits. Rien de plus intéressant que cette exposition qui vous initie à tous les progrès faits en France par l’industrie métallurgique.

Le fond du pavillon, adossé au quai, est formé par un assemblage monumental des principaux échantillons de tôles et de fers profilés qui reproduit exactement à demi-grandeur la fontaine de Médicis du jardin du Luxembourg; deux statuettes florentines placées dans les deux niches latérales, deux vases Médicis posés sur les angles du fronton, complètent le monument; deux bas-reliefs en tôle de Commentry repoussée au marteau par M. Bodard, représentent l’un des mineurs, et l’autre une forge au bois.

Les quatre colonnes du monument sont ingénieusement figurées par les divers types de rails, de cornières et de petits fers de vitrage. Sur le tympan qui surmonte le fronton est appliqué un écusson en fer repoussé où sont inscrits les noms des cinq provinces dans lesquelles sont situés les établissements de la Compagnie. Enfin, au bas de la grande niche centrale, est une très-curieuse rocaille composée des houilles, des cokes, des fontes et des fers, propriété de la Société.

Entre deux plans en relief représentant le gite métamorphique des mines de fer de Thostes et de Beauregard et la mine de houille de Benezet, on a placé un guéridon en fer dont la table est formée d’une tôle forgée, plissée et ondulée sur tout son contour, et recouverte d’un timbre et de vases de tôle repoussée; et plus loin, près de la porte d’entrée, sont deux blindages dont l’un, brut de laminage, d’une épaisseur de vingt centimètres et d’une longueur de près de cinq mètres, pèse sept mille kilos ;l’autre de quinze centimètres d’épaisseur, percé et ajusté, a été soumis à l’épreuve du canon.

A la droite du monument, la Compagnie a établi des vitrines où elle a exposé des collections de cassures et d’essais à froid et à chaud, de fontes et de fers, des échantillons de tous les fers-blancs, fers brillants, fers ternes, et fers noirs, de tôles minces, plombées et zinguées, lustrées et polies, de tous les numéros de fils de fer et de toutes les variétés de pointes puddlées et forgées.

Près de la porte d’entrée est un cadre renfermant dix feuilles de fer noir, extra-mince, poli, sur lesquelles sont inscrits les noms du personnel de la Compagnie.

Dans les angles des panneaux et de la face principale, s’élèvent quatre pyramides, composées de pelotons de ronds de tréfilerie, de bottes de fils clairs, recuits, zingués et cuivrés, couronnés de vases en tôle repoussée, d’un soubassement en tôle ondulée, cintrée en demi-cercle, d’un socle en un rond de fer, enroulé sur lui-même à froid et par-dessus une collection de feuillards gironnés, enfin d’un soubassement en tôle ondulée et d’un socle composé de deux bottes de fils de fer, par-dessus un câble spécimen de produit ouvré avec des fils de fer de la Compagnie et destiné à fonctionner dans une de ses mines.

Il y a, dans le Parc, peu d’expositions plus riches et plus intéressantes, aussi le pavillon de la Société de Châtillon et Commentry est-il chaque jour rempli non pas de curieux, mais de visiteurs intelligents qu’émerveillent la diversité et la perfection des produits de cette Compagnie.

Son succès dans l’immense concours ouvert au Champ de Mars a été des plus éclatants : elle a obtenu la première médaille d’or pour ses produits métallurgiques, une autre médaille d’or pour les procédés et le matériel des mines, et enfin une mention honorable dans l’ordre distinct des récompenses institué en faveur des établissements qui ont su le mieux entretenir et développer la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et assuré aux ouvriers, contre toute fâcheuse éventualité, le bien-être matériel, moral et intellectuel.

La Compagnie des forges de Châtillon et Commentry possède les établissements miniers et métallurgiques les plus importants de France.

Elle se divise en six directions qui occupent dans leurs mines, leurs usines et leurs ateliers, un total de près de neuf mille ouvriers.

Sur tous les points où le personnel ouvrier présente une certaine agglomération, la Compagnie a institué des caisses de secours, assuré l’instruction des garçons, en subventionnant des instituteurs laïques ou religieux, et des sœurs de Saint-Vincent de Paul, pour l’éducation des filles; enfin elle a complété cet ensemble d’institutions de bienfaisance en fondant un service médical dignement rémunéré.

Indépendamment de ces premiers moyens d’assurer le bien-être matériel et moral de ses ouvriers, la Compagnie leur fournit encore gratuitement ou à prix réduit une certaine quantité de logements et de jardins, le chauffage au bois ou à la houille, et un très-grand nombre de fours à cuire le pain.

Elle s’est faite, en outre, la caissière de ses travailleurs : elle reçoit leurs épargnes, leur sert l’intérêt ou ajoute chaque année au capital un intérêt de faveur.

La Compagnie, toujours en quête de nouveaux moyens d’améliorer le sort des ouvriers, espère faire pour eux plus encore qu’elle n’a fait; aussi, ouvriers et patrons se considèrent comme solidaires, et la bienveillance toujours active et toute paternelle des uns est payée par le dévouement absolu des autres.

Les trois récompenses obtenues par la Compagnie, qu’explique surabondamment ce rapide compte rendu, ne sont, aux yeux de tous, de la part de la Commission impériale, qu’un acte de rigoureuse justice.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée