Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Chapelle

Chapelle à l'exposition de Paris 1867

La chapelle.... du Champ de Mars ? Singulière antithèse, n’est-ce pas? Mais l’Exposition elle-même, cette solennité pacifique, cette fête de la fédération des peuples sur un terrain consacré aux exercices de la guerre, n’est-elle pas une antithèse plus grande encore ? Ne nous arrêtons donc pas à ces contrastes de détail : ils abondent dans le Palais et dans le Parc.

Si nous voulions, en effet, nous arrêter aux contrastes, nous pourrions en citer bien d’autres, ne serait-ce que celui qui existe entre la chapelle et le temple du Champ de Mars, entre l’église catholique du quart français, et l’église protestante du quart anglais. Dans celle-ci ni luxe, ni statues, mais la prière en permanence, l’aumône de la parole évangélique distribuée gratuitement à tous, des portes toujours ouvertes à la foule, le livre divin, la Bible, donnée par milliers d’exemplaires; dans celle-là le luxe des autels, tous les ornements du culte, des statues, de l’or, de l’encens fumant, des flots d’harmonie, un ensemble que l’on ne peut voir à moins de payer; dans la première la vie spirituelle, dans la seconde la vie des pompes lithurgiques.

Il est vrai que la chapelle du Champ de Mars n’est pas vouée au culte religieux, mais la foule l’ignore, et l’homme du peuple qui s’arrête devant les tourniquets de cette église, et qui recule parce qu’il faut payer, se demande pourquoi cette différence entre le temple protestant qui ne demande rien et qui donne beaucoup, et la chapelle catholique qui demande beaucoup et qui ne donne rien.

La religion catholique n’est donc coupable en tout ceci que d’imprudence, il faut le reconnaître. Elle n’aurait pas dû permettre qu’on laissât s’établir un droit à la porte d'un édifice que presque tous les visiteurs croient élevé par des mains religieuses et voué au culte, ou bien elle ne devait pas tolérer qu’une spéculation quelconque, pour faire valoir ses produits, les renfermât dans une construction en forme de chapelle catholique.

Cela dit, et la question de convenance religieuse mise à part, nous ne pouvons qu’applaudir à l’heureuse idée de renfermer une série de produits dans le local même pour lequel ces produits sont fabriqués. Il y a dans cette disposition toute nouvelle le point de départ d’un mode excellent pour classer les produits dans les expositions futures.

Certes, l’Exposition universelle de 1867 laisse bien loin derrière elle toutes celles qui l’ont précédée: qui peut dire cependant que l’on ne saurait mieux faire et que l’avenir ne nous réserve pas encore de plus grandes surprises et de plus admirables merveilles ?

Au lieu de ce classement froid, de cet ordre péniblement obtenu et qui tant de fois cependant ressemble à du désordre, au lieu de ces longues galeries, bazars énormes où tout est rassemblé depuis le plus délicat des bijoux jusqu'à la plus gigantesque des machines, depuis l’épingle jusqu’à la locomotive, pourquoi n’aurions-nous pas des palais dont toutes les parties seraient des spécimens divers de l’industrie? les murs, les toitures, les rampes, les escaliers, les portes, les tentures, les glaces, les tapis, l’ameublement. On passerait ainsi du salon à la chambre à coucher, de la salle à manger aux cuisines, de la cave au grenier, et partout sur ses pas, on rencontrerait le meuble ou l’objet exposé dans le milieu même auquel il convient. Les appareils de chemin de fer figureraient sur de petits chemins de fer spéciaux, les objets de jardinage, les fleurs, dans des parcs, etc., etc.... L’Exposition de 1867 a fait quelques essais de ce genre et le plus complet sans doute est celui de la chapelle.

A M. Ch. Levêque est due cette tentative heureuse à moitié.

Je dis heureuse à moitié seulement, car M. Ch. Levêque n’avait pas seulement résolu de construire une chapelle pour montrer tous les objets qui doivent concourir au culte dans le milieu même qui leur convient, il avait dressé les plans d’une vaste église : mais de grandes difficultés sont venues entraver son œuvre et la rendre incomplète.

Nous n’avons pas à pénétrer dans le détail de ces difficultés.
Constatons-en le résultat. L’église est demeurée inachevée; le chevet seul a reçu son entière exécution, mais la moitié de la nef est tombée dans l’eau.... du lac voisin, qui s’étend, en effet, sur une partie de l’espace primitivement réservé à l’église.

M. Brien est l’architecte qui a conduit les travaux de cette construction, dont toutes les parties, tant extérieures qu’intérieures, sont autant de spécimens d’industrie, autant de produits exposés.

L’appareil de maçonnerie, les chemins de la croix incrustés dans le mur, les toitures, la plomberie qui la surmonte, les portes de la chapelle, tout cela est exposé.

A ces portes, deux hommes placés en avant du bénitier paraissent, au premier abord, deux spécimens de donneurs d’eau bénite, mais il n’en est rien; ces hommes, au lieu d’offrir le goupillon, tendent la main pour recevoir dix sous.

Le tourniquet passé, nous pénétrons dans la nef. Elle est gothique, mais les chapelles, qui rayonnent autour du chevet, sont construites sur des plans différents, afin de permettre aux divers styles de décorations employées par l’église de figurer dans le milieu spécial qui convient à chacun d’eux. Cette diversité de styles est assez bien ménagée et ne chèque nullement les regards.

Ce qui choque un peu plus, sinon les yeux, du moins l’esprit, c’est le spectacle que présente la chapelle, sous les voûtes de laquelle retentissent les conversations des visiteurs, ce sont les autels tout dressés avec des pancartes auprès pour en indiquer les prix; on a beau se dire que l’on n’est, après tout, que dans une halle en forme d’église, l’imagination n’en est pas moins frappée et comme offensée.

Mais encore une fois, laissons de côté ces considérations, et parcourons, si vous le voulez bien, les diverses chapelles groupées autour de la nef.
Voici, d’abord, que nous marchons su • un exposant ou, pour m'eux dire, sur ses produits, nous avons à nos pieds un carrelage céramique de divers tons et de divers genres, voici encore un carrelage mosaïque, les carrelages se succèdent et ne se ressemblent pas. Il y en a d’assez vilains à côté de certains autres qui nous ont paru remarquables et, par exemple, ceux de M. Bonnet, de Rouen. Voici encore sur nos têtes et près de nous des peintures murales exécutées par M. Émile Lucas. L’ensemble de ces peintures nous paraît assez heureux.

La plupart des objets d’art se rapportant en France au culte catholique nous paraissent être entachés de mauvais goût, et nous allons en citer quelques preuves dans l’église même du Champ de Mars.

Dans la première chapelle à gauche figure une grotte en rocailles surmontée de Notre-Dame de Pitié. Cette grotte renferme la mise au tombeau de Jésus-Christ, qui comprend neuf personnages de grandeur naturelle. La pose de ces personnages ne nous paraît pas heureuse, et malgré l’expression vraie empreinte sur la figure de la Vierge Marie, nous ne saurions louer l’ensemble de la composition.

Mais qu’est-ce donc que ce saint et que cette martyre étendus sous des châssis de verre? Quel est cet art, sans parler même de l’inconvenance de ces poses affectées, théâtrales dans deux saints qui doivent être offerts à la vénération des fidèles? Ce sont des figures de cire sans expression, aussi fades, aussi fardées que celles dont les coiffeurs font usage et qu’ils exposent dans leurs vitrines.

Nous aimons mieux la Vierge de M. Froc-Robert, exécutée d’après une fresque de la Trinité-du-Mont, à Rome. La Vierge est assise auprès d’une tige de fleurs de lis, emblème d’innocence et de beauté, la main de Marie fait tourner un fuseau; la pose est gracieuse et noble, le visage admirable.

Voici les orgues à 100 francs de M Alexandre. Vrais chefs-d’œuvre de bon marché que les plus pauvres paroisses peuvent se procurer, et qui peuvent suffire à leurs cérémonies religieuses.

Plus loin, nous remarquons un bel autel en bois sculpté, dans le style du dix-huitième siècle. 11 est exposé par M. Aubry, sculpteur à Guespunsart (Ardennes).

MM. Barbezat, Ducel, Durenne, que l’on rencontre en tant d’endroits dans le Champ de Mars, ont encore un grand nombre de produits dans les diverses parties de la chapelle; nous avons remarqué surtout un bel autel dans le style du treizième siècle, exposé par M. Durenne, et sa magnifique grille de chœur.

En poursuivant notre examen, nous trouvons encore à signaler des beaux ornements, tels que chasubles, croix, bannières, oriflammes, exposés par MM. Biais et Rondelet. Tous ces ouvrages d'une grande richesse sont dessinés avec goût.

Voici un grand et beau lustre à 72 bougies en cristal. Les chemins de la croix sont nombreux, mais généralement copiés sur le même modèle et peu remarquables.

Dans un petit cadre de verre figure un christ en ivoire de petite dimension, le seul objet ancien qui soit dans la chapelle. C’est une belle œuvre du seizième siècle.

Sur les pointes des grilles du chœur et dans tous les flambeaux des autels on a placé des cierges et des bougies de cire. On sait que cette fabrication occupe des maisons spéciales et que certaines églises font une consommation prodigieuse de cire, dont la plus grande partie est offerte par les fidèles. La maison Halbout expose tous les types prescrits soit par le rite romain, soit par le rite parisien ; on voit dans la chapelle toute espèce de cierges, depuis l’immense cierge pascal jusqu’au petit cierge que brûlent les gens pieux devant les statues des saints.

Voici encore une très-belle chaire à prêcher en bois de chêne sculpté sortant des ateliers de M. Klein, à Colmar.

Voici encore un autel gothique en marbre blanc digne d’être vu.

Remarquons quelques brûle-parfums, des missels, des bréviaires de la maison Lesort, enfin de grandes et belles verrières exposées par plusieurs manufacturiers, des vitraux de M. Husson, représentant la Présentation de la Vierge au temple, nous ont paru d’un éclat merveilleux et d’une belle composition. Du reste M. Husson a rempli les églises de Paris de ses magnifiques travaux; il suffit de citer ses verrières de Notre-Dame, de Saint-Germain l’Auxerrois et de la Sainte-Chapelle que tout le monde admire.

Mais ne quittons pas la chapelle du Champ de Mars sans rendre grâces à M. Cavaillé-Coll. Son orgue, l’un des plus grands attraits de l’église, enchante les visiteurs par ses sons harmonieux qui les retiennent longtemps sous les sombres voûtes du temple.

Les orgues de M. Cavaillé-Coll ont depuis longtemps acquis une grande et juste célébrité. Plusieurs églises de Paris, de nombreuses cathédrales de la Province et les plus riches églises de l’étranger sont en possession des magnifiques instruments de ce facteur sur lequel toutes les récompenses ont été épuisées, il a reçu la grande médaille d’honneur à l’Exposition universelle de 1855.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée