Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Dentelles et Guipures

Dentelles et Guipures à l'exposition de Paris 1867

Les dentelles et les guipures sont des industries importantes, dont Paris est le centre d’exploitation; mais ces produits ont deux centres de fabrication spéciale dans des localités dont on leur a donné le nom. Alençon est célèbre par ces points magnifiques, désignés dans le monde entier sous le nom de points de France ou d'Alençon. On recherche partout les splendides dentelles de soie noire de grande dimension, que Bayeux et Chantilly ont portées au dernier degré de perfection. Bailleul est aujourd’hui célèbre pour la spécialité de dentelles connues sous le nom de Valenciennes. Caen fabrique avec succès, comme Bayeux et Chantilly, des dentelles pour robes, volants, châles et voiles. Mirecourt, renommé pour l’originalité de ses créations, satisfait à tous les caprices de la mode. Ses produits ont l’honneur d’une imitation à peu près générale; mais la concurrence étrangère excite son émulation sans éveiller ses craintes.

L’Exposition de 1867 démontre, par delà l’évidence, que la France tient aujourd’hui le premier rang dans cette riche industrie et qu’elle n’a aucune rivalité à redouter.

D'un bout de l’année à l’autre, 200 000 dentellières sont constamment à l’œuvre; toutes travaillent à domicile, dans les campagnes et dans les villes; elles n’abandonnent leurs fuseaux que pour vaquer aux soins du ménage ou pour se livrer aux travaux de la moisson.

Les dentelles françaises sont recherchées sur tous les marchés, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Russie, aux États-Unis, au Brésil et jusque dans les Indes ; mais Paris est le centre le plus important de consommation pour cette industrie, dont on évalue la production annuelle à plus de 100 millions de francs.

Les dentelles de Chantilly, de Bayeux et de Caen, les plus belles de toutes les dentelles noires, sont tissées aux fuseaux, faites par bandes, réunies par des raccrochés; les dentelles de Cambray, imitations de celles de Chantilly, dont elles n’ont pas la finesse, sont fabriquées au métier; les Valenciennes de Bailleul sont faites aux fuseaux, comme le point d’Alençon, qui est la plus légère, la plus fine et la plus riche de toutes les dentelles blanches.

Quand on contemple ce point merveilleux, le cœur saigne si l’on vient à songer qu’il est fabriqué par la population ouvrière la plus mal rétribuée et partant la plus misérable.

Les dentelles-guipures, noires et blanches, ont fait en France de tels progrès qu’elles ne craignent plus aujourd’hui de sérieuse concurrence. Mirecourt est le centre de fabrication le plus renommé pour les guipures blanches et le Puy est sans rival pour les noires ; les unes et les autres se font admirer pour la variété des points, des dessins et du style.

La Belgique, qui tient le second rang pour la fabrication des dentelles dans l’ordre des récompenses, a, pour ainsi dire, placé cette industrie sous la tutelle ou le patronage des plus grandes maisons de Paris : MM. Verdé-Delisle frères, par exemple, ont une fabrique importante à Bruxelles, où tout s’exécute d’après leurs dispositions et sur leurs dessins; aussi les chefs-d’œuvre qu’on y produit, décèlent-ils à tous, parleur richesse et leur exquise élégance, leur origine toute parisienne. Les dentelles exposées par la ville d’Ypres ont obtenu la médaille d’or, celles de M. Van der Smissen-Van den Bossche, la médaille d’argent; mais c’est par pur accident que la maison Cheuvreux-Aubertot n’a pas pris pour son compte cette double exposition qui, avant l’ouverture, était sa propriété, attendu que toutes les pièces ont été commandées par elle et exécutées d’après ses instructions les plus précises, et sur ses dessins expédiés de Paris. Ce qui prouve qu’en cela, comme en beaucoup d’autres choses, tout va toujours mieux là-bas quand la direction ou l’impulsion part d’ici.

MM. Normand et Chaudon, en se faisant admettre comme fabricants belges et en obtenant une médaille d’or, portée au compte de Bruxelles, n’auraient-ils pas voulu prouver, par surcroît, à la Belgique les avantages de l’annexion ?

Parmi nos exposants, M. Lefebure a eu l’honneur de la première médaille d’or. Sa belle fabrication ne pouvait manquer d’être remarquée et récompensée par le jury ; tout le monde a applaudi à la justice qui lui a été faite.
Nous nous expliquons moins bien, après l’examen le plus attentif et le plus consciencieux de l’exposition de MM. Aubry frères, que la seconde médaille d’or leur ait été adjugée; leur châle et leur robe en point de Venise, leur châle et leur volant Chantilly, sont très - riches ; mais nous avons cherché, sans le trouver, ce qui les distinguait des produits similaires de la fabrication courante. Ce qui a contribué sans doute à leur rendre le jury favorable, c’est leur bannière en guipure de Mirecourt, destinée à l’Impératrice. Il est difficile de ne pas tenir compte à qui de droit d’une pareille attention.

Comment s’expliquer avec la croix d’honneur qui lui a été accordée, que M. Verdé-Delisle n’ait obtenu que la troisième médaille d’or? Toutes les expositions rivales pâlissent à côté de la sienne, et, d’une voix unanime, tous ses confrères lui ont adjugé le premier rang. Les effort s et les énormes sacrifices qu’a faits cette maison pour porter l’industrie de la dentelle à son plus haut point de perfection, dans les quatre fabriques qu’elle a fondées à Bayeux, à Caen, à Alençon, et à Bruxelles, méritaient, selon nous, mieux et plus que la médaille d’or : le jury lui eût adjugé le grand prix que tout le monde aurait applaudi.

MM. Normand et Chaudon ont reçu la médaille d’or pour leurs dentelles fabriquées en Belgique : leur grande jupe plate tissée d’un seul morceau, est un tour de force qui a coûté, nous disent les exposants, 1050 journées d’ouvrières ; c’est en vérité beaucoup trop de temps et d’argent dépensés pour l’exécution d’un produit qui nous paraît du plus difficile placement.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée