Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Portugal

Portugal à l'exposition de Paris 1867

L’Exposition, à quelque point de vue qu’on l’étudie, offre toujours des enseignements féconds et des aspects intéressants. Si elle nous montre à quel haut degré de prospérité matérielle sont arrivés des peuples nés d’hier, elle nous rappelle en même temps des époques exceptionnelles dans l’histoire de certains peuples qui ne sont entrés que depuis peu de temps dans la voie du progrès. Quelques pays apportent à l’Exposition le spectacle d’un présent merveilleux; d’autres y arrivent avec les promesses de l’avenir garanties par les souvenirs d’un passé glorieux.

La commission Portugaise, inspirée par l’initiative de son président, M. le comte d’Avila, a fait acte de goût en évoquant de pareils souvenirs, et en puisant les éléments de la décoration dans les monuments impérissables qui couvrent le Portugal et qui datent presque tous de la même époque. Dans la galerie du travail, au milieu de toutes ces machines admirables, mais sans poésie, de ces colosses de fer et d’acier qui mugissent et qui crient, mais qui ne disent rien à l’âme, s’élève un élégant édifice qui rappelle l’architecture du monastère de Belem, bâti pour perpétuer le souvenir de l’expédition de Gama comme, plus tard, l’Escurial pour accomplir un vœu fait à la bataille de Saint-Laurent. Ses dentelures élégantes, ses festons d’une délicatesse exquise, tous ces enchantements de la pierre fouillée et percée à jour, produisent un effet inattendu et charmant. La façade de la section portugaise offre une reproduction de la même architecture. C’est une bonne fortune pour l’élite du monde civilisé réunie à Paris que de pouvoir étudier d’après ses types les plus purs cette architecture singulière, assemblage de styles divers, fusion de plusieurs écoles différentes. Le gothique flamboyant s’y marie à l’art de la Renaissance, et l'influence du style mauresque y est également reconnaissable. L’ogive gothique et le plein cintre romain, les trèfles à jour et les broderies d’arabesques, les niches de saints à demi surmontées de pinacles, les roses découpées à jour, on retrouve tout dans ces monuments dont l’ensemble manque peut-être un peu d’harmonie et d’unité, mais dont les détails brillent par tant de finesse et de grâce. C’est une débauche de pierre, un feu d’artifice architectural. L’œil est ébloui et l’on ne veut point se rendre compte de ses impressions, de peur de gâter son admiration en les analysant.

C’est une heureuse idée qui a présidé à la conception de la galerie de l’histoire du travail; et si les organisateurs de cette exposition dans la section française sont parvenus à y réunir des richesses inestimables, il faut reconnaître que les nations étrangères ont envoyé de leur côté des objets d’un bien grand intérêt ; mais aucune d’elles ne possède une collection de merveilles archéologiques semblable à celle du Portugal. Au milieu de la salle s’élève la vitrine où sont renfermés les objets envoyés par le roi. C’est là qu’on admire le célèbre ostensoir fondu, dit-on, avec le premier lingot d’or que Vasco de Gama rapporta de son expédition. M. Octave Lacroix en a parlé ici même.

La même vitrine renferme un fruitier en argent doré représentant le triomphe d’Alexandre, une croix en or datant de 1206, un calice du seizième siècle. Tous ces objets sont ornés de sculptures en relief d’un travail exquis et, chose remarquable, ils semblent sortir des mains de l’orfèvre, si grande était la pureté du métal employé.

Deux vitrines latérales ont reçu les objets du culte conservés dans les trésors des principales cathédrales du royaume, particulièrement de celles de Lisbonne et d’Evora. On y remarque un drap en velours brodé qui, selon la tradition, appartint à l’ordre d’Aviz, des chasubles ornées de broderies d’une richesse et d’une perfection de travail inouïes, deux beaux plateaux en argent doré rehaussés de figurines exquises, au roi, une autre paire de plateaux en argent repoussé, au baron de Pombeiro.

Les murs sont couverts d’excellentes épreuves photographiques représentant les principaux édifices du royaume. Voilà Guimarães, première capitale de la monarchie portugaise, où Alfonso Henriquez se fit couronner après la victoire qu’il remporta à Ourique sur cinq rois maures en 1009; Coïmbre, la vieille cité universitaire, la reine du Mondego, entourée de vignes et d’oliviers, et dominant, les plaines fertiles à travers lesquelles le fleuve emporte rapidement vers l’Océan les ondes limpides de la fontaine des Amours, si doucement chantées par le Camoens et dont la pureté n’a jamais été troublée qu’un jour par le sang de la malheureuse Inès de Castro ; voilà Thomar, l’antique résidence des templiers; le couvent de Batailla, célèbre par ses magnifiques vitraux du quinzième siècle, et enfin la tour de Belem qui s’élève sur la rive gauche du Tage.

Non moins remarquables sont les reproductions photographiques des carrosses appartenant à la maison royale ; ces carrosses, qui datent des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, ne sont employés que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles; ils sont couverts de sculptures en bois dorés et de peintures exécutées par les premiers artistes portugais.

Si l’on n’écoutait que son admiration, où se laisserait entraîner bien au-delà des limites que comporte l’étude consciencieuse mais rapide de cette section. Quittons donc résolument la galerie des œuvres d’art et pénétrons dans les salles réservées aux produits de l’industrie.

L’industrie portugaise n’a véritablement pris un essor sérieux que sous le règne de don Pedro II, troisième souverain de la dynastie de Bragance. Grâce à la protection éclairée du ministre Ericeira, des ouvriers furent appelés d’Angleterre pour mettre en œuvre les matières premières que fournissait le royaume; c’est ainsi que furent fondées les manufactures de drap du Covilhâo et de Portalègre, qui prospérèrent rapidement et se trouvaient déjà en mesure de suffire à la consommation de la métropole et des colonies, lorsque fut signé le fatal traité de Methwen qui, permettant l’importation des draps anglais, porta un coup mortel à l’industrie naissante et fit du Portugal une ferme de l’Angleterre. En vain le marquis de Pombal essaya-t-il de ranimer l’industrie nationale en lui assurant le monopole des colonies, l’invasion française rétablit plus solidement que jamais l’influence de l’Angleterre.

Depuis une trentaine d’années seulement, le Portugal, pénétré de la nécessité de rétablir l’industrie manufacturière et de donner au royaume les moyens de suffire à sa propre consommation, a fait dans ce sens des efforts sérieux qui ont produit des résultats incontestables. Des expositions industrielles furent organisées : la première eut lieu à Lisbonne en 1849, une seconde à Porto en 1857; en même temps, le Portugal participait aux expositions universelles de Londres et de Paris et organisait en 1865 celle de Porto, qui fut très-brillante et où tous les pays se firent représenter. Cette année, le Portugal a envoyé chez nous un grand nombre d’exposants répandus dans presque toutes les classes. Le nombre des récompenses qu’ils ont obtenues est de 262.

Il y a peu de chose à dire sur les groupes II et III ; dans le matériel des arts libéraux, on remarque particulièrement les épreuves typographiques, ainsi que les spécimens d’ornementation en stuc et en bois exposés par l’association commerciale de Porto.

Les meubles de luxe sont rassemblés dans une salle qui sert de lieu de réunion aux membres de la Commission portugaise. Les armoires, les tables qu’on y voit sont d’excellents travaux d’ébénisterie, et peuvent soutenir la comparaison avec les produits similaires des autres pays. La verrerie est soignée et les cristaux affectent en général des formes élégantes. Quant aux faïences et aux poteries de Coïmbre, elles ont conservé le cachet d’originalité auquel elles doivent leur antique réputation.

Plus intéressante pour l’homme spécial est l’étude des produits de l’industrie manufacturière. Quand on pénètre dans la galerie du vêtement, les regards se portent tout d’abord sur les vitrines qui renferment les beaux échantillons de soie exposés par l’Orphelinat du baron de Nova-Cintra et par MM. Silva et Alvès de Porto, et par le comte de Samorâens. On comprendra aisément, d’après la qualité des produits et le nombre des exposants de la classe 31, que la manufacture de la soie ait toujours été spécialement favorisée par le gouvernement portugais. Dans le milieu du siècle dernier, le marquis de Pombal fit établir à Chacim, près de Bragance, aux frais de l’État, une filature modèle qu'il plaça sous la direction de maîtres habiles appelés d’Italie. Bien que l’établissement de Chacim ne tardât pas à être abandonné après la chute de Pombal, comme tant d’autres créations de ce ministre, l’industrie de la soie est restée la mieux protégée et la plus répandue du royaume. Aujourd’hui les manufactures de Porto et de Lisbonne occupent cinq cents métiers, qui mettent en œuvre non-seulement toute la soie produite dans le pays, mais encore celle de provenance étrangère.

Les tissus de laine cardée ne sont pas moins dignes d’attention. Si les draps qu’on voit à l’Exposition ne brillent point par la finesse et le velouté, en revanche, ils ne laissent rien à désirer sous le rapport de la qualité et de la solidité. Les lainages, les tricots et les articles de bonneterie, qu’on fabrique à Lisbonne et à Porto, ne doivent pas être non plus oubliés.

Si la vigoureuse impulsion donnée pendant ces dernières années à la filature et au tissage mécaniques du coton, n’a pas encore produit tous les résultats désirables, on ne peut nier, d’après l’examen des produits exposés par le Portugal, que l’industrie cotonnière, dans ce royaume, ne soit appelée à un brillant avenir. Les cotonnades de Lisbonne et de Porto sont uniquement employées par le peuple, à cause de leur solidité et de leur bon marché.

Voici la bijouterie, une des plus anciennes industries du royaume. Les femmes portugaises ne sont pas moins filles d’Ève que celles des autres pays; elles ne travaillent que pour pouvoir convertir leurs épargnes en joyaux, et les jours de fêtes, il n’est pas rare de voir les paysannes comme les bourgeoises porter sur elles jusqu’à dix et douze livres d’or en bijoux. Une des plus charmantes industries de ce genre est celle du filigrane dont Porto est le centre et qui paraît être d’origine mauresque.

M. Leite, joaillier à Lisbonne, exposa la collection complète des décorations portugaises. Peu de pays possèdent un aussi grand nombre d’ordres de chevalerie existants que le Portugal.

Une vitrine basse renferme une collection de petites statuettes très-remarquables d’exécution, et représentant les types et les costumes des différentes provinces du Portugal. Les hommes sont, en général, de petite taille, bien faits, forts, agiles; leur teint a ces tons basanés si beaux chez les Arabes. Les femmes, sans avoir le cachet piquant et voluptueux de l’Andalouse, sont gracieuses et bien faites; leurs beaux cheveux noirs lustrés sont relevés sur le sommet de la tête et l’éclat de leurs yeux n’est tempéré que par la dignité de leur maintien, grave mais sans roideur. Leur personne tout entière présente une heureuse combinaison des types chrétien, juif et arabe. Tout simple que soit leur costume, elles le portent avec grâce et aisance: une jupe en indienne ou en drap, généralement sombre, de couleur dans quelques provinces, un petit corsage agrafé par devant, de manière à laisser voir la chemise, le cou découvert et orné de colliers en grosses perles d’or soufflé, comme les paysannes de la campagne de Rome en portent; un chapeau à larges bords et des sabots recouverts de cuir; tel est le vêtement des paysannes dans tout le royaume. Celui des hommes ne présente aucune particularité remarquable.

Il serait bien temps de revenir sur un préjugé qui n’était pas sans fondement il y a trente ans, mais qui n’a plus aujourd’hui autant raison d’être. On a dit et on répète encore que les fournisseurs de Londres et de Paris possèdent seuls l'art d’habiller avec confort et élégance. Il est incontestable qu’aujourd’hui les bonnes traditions en matière de coupe ne sont plus restreintes au boulevard des Italiens et à Regent-Street; si l’on veut s’en convaincre, il suffira de jeter les yeux sur la vitrine de M. Christian Keil, tailleur de S. M. le roi don Pedro, de regarder les bottes, les chaussures d’hommes et de femmes exposées par Mme veuve Stellpflug, ainsi que les coiffures militaires sortant des ateliers de la maison Bello, de Lisbonne.

Dans un second article, nous parlerons de la véritable richesse du Portugal : les produits de son sol.

La richesse du Portugal consiste dans les productions du sol et dans les ressources minérales que renferme le pays, ressources peu exploitées, il est vrai, jusqu’à ce jour, par suite de la difficulté des voies de communication et de la rareté des capitaux, mais à l’égard desquelles l’examen des échantillons exposés permet d’augurer un brillant avenir.

Voyez ce magnifique bloc de pyrite de fer cuivreuse, provenant de la mine de Saint-Domingos ; ces pyrites cuivreuses, ces échantillons de fer, de blinde, de galène, ne prouvent-ils pas que, sous le rapport des richesses minérales, le Portugal n’a rien à envier aux autres pays?

Le Portugal contient aussi plusieurs mines de charbon; celles de Buarcos, près de Figueira, exploitées depuis le quatorzième siècle, et de San Pedro da Cova, dont la découverte ne remonte qu’à 1802, offrent le meilleur rapport. L’établissement du chemin de fer entre Lisbonne et la frontière d’Espagne a permis l’exploitation de plusieurs gîtes de combustible minéral dont il n’avait pas été possible jusqu’alors de tirer parti.

Dans la nef des machines sont exposées des colonnes, des plaques et une baignoire de marbre qui méritent de fixer l’attention; ces marbres ne sont pas moins remarquables par la finesse du grain que par la grande variété des couleurs; ceux de Cintra sont bleus, ceux des environs de Mafra rouges et jaunes. La montagne de Serpa, dans l’Alemtejo, est tout entière formée d’un marbre blanc admirable; c’est dans les carrières d’Estremoz que l’on trouve le marbre noir, vert et blanc qui a fourni les belles colonnes de l’Escurial. Partout les gîtes sont à fleur de terre et présentant une grande facilité d’extraction. Il ne manque que des routes pour que le Portugal n’ait rien à envier sous ce rapport à l’Italie.

Ne passons point sans jeter un coup d’œil sur ces meules; extraites des carrières de Figueira, de Coïmbre et de Leiria, elles sont envoyées à Porto pour l’exportation; les unes, en granit très-fin, servent à écraser le maïs; les autres, en calcaire, à broyer le blé, le seigle et les autres grains.

Ces échantillons de sel proviennent des marais salants ou marinhas établis sur toute la côte de l’Océan, ainsi qu’aux embouchures et sur les bords du Sado, du Tage, du Mondeigo, du Douro et des autres tributaires de l’Atlantique. Les sels de Setubal sont précieux pour les salaisons des pêcheries ; ceux de Lisbonne, plus légers et plus menus, sont accaparés presque en totalité par les Anglais, tandis que ceux des Algarves, moins appréciés, sont réservés pour la consommation du royaume.

Mais le principal élément de la richesse du Portugal est, sans contredit, la fertilité du sol, et, sans parler des produits coloniaux renfermés dans l’annexe du Parc, nous ne craignons pas de dire qu’on ne saurait rencontrer dans tout le Palais une collection comparable à celle que possède le Portugal. Il faut que le sol, dans ce royaume, soit doué d’une puissance de végétation admirable pour donner de pareils produits avec les procédés de culture employés. Le peuple des campagnes, pauvre, ignorant et obstiné, tient à sa routine séculaire. La houe et une charrue de forme primitive sont à peu près les seuls instruments aratoires qu’il connaisse. Le labour se fait avec des taureaux ou des bœufs attelés par couples; les engrais, naturels sont encore presque uniquement employés, hier qu’une compagnie se soit formée pour la préparation et la propagation des engrais artificiels. Quant aux inventions modernes, les irrigations, le drainage, le nom même en est complètement inconnu au paysan de cette contrée.

On cultive en Portugal le froment, le seigle, l’orge, l’avoine et le maïs, ainsi que les principaux légumes secs, la pomme de terre, le riz et les fruits. La plus grande quantité de froment est produite par la province d’Alemtejo dans l’Estramadure. Les provinces de Traz-os-Montes, de la Beira et du Minho récoltent le plus de seigle. L’avoine est presque exclusivement cultivée dans l’Estramadure et l’Alemtejo; elle sert à nourrir les vaches dans les étables. Mais de toutes les espèces de graines, celle qui joue le plus grand rôle dans le régime alimentaire du pays, c’est le maïs, qui réussit dans toutes les terres. Réduit en farine, il forme la principale nourriture des classes inférieures ; ou bien on le donne aux chevaux et aux mules.

Enfin ses tiges et ses feuilles sont un excellent fourrage pour les vaches, et de sa paille on fait du papier, des matelas, des tresses, des nattes et des chapeaux.

Aussi la récolte du maïs est-elle, dans le Portugal, une véritable fête populaire. Après avoir fauché le maïs, on l’amoncelle dans un champ voisin de la ferme ; on invite ses amis et ses parents pour le soir, et ce serait une injure de manquer à l’invitation. Quand toute la société est réunie, les femmes s’assoient par terre en ligne et s’occupent à séparer de la paille l’épi du maïs qu’elles jettent dans des corbeilles; ces corbeilles sont portées dans l’aire par les hommes. Ce travail est égayé par les violons et les guitares, et dans la province du Minho, par des chansons improvisées empreintes d’une verve et d’une gaieté surprenantes. Les péripéties ne manquent pas à ces fêtes; le paysan assez heureux pour trouver un épi de maïs rouge, a le droit d’embrasser celle des femmes présentes qu’il choisit ; le vin coule pendant tout le temps à discrétion, et la soirée se termine par des danses qui durent souvent jusqu’au matin.

Les légumes sont l’objet d’une culture productive dans toute la vallée du Tage, qui fournit de grandes facilités d’irrigation et de débouché; les pois, les fèves, les haricots surtout, dont l’Exposition nous montre plus de cent espèces, en un mot, tous les légumes secs, sont cultivés de préférence par le paysan portugais, dont ils constituent la principale nourriture.

La pomme de terre est naturalisée dans toute les parties du royaume. La culture du riz, qu’on trouve sur toutes les tables, qu’on accommode de mille façons différentes, et sans lequel un dîner ne serait jamais qu’un repas, la culture du riz, disons-nous, a pris une certaine extension dans l’Estramadure, sur les terres noyées des bords du Tage, ainsi que dans la province de Beira. Dans ces dernières années, elle a été heureusement propagée dans l’Algarve, grâce à l’intelligente initiative du marquis de Loulé, qui a converti une partie des vastes terres qu’il y possède en rizières.

Les oranges, les citrons, les cédrats sont communs dans le Portugal; c’est à Setubal qu’on trouve les meilleures tangerines ou oranges du Maroc, importées des environs de Tanger par les Portugais du temps où ils dominaient cette partie de l’Afrique; elles ont comme forme et comme goût une grande analogie avec les mandarines. Mentionnons enfin les olives que le pays produit en grande quantité.

Maintenant que j’ai apporté mon tribut d’éloges à cette belle collection de produits, que j’ai constaté tout l’intérêt qu’elle présente pour les hommes spéciaux, et établi qu’elle a été l’objet d’un rapport spécial de la part du jury, je puis avouer que, malgré son mérite, elle offre infiniment moins d’attraits pour la masse des visiteurs que la collection des vins placés vis-à-vis, et que dans cette situation qui devait avoir la concurrence pour conséquence forcée, les bocaux n’ont pas eu précisément l’avantage sur les bouteilles. Mais aussi que de séductions renferment pour l’amateur ces longues files de flacons effilés, ventrus, poudreux, recouverts d’étiquettes dont les noms seuls sont pleins d’alléchantes promesses! Il est regrettable seulement qu’il faille s’en tenir à la vue et qu’il ne soit pas possible de faire plus ample connaissance avec cette nature de produits , pour lesquels la dégustation est le complément indispensable d’un examen consciencieux. Eh bien ! tout imparfaite que soit cette étude, je conseille aux visiteurs de ne pas la négliger. Elle révèle l’existence d’une multitude de vins parfaitement inconnus, très - estimables pourtant et qui jouent un grand rôle dans la consommation intérieure
Presque toutes les parties du continent portugais produisent des crus différents et de bonne qualité. Cette, branche de la richesse agricole paraît d’ailleurs susceptible d’une extension bien plus grande encore. Il suffirait de planter en ceps un grand nombre de coteaux entièrement négligés jusqu'à ce jour, pour les transformer en excellents vignobles.

La vigne est généralement cultivée sur des pentes tournées vers le sud, de manière à ce qu’elle reçoive les rayons du soleil; les terrains placés dans le voisinage des cours d’eau et même de la mer sont préférables, la chaleur humide étant considérée comme très-propice à la vigne.

La plantation se fait au mois de février. Les ceps ne commencent à donner qu’à la quatrième année, et leur production est complète à la cinquième. Les vendanges ont lieu en septembre et sont toujours l’occasion de fêtes et de réjouissances. Pour faire le vin, on écrase le raisin en le piétinant; l'usage des pressoirs est encore peu répandu.

La contrée qui produit les vins connus sous la dénomination générale de porto, parce que c’est là qu’ils sont livrés à l’exportation, s’étend, à environ quinze lieues de cette ville, sur les deux rives du Douro, dans les provinces de Traz-os-Montes et de Beira. Parmi ces vins, les plus légers proviennent de vignes originaires de la Bourgogne, les autres se rapprochent de nos vins de l’Ermitage, bien qu’ils soient plus forts, plus chargés en couleur et fortement additionnés d’alcool. D’ailleurs, les nuances du vin du Douro sont très-variées et comprennent toutes les teintes, depuis le blanc jusqu’au noir foncé.

C’est la Grande-Bretagne qui reçoit la plus grande partie des vins de Porto; le reste passe dans les colonies anglaises, aux États-Unis qui consomment le vin de deuxième qualité, très-foncé et un peu doux, au Brésil et dans les pays du nord de l’Europe, auxquels est réservé le vin vieux, pur, transparent et léger autant que sa nature le permet.

Le vin destiné à la consommation intérieure est généralement âgé d’un an ou deux, pâteux et épais, mais agréable, excepté dans les provinces du centre, où il est importé, à dos de mulet, dans des outres qui lui donnent un goût détestable de goudron. Pour la distillation, on emploie les vins qui ne sauraient servir avantageusement à un autre usage.

Il nous reste à parler des autres vins du Portugal. Dans le Minho, on doit mentionner les produits vignobles des bords du Lima et du Monçâo, dont le commerce florissant autrefois a depuis longtemps perdu son importance. Dans la province de Baira, le vin se rapproche beaucoup du bourgogne et se conserve longtemps, préparé avec de l’eau-de-vie. L’Estramadure produit, outre des vins mousseux rappelant le champagne, des vins secs et doux dont les plus estimés sont ceux de Carcavellos, de Lavradio et de Colarès, le bucellas et le tojal blancs, le muscat de Setubal, les crus des environs de Cintra, de Charucca, de Torrès-Vedras, de Thomar et de Santarem, enfin le vin du Termo ou de la banlieue de Lisbonne. Les vins de l’Algarve ont de l’analogie avec les vins des côtes méridionales de l’Espagne, principalement avec le malaga et l’alicante. A peu près inconnus au-delà des limites de cette province, on les réserve pour en faire de l’eau-de-vie. Enfin, nous ne ferons que citer les nombreuses contrefaçons du vin de Madère, auxquelles les différentes provinces du royaume se livrent avec succès.

J’ai terminé la revue de l’Exposition portugaise, et je n’hésite pas à communiquer à mes lecteurs le résultat de mes impressions. Il est incontestable que le Portugal marche à des destinées meilleures, comme le démontre un écrivain, M. Terceïra de Vasconcellos, dont l’ouvrage, écrit en français, est plein d’aperçus nouveaux et de vues élevées. Le progrès, dans ce royaume, ne doit plus y être considéré comme une utopie, et en se manifestant par des faits, il est entré dans le domaine de la réalité. L’impulsion est donnée; le mouvement ne s’arrêtera pas si le gouvernement et l’esprit public s’accordent pour le diriger avec intelligence. Une fois décidé à tirer parti des ressources dont il dispose, à arracher à la cupidité étrangère les richesses que la nature lui a si absolument départies, le Portugal tient son avenir entre ses mains.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée