Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Maison portative de la Louisiane

Maison portative de la Louisiane à l'exposition de Paris 1867

Quand, entraîné par le flot toujours grossissant qui pousse le trop plein de la population européenne vers l’Amérique, l’émigrant va chercher au delà des mers un sol fertile, qui fécondé par son travail assure son existence et celle de sa famille, il lui faut tout d’abord une habitation appropriée à ses besoins, aux exigences du climat et d’un transport facile, afin de lui fournir un abri dans les loin aines contrées de l’Ouest. Cette nécessité frappante a donné l’idée de construire des maisons portatives en bois; c’est le modèle d’une de ces habitations que l’on vo t dans le Parc du Champ de Mars.

Le prospectus distribué à l'intérieur de la maison nous apprend qu'elle est supérieure à toute autre par son élégance. Sans adopter entièrement l’opinion du constructeur, nous reconnaissons qu’elle a assez bon air. Quant à la légèreté, c’est une qualité qu’on ne peut lui contester. Construite tout entière en bois de cyprès, arbre fort léger et qui pousse en grande quantité dans la Louisiane, elle ne pèse que deux tonneaux et demi. Les différentes pièces dont elle se compose peuvent être rassemblées à l’aide de quelques vis. De cette façon peu d’heures suffisent à l’émigrant, quand il a choisi le lieu où il veut se fixer, pour mettre en place sa maison qui, même, s’il lui convient de construire une plus vaste demeure, lui servira de logement pendant le temps employé à ces travaux, pour ensuite leur être annexée et faire partie de 1 habitation permanente.

L’intérieur de la maison ne se compose que d’une seule pièce dont on a tiré heureusement parti en y installant l’exposition des produits agricoles de la Louisiane. L’emplacement attribué aux États-Unis dans le Palais ne permettait de représenter que d'une manière très-incomplète les richesses de ce sol privilégié. Les ressources naturelles d’un pays -consistent dans sa fertilité, son climat, la disposition de ses cours d’eau, sa proximité de marchés et de débouchés maritimes. L’Amérique du Nord est largement dotée de tous ces avantages naturels : le sol y est, en général, mais particulièrement dans les vastes régions qu’arrose le Mississipi, éminemment fertile, le climat des plus variés; ses grands fleuves et ses immenses rivières lui assurent les communications h s plus faciles et les plus étendues; enfin la présence de deux mers baignant les côtes des États-Unis sur un développement de 1300 lieues, offre au commerce des facilités d’échange exceptionnelles avec les autres parties du monde. Tous ces éléments de prospérité, d’ailleurs, sont décuplés par le caractère même de la population essentiellement agricole et industrielle. Les Américains sont agriculteurs avant tout; leur origine, la nécessité, leur position ont contribué également à les constituer tels. A leur origine anglo-saxonne ils doivent les qualités essentielles de l’agriculteur : un sang-froid imperturbable, un rare esprit de persévérance, et par-dessus tout cette aptitude et cette opiniâtreté dans le travail, caractéristique des soldats de Cromwell. Enfin, pour fonder leur liberté, pour se rendre indépendants de la mère patrie, dont ils s’étaient exilés volontairement, ils devaient demander à la terre seule les différentes conditions de l’existence. C’est l’industrie agricole qui a servi de point de départ à la formation de la nationalité américaine.

Les échantillons de coton envoyés par les cultivateurs louisianais sont fort beaux et tout à fait dignes de la récompense qui leur a été accordée. On sait avec quelle rapidité s’est développée la culture de cette plante précieuse en Amérique; rien n’est plus merveilleux que ce coup de fortune. C’est vers le milieu du dix-septième siècle qu’eurent lieu, sur les bords du Mississipi, les premiers essais d’une culture régulière du coton, provenant de semences. Cent ans plus tard on commença à exporter quelques balles en Angleterre, sans pourtant aboutir à un trafic suivi. Le commerce du coton ne prit réellement son extension qu’au commencement de ce siècle. L’exportation, qui était de quarante-cinq mille balles en 1800, ne fit qu’augmenter progressivement jusqu’au chiffre fabuleux de quatre millions six cent soixante-quinze mille balles qu'elle a atteint dans l’exercice de 1859-18G0. Mais la guerre désastreuse qui a ravagé les États-Unis pendant cinq ans, a porté un coup mortel à la production du coton, qui n’est plus aujourd'hui que la moitié de ce qu’elle était avant les hostilités.

On sait qu’il existe deux espèces bien distinctes de coton : celui qu’on nomme coton Sca-Island, parce qu’il croît sur les îles, sur les côtes, à demi noyées des Deux-Carolines et de la Géorgie, ainsi que dans les terrains marécageux qui longent plusieurs grandes rivières, telles que le Mississipi et l’Alabama, se distingue par la longueur de ses brins; une espèce de moindre prix, à brins courts, qui, croissant loin de la mer, et sur des terres élevées, a pris le nom d Upland. Les procédés de culture sont d’ailleurs à peu près les mêmes pour ces deux espèces. Lorsque la terre destinée à recevoir le coton a été préalablement débarrassée, à l’aide de la houe, de toutes les mauvaises herbes et creusée en sillons séparés les uns des autres par une distance de cinq pieds, on ouvre sur le sommet les couches, à un pied et demi d’intervalle, une série de trous dans lesquels on répand environ cinquante grains de coton, puis on recouvre de terre. A peine a-t-on fini de planter qu’il faut avoir de nouveau recours a la houe pour enlever les herbes qui poussent très-vite; cette opération doit être renouvelée environ tous les quinze jours. La récolte se fait vers le commencement de septembre. Lorsque le coton est rentré dans les granges, il reste à l’assortir selon les différentes qualités, puis à le débarrasser des graines qui y adhèrent, ce qui est une opération fort longue et fort difficile, qui ne peut s’exécuter qu’avec l’aide .des machines. Le coton est ensuite porté dans les magasins où, à l’aide de vis de pression, on l’entasse en balles de trois cents livres. Ces balles, une fois cousues, sont envoyées dans un port de mer et deviennent denrées coloniales.

Le riz de la Louisiane, sans être aussi renommé que celui de la Caroline, jouit cependant d’une réputation méritée. Malheureusement, comme pour le coton, la production de cette denrée a bien diminué depuis la guerre. La culture du riz est le travail le plus malsain qui existe. On sait, en effet, que la graine, pour pouvoir crever ou fermenter, a besoin d’être inondée à différentes reprises et que, sous l’eau seulement, le riz peut arriver à pleine maturité. Les travailleurs sont perpétuellement à l’ouvrage, les pieds dans la boue jusqu’à la cheville, la tête nue exposée aux rayons d’un soleil brûlant. Quelle race pourrait mener à bien d’aussi rudes labeurs, ri ce n’est celle qui, née dans un climat analogue, a reçu de la nature une constitution et des organes appropriés à ce climat? Mais aujourd'hui, la condition des nègres est bien changée aux Etats-Unis, et les plantations les plus prospères autrefois, restent maintenant incultes faute de bras.

Une médaille d’argent a été accordée aux beaux échantillons de sucre de canne exposés dans la maison de la Louisiane. La terre d’alluvions qui s’étend sur les rives des grands fleuves de la partie méridionale des États-Unis est admirablement propre à la culture de la canne à sucre. Dans le sol, profond de un pied au moins, on creuse des sillons au milieu desquels la canne est semée ou plantée de boutures. On compte quatre variétés de cannes à sucre : l’africaine, l’otahitienne, celle des Antilles et la rubanée, variété nouvelle à la tige sillonnée de cannelures parallèles, qui mûrit plus tôt que les autres et fleurit plus au nord. Lorsque la canne est coupée, on la laisse fermenter quelques jours, puis on la fait passer sous des rouleaux de fer qui en expriment le jus; on fait bouillir ce jus, la partie aqueuse s’évapore et le suc se cristallise.

Nous avons goûté le tabac louisianais, et nous n’avons pas eu à regretter cette expérience; bien qu’un peu fort et chargé de nicotine, il est agréable au goût et mérite d’être recommandé aux fumeurs, surtout pour la cigarette.

Et pourtant, à la vue de toutes ces richesses, le cœur est saisi d’un vif sentiment de regret; l’esprit ne peut te défendre d’un retour sur le passé; on se rappelle que ce sont les français qui ont les premiers enfoncé la bêche dans le sein de cette terre féconde, et que, pendant deux siècles, la Louisiane a été une des plus belles dépendances de notre pays.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée