Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Le promenoir extérieur. — Effet de nuit

Le promenoir extérieur. — Effet de nuit à l'exposition de Paris 1867

Nous avions rêvé des fêtes de nuit au Champ de Mars; à quoi a-t-il tenu que ces rêves ne se soient pas réalisés? Le lieu, la saison, l’affluence, — tout paraissait conjuré pour cette réalisation. Après les fatigues d’une excursion dans l’intérieur du Palais, il me semblait si naturel qu’on s’assît devant un restaurant bien servi, en regardant s’allumer autour de soi les becs de gaz du Champ de Mars, en voyant passer la foule curieuse, en attendant que le théâtre ouvrît ses portes, que l’heure des expériences pyrotechniques eût sonné sur la berge, qu’un concert longtemps attendu commençât, que Charles Dickens ou Alexandre Dumas fissent une lecture publique, ou même que des musiciens ambulants promenassent autour du Champ de Mars bien éclairé leurs concerts nomades. Pourquoi rien de tout cela n’est-il arrivé? Il eût suffi, pour que ce rêve se réalisât, que les commissaires étrangers prissent le théâtre international sous leur patronage, que la Commission impériale fît quelques frais d’illumination sur la berge, qu’on nommât un directeur des conférences chargé d’inviter, au nom de la Commission impériale, les célébrités à donner des séances. Ceci eût amené cela; et, de proche en proche, l’entraînement aurait été général. La qualité de la clientèle aurait attiré au théâtre international les artistes fameux du monde entier et toutes les étoiles qu’on renomme. On aurait affiché dans tout Paris le programme des fêtes du lendemain, et chacun se serait réveillé en demandant : Qu’y a-t-il de nouveau ce soir au Champ de Mars ?

Malgré tout, pourtant, le promenoir extérieur, étincelant de lumières, encombré de promeneurs, est devenu ce que j’avais prédit, c’est-à-dire une sorte de Corso-réunissant à la fois les agréments du boulevard des Italiens et des Champs-Elysées, quelque chose d’incomparable comme mouvement, et comme variété de costumes et de physionomies.

Il était naturel que devant ce défilé en rond du monde entier, les petites exhibitions, les phénomènes, les nains et les géants, l’homme décapité et le dernier héros de Cour d’assises vinssent réclamer un instant l’attention; et que les musiques, désertant les établissements sacrifiés du Parc, vinssent se donner carrière dans les diverses buvettes du promenoir : c’est la foire comme à Saint-Germain ou à Saint-Cloud Rien n’y manque, pas même les bateleurs, relégués pourtant au théâtre international et au théâtre chinois.

Que le concessionnaire des chaises pardonne à notre dessinateur d’avoir mis des spectateurs assis sous la marquise extérieure du Palais et devant la devanture des restaurants : le dessin était fait avant le procès. Qu’on se hâte d’aller voir l’effet saisissant que ce dessin reproduit, avant que les soirées deviennent plus fraîches. L’éclat, le mouvement, et aussi le bruit sont les mêmes, avec ou sans chaises ; et, encore une fois, au 1er novembre, tout rentrera dans la nuit.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée