Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Galerie de l’histoire du Travail

Galerie de l’histoire du Travail à l'exposition de Paris 1867

Il y a un demi-siècle à peine, la recherche des œuvres d’art des temps passés était encore, en dehors de nos musées et de nos collections nationales, le privilège d’un petit nombre d’amateurs éclairés; et si les chefs-d’œuvre-de l’art antique de la Grèce et de l’Italie comptaient de fervents adeptes, les souvenirs du moyen âge, ceux de la Renaissance, des dix-septième et dix-huitième siècles ne rencontraient, sauf de rares exceptions, qu’une indifférence à peu près générale.

Nous sommes déjà bien loin de ce temps, et il est aujourd’hui peu d’époques de notre histoire nationale dont les produits ne soient l’objet d’études incessantes et de recherches assidues. La réaction a débuté par le moyen âge, et les œuvres des treizième, quatorzième et quinzième siècles ont tout d’abord repris faveur avec un élan irrésistible; la Renaissance a suivi le mouvement, puis sont venus les opulents produits des règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, justement appréciés de nos jours après un long oubli; si bien qu’au temps où nous sommes, sans parler de ces belles et nombreuses collections particulières réunies par des amateurs aussi passionnés qu’érudits, il n’eSt pas une habitation élégante dans laquelle on ne retrouve quelques souvenirs du passé exhumés des armoires de famille, rapportés de la ville ou de la campagne et placés en évidence comme de pieuses reliques. L’étude de notre histoire nationale est devenue un besoin pour tous, et les débris du passé ont acquis une valeur sans limites.

En ouvrant au Palais de l’Exposition universelle de 1867 une galerie destinée à recevoir les ouvrages des siècles qui nous ont précédés, et en les plaçant à coté des industries modernes, dont les produits méthodiquement classés dans le Champ de Mars attirent l’attention du monde entier et donnent une idée bien complète de la force productive et de la puissance des nations civilisées, la Commission impériale répondait donc à un sentiment général. Le but qu’elle se proposait est, du reste, nettement défini dans le court exposé qui précède l’arrêté constituant la commission de l’histoire du travail : « Faciliter pour la pratique des arts et l’étude de leur histoire la comparaison des produits du travail de l’homme aux diverses époques et chez les différents peuples, fournir aux producteurs de toute sorte des modèles à imiter et signaler à l’attention publique les personnes qui conservent les œuvres, des temps passés. » C’est ce but qu’a dû chercher à atteindre la commission de l’histoire du travail, et hâtons-nous d’ajouter que si elle a pu arriver à le remplir, elle le doit surtout au concours empressé qui lui a été apporté par la plupart de nos collectionneurs dans l’intérêt d’une œuvre éminemment nationale et sur les résultats de laquelle il est inutile d’insister ici.

Déjà, dans ces dernières années, une exposition archéologique rappelant celle du Kensington Muséum ouverte à Londres lors du dernier concours universel, avait été organisée au Palais de l’industrie, par une société composée d’artistes et d'industriels en renom et ne reculant devant aucun sacrifice pour faire triompher leurs principes, résumés dans le titre même de leur association, « Union des beaux-arts appliqués à l’industrie. » Cette exposition dirigée par M. Guichard, l’actif et intelligent président de la société, et menée à bonne fin par ses soins et par ceux de ses collègues, avait eu un éclatant succès et avait été accueillie avec une faveur toute spéciale.

Mais, cette première fois, les collectionneurs avaient été appelés à apporter purement et simplement les richesses de toute nature, de toutes époques et de tous pays qu’ils avaient en leur possession, à les exposer et à les livrer à l’étude sans distinction d’origine, de siècle et de nationalité. C’était déjà un premier et important résultat, sans précédent en France, et auquel le public avait applaudi d’une manière aussi sincère qu’unanime.

La commission de l’histoire du travail de l'Exposition universelle de 1867 avait une tâche tout autre à remplir; elle avait tout d’abord à faire appel aux diverses puissances étrangères pour la réussite de l’œuvre commune, et à arrêter les bases d’une classification générale, tout en laissant à chaque pays le soin et les détails de son organisation. La plupart des contrées de l’Europe ont répondu à cet appel, et les collections rétrospectives envoyées par l’Angleterre, l’Autriche, le Portugal, la Russie, la Suède et la Norwége, les Pays-Bas, la Roumanie, attirent-à juste litre l’attention des visiteurs du Champ de Mars. L’Italie elle-même, après de longues et nombreuses difficultés, a fini, sans rien détacher de ses galeries publiques et particulières, par se former une exposition brillante en puisant dans les collections parisiennes.

Quant à la section française, la commission tenait à l’organiser de manière à donner une idée précise de l’importance de nos arts industriels à toutes les époques de notre histoire en n’admettant que des objets d’origine nationale, à l’exclusion de tout produit étranger; il fallait donc, comme elle le disait dans une de ses circulaires, adopter un classement méthodique de nature à faire sentir la succession chronologique des progrès, des transformations, et même des décadences de nos arts industriels. Ce classement divise en dix époques bien tranchées l'Exposition de l’histoire du travail, qui occupe la galerie comprise entre les Beaux-Arts et le Jardin central, et comprend dans son développement tout l’espace contigu aux sections modernes de l’industrie française.

Les divisions adoptées sont les suivantes :
1° La Gaule avant l’emploi des métaux. — Comprenant les ustensiles d’os et de pierre
avec les ossements des animaux aujourd’hui disparus du sol de la France, mais trouvés avec ces ustensiles et pouvant indiquer la période à laquelle ils appartiennent.
2° La Gaule indépendante. — Armes et ustensiles de bronze, de pierre ; objets en terre cuite.
3° La Gaule pendant la domination romaine. — Bronzes; armes; monnaies gauloises; orfèvrerie, bijoux; figurines en terre, poteries, etc.
4° Les Francs jusqu'au sacre de Charlemagne. — Bronzes; monnaies; orfèvrerie; bijoux; armes; poteries ; manuscrits; chartes, etc.
5° Les Carolingiens, du commencement du neuvième à la fin du onzième siècle. — Sculptures, ivoires, bronzes; monnaies; sceaux; orfèvrerie; armes; manuscrits, etc.
6° Le moyen âge, du commencement du douzième siècle au règne de Louis XI, en 1483.—Statuaire; sculpture en ivoire, bois, etc., meubles; bronzes; monnaies; sceaux; 'orfèvrerie; bijoux; armes et armures; manuscrits, miniatures; émaux incrustés et champlevés; poteries, tapisseries; tissus, broderies, etc.
7° La Renaissance, depuis Charles VIII jusqu’à Henri IV en 1610. — Comprenant, comme le moyen âge, les produits de la sculpture, de l’orfèvrerie, de la coutellerie, et de l’armurerie; puis ceux de l’horlogerie, les émaux peints, les faïences vernissées, celles dites de Henry II, les ouvrages de Bernard Palissy, les verreries, les tapisseries, les tissus, les broderies, les reliures, etc.
8° Les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, de 1610 à 1715, dans lesquels se retrouvent, outre les produits des siècles précédents, les ameublements en bois sculpté et doré, les marqueteries rehaussées de bronzes dorés, les faïences de Nevers et de Rouen, ainsi que les porcelaines de Rouen et de Saint-Cloud.
9° Le règne de Louis XV, de 1715 à 1775, comprenant, en dehors des objets ci-dessus désignés, les porcelaines de Chantilly, celles de Mennecy, de Vincennes et de Sèvres; les faïences de Moustiers, de Marseille, celles de l’Alsace, de la Lorraine, de la Picardie, de la Bretagne, etc., etc.
10° Le règne de Louis XVI et la Révolution française, de l’année 1775 à 1800.

L’empressement des principaux amateurs de Paris et des départements, du haut clergé, des collections municipales, à répondre à l’appel qui leur avait été adressé par la commission de l’histoire du travail a été tel qu’un choix rigoureux a dû être fait avant de livrer au public les salles de la section française.

Un jury spécial, composé des collectionneurs les plus éminents ainsi que des savants chargés de nos principaux établissements publics et divisé en cinq sections, présidées chacune par un membre de la commission, a été chargé de procéder à l’examen et au choix des objets d’art et d’antiquité envoyés de tous les points de la France et même de l’étranger, et toute pièce indigne de figurer dans cette grande collection a été mise de côté. — Ajoutons que la Commission impériale avait pris .à sa charge les frais de transport, aller et retour, d’installation et d’arrangement, en se reconnaissant responsable de tous les objets confiés à la commission de l’histoire du travail pour la valeur dont cette dernière aurait accepté la déclaration préalable.

L’Exposition rétrospective, ouverte à Londres en 1862, dans la grande salle du Kensington Muséum, comprenait, en dehors des objets appartenant aux principaux collectionneurs du Royaume-Uni, un grand nombre de pièces précieuses conservées dans les galeries de l’état, les palais de la Couronne, les trésors des corporations. — En France, la loi , qui régit nos établissements publics et assure la conservation des richesses qu’ils renferment, interdit la sortie de tous objets appartenant à nos musées et à nos collections nationales; l’exposition de l’histoire du travail ne pouvait donc se composer que des œuvres extraites des galeries particulières, des musées municipaux et des trésors des églises, à l’exclusion absolue de tout produit appartenant à l’État, aussi bien qu’à la coulonne.

Le concours des musées du Louvre, de ceux de l’hôtel de Cluny, de Saint-Thomas d’Aquin, du cabinet des médailles et antiques, des Bibliothèques impériales et nationales eût considérablement simplifié les opérations de la commission de l'Histoire du travail; mais en dehors des règlements qu elle avait pour première mission de faire respecter, il y avait un puissant intérêt à conserver leur physionomie complète et intégrale à nos collections nationales, à nos musées, à nos bibliothèques, au moment où l’Europe entière appelée à Paris par l’Exposition universelle de 1867, se trouvait conviée à les visiter.

Les galeries françaises de l’Histoire du travail au Palais du Champ de Mars se composent donc uniquement, il faut bien insister sur ce point qui n’a pas toujours été assez compris par les nombreux visiteurs qui s’y pressent chaque jour, d’objets appartenant aux principales collections particulières de Paris, des départements, et quelquefois même de l’étranger, et qui ont été confiées par leurs propriétaires aux soins de la commission.

Elles comprennent en outre tout ce que les cathédrales et les églises de France ont bien voulu détacher de leurs trésors, ainsi qu’un grand nombre d’objets précieux et d’origine nationale que les musées des principales villes de France se sont empressés an premier appel quia été adressé aux administrations municipales, de mettre à la disposition de la commission de l’histoire du travail.

Le nombre des envois a été considérable, et nous voudrions pouvoir signaler ici les noms de tous les possesseurs de richesses archéologiques qui ont bien voulu se dessaisir, pendant toute la durée de l’Exposition universelle, de collections précieuses réunies à grands frais.

Leur nombre dépasse le chiffre de 480, et s’il nous était permis de nous borner à mentionner quelques-uns, en les prenant au hasard, nous citerions, dans la série des temps antéhistoriques tout d’abord, les collections de MM. Lartet et Christy, de M. le marquis de Vibraye, de MM. Bailleau et Feningre, celles de M. l’abbé Bourgeois, du docteur Garrigou, » de M. Peccadeau de l’isle, et M. Brun, de MM. Belgrand, Filhol, Reboux, du docteur Eug. Robert, de M. le comte Costa de Beau-regard, et de M. Marchant de Dijon, qui ont exposé les plus beaux spécimens d’instruments en silex taillés, d’ustensiles en bois de cerfs et de rennes, des vases provenant des stations lacustres du lac du Bourget, des poteries, des parures, bracelets et colliers de toute sorte, provenant de différents points de la France et appartenant aux époques dites des Cavernes, aux divers âges de la pierre, ainsi qu’aux-siècles de transition. Dans la même salle nous trouverions également de nombreux objets confiés à la commission par les musées de Poitiers, de Tours, Narbonne, Saint-Lô, Auxerre, et la belle découverte du Dolmen de Manné-er-H’roek dans la commune de Locmariaquer, conservée dans le musée de Vannes.

Dans les séries des époques celtique et gallo-romaine, il faudrait citer les envois de M. Julien Gréau, de Troyes; ceux de M. Ed. Barry, de Toulouse; de M. de Glanville, de Rouen; de M. Jules Chevrier, de Chalon-sur-Saône; de M. Duquenelle, de Reims; de M. le baron de Girardot, de Nantes; de M. Charvet; ceux de M. Hucher, du Mans ; du comman-, dant Oppermann, de MM. d’Amécourt, Esmonnot et Bertrand, de Moulins; Revoil, de Nîmes; Benjamin Fillon, de Fontenay-le-Comte, et tant d’autres norffs que le cadre de cette notice nous oblige à passer sous silence.

Les sociétés archéologiques de la province et les musées départementaux ont adressé un puissant contingent à cette deuxième série qui embrasse la Gaule indépendante et la Gaule pendant la domination romaine; mentionnons seulement le comité archéologique de Senlis, la société pour la conservation des monuments historiques de l’Alsace, les musées de Lyon, Poitiers, Rennes, Saint-Lô, Falaise, Melun, Auxerre; ceux du Mans, d’Annecy, de Rouen, de Beauvais, de Chartres, de Moulins, de Meaux, d’Aix, de Beaone, de Nîmes, d’Arles, de Soissons; puis enfin ceux de Saverne, de Beauvais, de Troyes, de Caen, de Boulogne et de Narbonne, sans oublier le musée de Toulouse, dont les magnifiques colliers d’or trouvés dans la Haute-Garonne, à Fenouillet, rappellent les plus beaux trésors de l’antiquité.

Si nous passons à l’époque franque et à l’ère carlovingienne, nous trouvons le même concours de la part de tous les possesseurs d'bjets anciens, et le même empressement chez les administrateurs éclairés des collections départementales ; les objets précieux confiés par les musées de Dieppe, du Mans, par ceux de Boulogne, de Beauvais, le collège de Vervins, les musées d’Arras, de Troyes, de Tours occupent la majeure partie de la salle consacrée à la première de ces series avec la suite des monnaies de M. le
vicomte de Ponton d’Amécourt et les beaux envois de MM. Carrand, Alfred Ramé, Rollin et Feuardent, du docteur Closmadeuc et de la bibliothèque du séminaire d’Autun.

Nous avons dit que la commission de l’histoire du travail avait reçu du haut clergé de France le concours le plus actif. Ce concours se retrouve dès l’ère carolingienne. Le trésor de la cathédrale de Sens, celui de Sainte-Trophime d’Arles, l’église de Sainte-Paule des Côtes-du-Nord, celle de Saint-Benoît-sur-Loire, le séminaire d’Autun, l’église Saint-Andoche de Saulieu, celles de Chelles, de Saint-Orens d’Auch, et la cathédrale de Troyes sont dignement représentés, à côté du magnifique flabellum de l’abbaye de Tour-nus, appartenant à M. Carrand, de Lyon, de la statue équestre de Charlemagne , de Mme Evans Lombe, des évangéliaires et des psautiers de la bibliothèque de Troyes et des beaux manuscrits delà collection A. Firmin-Didot.

La grande salle réservée au moyen âge, depuis le commencement du douzième siècle jusqu’au règne de Louis XI inclusivement, tire également la plus grande partie des richesses qu’elle renferme des trésors de nos églises et des collections départementales. Telles sont : la belle Vierge en ivoire du musée de Lyon, celle de Villeneuve-lès-Avignon, le candélabre de saint Remy, du musée de Reims ; les crosses d’Angers, de Sen-lis, de Narbonne, de Versailles ; les grandes châsses de Troyes, de Mauzac, de Rouen; le célèbre calice de Saint-Remy de Reims, les reliquaires de Chartres, du Mans, de Poitiers, de Bousbecque, de Toulouse; les tapisseries de la cathédrale d’Angers, celles de Reims, et mille autres objets précieux par leur origine et les souvenirs historiques qui s’y rattachent.

Dans la galerie de la Renaissance, les collections particulières dominent, et en dehors de la nef de Sainte-Ursule, du reliquaire de Reims, de quelques grandes et belles pièces d’orfèvrerie et d’émaillerie religieuses, des armes des musées de Lyon, de celles de Draguignan et de Rennes, nous aurions à citer bien des noms connus et appréciés dans le domaine de l’art et de la curiosité.
C’est ici que nous retrouvons toute la collection des faïences de Palissy et de son école, celles d’Oiron , dites faïences de Henry II, cette admirable série d’émaux peints, signés des noms les plus estimés de l’école de Limoges, et tous les charmants produits de Fart français au seizième siècle, extraits des galeries des barons James, Alphonse et Gustave de Rothschild, de M. le baron de Theis, de M Dutuit, de Rouen, de M. le capitaine Leyland, de Londres, de M. le duc de Mouchy, de M. le vicomte de Tusseau, deM. d’Yvon, de la princesse Czartoriska, de celles de Mlle Grandjean, de Mme la baronne Salomon de Rothschild, du comte de Reiset et de tant d’autres collections justement célèbres.

L6S salles consacrées aux dix-septième et dix-huitième siècles font suite à la galerie de la Renaissance et s’étendent de l’autre côté du chemin transversal, depuis le vestibule où se trouve placé le grand plan en relief de la Restauration des tombeaux de saint Denis exécuté , avec une rare habileté par M. Villeminot sous la direction de M. Viollet-le-Duc, jusqu’à l’exposition des Pays-Bas qui ouvre de ce côté la série des sections . étrangères.

C’est là que sont exposés les grands et beaux meubles ornés de marqueterie et de bronzes dorés, envoyés par la ville de Poitiers, par M. le baron Le Pic, par le duc de Mouchy, le baron Alphonse de Rothschild, le comte de Chauveau, M. d’Yvon et le comte de Pontgibaud ; les marbres et les statues de MM. Strauss et Beurdeley, la série des élégants bronzes d’ameublement de M. le vicomte Clerc; les beaux spécimens des fabriques de faïences de Rouen, de Nevers, de Moustiers, de Marseille, etc., appartenant à MM. Maillet du Boullay, Davillier, Aigoin, Morel, Périlleux, Delaunay, Achille Jubinal, Bigle, aux musées de Rouen et de Nevers ; les porcelaines françaises des premières époques; les pâtes tendres de Sèvres; les pièces d’orfévrerie religieuse confiées à la commhsion par la cathédrale de Troyes, par M. le vicomte d’Aigneaux; les vêtements sacerdotaux de la cathédrale de Reims et de Villeneuve-lès-Avignon, ainsi que la précieuse série des imprimés français réunis par M. A. Firmin Didot pour l’histoire des caractères d’imprimerie depuis l’origine jusqu’à nos jours dans les villes de Paris et de Lyon.

Plus loin se trouvent tous les objets mobiliers des règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI apportés par M. Double et dont la collection forme un ensemble bien intéressant pour l’histoire de ces dernières époques; meubles rehaussés de fines marqueteries, bronzes ciselés par les premiers artistes du temps, marbres, statuettes, figurines, vases de toute sorte, pièces d’orfèvrerie, armes, tapisseries, étoffes, services complets en porcelaine de vieux Sèvres, formant un ensemble de spécimens parfaitement choisis des industries les plus variées en honneur aux dix-septième et dix-huitième siècles.

L’argenterie et l’orfèvrerie de table sont représentées par les collections justement célèbres de M. le baron Pichon, de M. le comte de Pontgibaud, de M. le comte d’Armaillé; et les vitrines renferment les plus charmants échantillons de la bijouterie française, les boîtes en émail, en vernis Martin, en cristal de roche, en or, appartenant à S. A. le duc Georges de Mecklembourg, au duc de Mouchy, à M. de La Rochefoucauld duc “de Bisaccia, à M. Léopold Double, à MM. Hunt et Roskell de Londres, avec les vases en vieux Sèvres de MM. Thiac, vicomte de Saint-Pierre, Beurdeley, de Sampayo et les cristaux de roche de M. Baur, etc.

Les collections envoyées par M. de La Faulotte, le comte de La Béraudière et M. Spitzer occupent 'également une place importante dans les deux dernières salles de la section française, et les objets mobiliers qui les composent, bronzes, marbres, porcelaines, sont d’un choix irréprochable. Nous voudrions indiquer aussi la série des montres anciennes de Mme d’Hargeville, .comprenant plus de cent, cinquante pièces d’origine française et d’un goût exquis, les beaux marbres et les porcelaines de Mlle Grandjean, celles de Mme la marquise de Fénelon, de Mme la baronne le Coulteux, du comte de Beaussier, du docteur Coqueret, du vicomte de Pulligny, de M. Delamarre, les meubles en vernis Martin, et les groupes en marbre de M. d’Yvon, les grandes tapisseries du capitaine Leyland, de M. de La Herche, le beau service de Sèvres de M. Corbyn, la suite des terres cuites de Nini, réunies par M. Charvet, les beaux clavecins de MM. Lavignée et Henri Herz; mais l’espace nous manque et nous devons renvoyer au catalogue que publie en ce moment la commission de l’histoire du travail.

Nous ne saurions toutefois quitter ces galeries sans dire un mot de la précieuse collection d’éventails appartenant à Mme Fur-tado, au docteur Piogey, à M. le baron Pichon, au comte d’Estampes, à MM. Duvelleroy, Vannier, Voisin, Duvauchel et Singer, et sans jeter un coup d’œil sur les premiers essais d’Oberkampf, en 1760, pour l’impression des toiles de Jouy dont les intéressants échantillons ont été pieusement conservés par M. La Bouchère.

L’Exposition universelle illustrée se propose de publier un certain nombre des objets les plus précieux appartenant aux diverses époques de l’histoire du travail, soit dans la section française, soit dans-les diverses sections étrangères; nous aurons donc l’occasion de revenir en détails sur une exposition dont nous n’avons pu donner qu’une idée bien insuffisante et qui répond, comme nous le disions, à un besoin général, aujourd’hui que le goût des objets d’art et de la haute curiosité est universellement répandu, tout en présentant dans son ensemble un coup d’œil dont la variété, 1 imprévu et la richesse doivent suffire à charmer les plus indifférents.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée