Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Machine de Marly

Machine de Marly à l'exposition de Paris 1867

On ne songeait nullement à exposer le modèle de la nouvelle machine hydraulique de Marly, construite depuis plusieurs années, quand, au dernier moment, l’Empereur en donna l’ordre.

Pour recevoir ce modèle, un petit pavillon a été bâti dans le Parc, non loin et à droite de la porte Rapp, sous les auspices du ministère de la Maison de l’Empereur et des Beaux-Arts : car l’établissement hydraulique ayant été construit aux frais de la Liste civile, dépend de ce ministère.

La machine de Marly méritait les honneurs de l’Exposition. La vieille machine, célèbre par ses gémissements lamentables, n’est plus celle qui existe aujourd’hui à Marly ; elle est remplacée par un nouvel appareil qui est une des oeuvres les plus remarquable de la mécanique moderne.

Le pavillon du Champ de Mars renferme le modèle d'une des roues hydrauliques, exécuté à l'échelle de dix centimètres pour un mètre, et une série de lavis et d’aquarelles représentant l’ensemble et les détails de l’établissement. Nous serions heureux si l’examen du modèle de cette machine admirable et du croquis représentant l’ensemble de l’édifice et du coteau qui le domine inspirait aux visiteurs de cette exposition le désir d’aller voir la machine elle-même, car il n’est point, aux environs de Paris, de canton moins fréquenté et plus délicieux que celui le Marly.

Tous les étrangers vont admirer les grandes eaux de Versailles et de Saint-Cloud, et un bien petit nombre seulement connaissent la source de ces puissants jets, de ces abondantes cascades.

Qu’ils aident a Marly, et ils apprendront que les torrents d’eau qu’ils ont vus jaillir à une grau le hauteur, dans les parcs déjà très-élevés de Versailles et de Saint-Cloud, que ces cataractes ascendantes qui les ont émerveillés ont été empruntées à la Seine, à Marly, et sont lancées p ir la Seine elle-même. Nous allons expliquer comment.

Quand le Nôtre eut créé les jardins de Versailles, Saint-Cloud, Marly et Saint Germain, les bassins magnifiques dont on avait orné les parterres restèrent à sec, car les châteaux étaient bâtis sur des collines. C’est alors que Rennequin construisit la machine légendaire pour élever les eaux du fleuve sur les hauteurs de Louveciennes, d’où elles se rendaient dans ses bassins des parcs royaux. On édifia, pour recevoir les eaux, ce majestueux et pittoresque aqueduc de Louveciennes qui développe ses arcatures sur une longueur de 600 mètres, et s’élève à 23 mètres au-dessus du sol et à 158 mètres au-dessus de la Seine. Du château d’eau, qui termine la trente-sixième et dernière arcade, partait le tuyau qui venait se déverser dans les réservoirs.

Rennequin ne savait pas lire, et, comme tous les esprits ingénieux et inventifs mais ignorants, il avait imaginé quelque chose de fort compliqué. La machine se composait de 221 pompes mises en mouvement par 14 roues. Le bras gauche de la rivière avait été barré tout exprès pour produire la chute qui faisait tourner les roues. Une partie des pompes élevaient les eaux dans un premier bassin, d'autres les reprenaient à cette hauteur et les jetaient dans un puisard plus élevé, d’ou enfin un troisième groupe de pompes les montait sur la tour. Cette machine fut exécutée de 1676 à 1682 et coûta la bagatelle de trois millions six cent cinquante mille francs, r°présentant au bas mot dix ou douze millions à l’époque actuelle. Cet immense joujou mécanique ne tarda pas à se détraquer et, au commencement du siècle, il n’y avait plus que deux roues en état de service. Aussi les grandes eaux de Versailles ne jouaient-elles que dans les occasions solennelles, car il fallait dépenser trente mille francs pour offrir ce spectacle à la foule. Il y a maintenant grandes eaux tous les dimanches d’été, alternativement à Versailles et à Saint-Cloud.

Désespérant de l’appareil hydraulique, on le remplaça par une pompe à feu. La construction , confiée à M. Cécile, se prolongea de 1811 à 1826. Cette machine, fort belle pour l’époque, montait l’eau d’un seul jet sur l’aqueduc à l’aide de huit pompes; c’était un grand progrès, mais il était dur de brûler du charbon quand on avait en face de soi une énorme chute d’eau qui ne servait plus à rien. En 1855, l'Empereur ordonna la construction d’une nouvelle machine hydraulique. M. Dufrayer, l’éminent architecte de la liste civile, se mit à l’œuvre et, en 1858, le nouvel édifice était inauguré; mais les travaux complémentaires ne seront terminés qu’à la fin de l’année actuelle.

La dépense totale, supportée par la cassette particulière de Sa Majesté, s’est élevée à deux millions.

La machine nouvelle se compose de six grandes roues de douze mètres de diamètre , mettant en jeu chacune quatre pompes. L’appareil est abrité par un bâtiment en pierre et brique, couvert en zinc, construit sur la rivière perpendiculairement à la rive. Quand les vingt-quatre pompes seront en jeu (la sixième roue n’est pas encore terminée), elles élèveront ensemble à la hauteur de 156 mètres 16 millions de litres d’eau par jour. Cette petite rivière, au lieu d’être déversée sur l’aqueduc comme autrefois, est portée directement sans passer par l’aqueduc, par une conduite de 60 centimètres de diamètre et de 2280 mètres de longueur jusqu’aux réservoirs des Deux-Portes qui forment de véritables lacs artificiels de 35 000 mètres cubes de capacité.

Maintenant l’aqueduc et la pompe à feu ne servent plus à rien : mais néanmoins on les conserve comme souvenirs historiques, et on peut les visiter, aussi bien que la machine actuelle, sans avoir aucune permission à demander, ce qui a toujours son prix.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée