Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Laines d’Australie

Laines d’Australie à l'exposition de Paris 1867

Le président de la Chambre des communes en Angleterre est assis, au Parlement, sur un petit sac de laine. Cet usage n’est pas aussi singulier qu’il peut le paraître tout d’abord. L’Angleterre a dû, en effet, sa première prospérité au commerce des troupeaux et des laines : il y a pour elle honneur et profit à ne pas perdre de vue ce point de départ, cette cause lointaine de sa grandeur actuelle. Le sac de laine du président est donc là pour rappeler à tous les députés la simple origine de leur fortune et pour les engager à voir toujours dans l’agriculture et dans le commerce les meilleures sources de la prospérité publique et privée.

L’Australie et Victoria, plus que les autres, parties de ce continent, auraient pu éblouir nos regards. Il était si facile à cette terre de l’or, de se construire à l’Exposition universelle un palais d’or, ou tout au moins un arc triomphal doré sur toutes les faces, depuis la base jusqu’au sommet!

Elle a préféré néanmoins à cet étalage éblouissant une installation plus modeste.

L’Australie devant, comme l’Angleterre, sa première prospérité au commerce des laines, la colonie a voulu, comme la métropole, ne pas perdre de vue ce point de départ de sa fortune actuelle. Elle a donc pris le sac de laine pour emblème, et plus encore, elle l’a pris pour ornement.

J’aime, pour ma part, cet arc de triomphe sans faste que l’Australie a placé devant son exposition tout agricole et pastorale.

Il se compose de ballots de laine superposés. Ces ballots, de forme cubique très-régulière, se prêtant comme des blocs de pierre à certaines dispositions architectoniques, on en a formé quatre piliers supportant trois arcades cintrées. Les deux arcades latérales donnent accès dans la galerie réservée aux produits australiens, l’arcade centrale est fermée. On y voit diverses photographies représentant les principaux édifices de Melbourne. Cet arc de triomphe pacifique est surmonté de moutons sur pied qui peuvent, si l’on veut, figurer le quadrige que les Romains aimaient à placer sur le haut de leurs arcs de triomphe.

L’exposition australienne comprend trois parties principales : 1° la Nouvelle-Galles du Sud; 2° Queensland; 3° Victoria.

Cette dernière partie est la plus importante, elle résume d’ailleurs toutes les productions du continent océanique, c’est donc surtout de Victoria que nous allons nous occuper.

Victoria, la plus petite des trois divisions que nous venons d’indiquer, occupe un territoire de 86831 milles carrés, c’est-à-dire à peu près égal à celui de la Grande-Bretagne, mais tandis que la métropole renferme 14 millions d’habitants, sur un même espace, Victoria n’en a guère que 600 mille. Mais Victoria est une colonie toute nouvelle, et depuis les premiers jours de son établissement elle a fait des progrès vraiment prodigieux. Elle n’existe que depuis trente-deux ans. C’est en effet le 15 août 1835 que quarante aventuriers débarquèrent en Océanie dans une petite baie qu’ils nommèrent Port-Philipp. Depuis ee premier établissement la colonie n’a pas cessé de prospérer, et la population est devenue de plus en plus compacte. Des villes importantes se sont déjà formées, et Melbourne, la capitale de Victoria, compte déjà plus de cent mille habitants.

L’Angleterre se félicite chaque jour de la prospérité croissante de cet établissement qui ne le cède qu’à l’Inde seule, mais non pas sous tous les rapports, car ses progrès sont plus rapides que ceux de l’Inde elle-même.

Victoria figurait dans les expositions précédentes. A la grande exposition de 1862, elle était même à la tête de toutes les colonies anglaises; il fut alors officiellement déclaré que ses produits formaient la collection la plus vaste et la plus variée qui ait jamais été envoyée en Europe par une colonie britannique.

La découverte de l or, en 1851, dans les mines abondantes de l’Australie a eu pour Victoria de bons et de mauvais effets.

Elle a pendant plusieurs années détourné de l’agriculture presque tous les esprits ainsi que presque tous les bras. Une véritable fièvre s’empara des colons, on désertait les villes, on abandonnait les troupeaux, les pâturages, les moissons pour courir vers les mines et pour recueillir sa part d’or, pour faire fortune en quelques jours, mais ce désordre cessa bientôt, l’exploitation des mines organisée par le Gouvernement avec régularité ne permit plus les gains prodigieux et rapides, la production, du reste, tomba bientôt de moitié, et les habitants rentrèrent presque tous dans leurs habitations qu’ils n’auraient pas dû quitter. L'agriculture et l’élève des bestiaux se ressentirent nécessairement de ce délaissement passager, mais fort heureusement il resta dans la colonie une foule d’émigrants partis de l’Angleterre, de l’Écosse et de l'Irlande pour chercher fortune dans les mines de Victoria. La plupart n’y ont rencontré que la misère, mais ils se sont voués depuis à la vie agricole et pastorale dans laquelle ils trouvent la richesse et par surcroît le bonheur.

Si les produits de Victoria sont très-variés, ils ne sont pas tous estimés. Il en est de communs. Mais les laines forment une classe de produits supérieurs qui jusqu’ici ont fait la fortune de l’Australie et qui seront toujours l’une des parties les plus importantes du revenu de cette colonie.

L’Australie est, en effet, admirablement disposée pour l’élève des moutons. La température du pays atteint rarement un degré très-élevé, la contrée offre de nombreuses prairies et d’excellents pâturages, l’eau seule manque parfois, mais, grâce aux pluies abondantes, on peut l’accumuler sur les pentes des collines, ou dans les vallons, en réservoirs artificiels.

Toutes les races ovines peuvent s’acclimater sous le ciel de l’Australie, et même y acquérir plus de finesse, des toisons plus soyeuses et plus délicates.

En général les belles laines proviennent des districts situés au nord de l’État de Victoria. Le climat de ces provinces septentrionales est plus favorable que celui des environs de Melbourne, soit à l’élève des bestiaux, soit au développement de leurs qualités. Les laines y acquièrent plus de finesse et plus de brillant.

Les races dominantes en Australie sont les moutons angora et les alpaga qui fournissent ces belles et fines étoffes qui possèdent presque le brillant de la soie. Nous en voyons de très-beaux spécimens dans les vitrines de la société d’acclimatation de Victoria.

Les mérinos importés en Australie y prospèrent également et fournissent d’excellents produits.

Enfin les diverses races indigènes donnent des laines très-remarquables.

Aussi le jury international a-t-il largement récompensé le3 exposants australiens en leur distribuant de nombreuses médailles d’argent et 9e bronze.

Il faudrait citer presque tous les échantillons apportés, mais ce serait un peu long et nous devons nous borner à mentionner ici les laines de M. John Bell, de Melbourne, celles de M. Goldsborough, de Melbourne aussi, de M. Learmouth, d’Ercildown.

M. Goldsborough mérite une mention spéciale, il a mis sous nos yeux dix balles 8e laine et divers échantillons qui la présentent sous toutes ses formes et dans ses divers degrés. Ce sont d’abord des toisons à l’état brut en suint; puis des toisons dégraissées, des toisons lavées, et d’une blancheur éblouissante.

La commission de Victoria nous présente aussi des échantillons à divers degrés de préparation, mais elle fait plus en plaçant sous nos yeux des tissus ainsi que des châles de laines pures et de qualités fort remarquables.

Ces produits, très-recherchés par les fabricants européens, sont heureusement assez nombreux et peuvent satisfaire à bien des demandes. Ainsi, en 1865, l’Australie, ou pour mieux dire la colonie de Victoria, a exporté 40 400000 livres de laine, c’est-à-dire pour une valeur de 75 millions de francs. Cette production va croissant de jour en jour, et dans l’avenir elle ne peut que se développer encore.

Le gouvernement anglais fait de louables efforts pour encourager les producteurs australiens.

Les squatters ou éleveurs de troupeaux considérés autrefois comme des hommes vils et sauvages, sont devenus, grâce à certaines immunités, grâce à la protection efficace et directe du gouvernement, l’aristocratie de la contrée.

Les squatters formaient autrefois des populations nomades. Le squatter ne cultivait pas la terre, n’élevait même pas ses moutons, il se bornait à les promener de pâturage en pâturage, à travers les prairies désertes, et quand un trafiquant se présentait, il vendait sur pied son troupeau, pour en former ensuite un autre.

Aujourd’hui le squatter n’est plus nomade. Le gouvernement lui loue, moyennant un droit au pâturage, renouvelable d’année en année, une certaine étendue de prairies. Le squatter locataire s’enferme dans son lot qu’il fait enclore et sur lequel il établit sa demeure. Il vit en véritable colon, étudie et met en pratique les meilleurs moyens de faire prospérer ses bestiaux, et d’en retirer les produits les plus avantageux. Il ne vend plus ses troupeaux sur pied, mais il sait se défaire tour à tour du lait, de la viande, du suif, de la corne et des toisons que produisent ses brebis, en d’autres termes il élève ses troupeaux avec intelligence et leur fait rendre tout ce qu’ils peuvent produire.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée