Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Danemark

Danemark à l'exposition de Paris 1867

L’exposition du Danemark, resserrée entre celles de la Suède, de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, de la Russie, est presque introuvable. Elle paraît se cacher. Cette modestie, quoique involontaire sans doute, prête une nouvelle grâce à la petite section danoise, et l’on est tout heureux et tout surpris de rencontrer dans ses vitrines une foule d’objets qui mériteraient assurément une meilleure place.

Il ne faut pas toujours juger des peuples par l’espace qu’ils occupent sur une carte; et cela n’est que trop vrai pour le Danemark. Ce peuple laborieux, éclairé, vaillant, qui semble perdu sur un coin de terre, battu par les flots, qui lutte sacs cesse pour la défense de son territoire menacé par la mer ou par des voisins ambitieux, ce peuple, disons-nous, a su depuis longtemps gagner l’estime et la sympathie des nations civilisées : il a paru sous bien des rapports l’égal des plus grands peuples, et ce n’est pas un vain hommage que lui rendent en ce moment les représentants de la France réunis dans sa capitale.

Le Danemark, comme toutes les nations obligées de lutter sans cesse avec la nature pour maintenir leur existence, nourrit sur son territoire une population robuste, industrieuse, infatigable.

Sur cette presqu’île que la mer détache chaque jour de plus en plus du rivage et que le flot mine sans cesse, vivent des hommes pour qui le travail est pour ainsi dire une condition vitale ; travailler ou périr, telle est leur destinée. Il faut qu’ils disputent à la mer leurs champs, leurs bois, leurs demeures ; et dans cette lutte inégale, que de fois ils sont vaincus !

Le Danois, comme le Hollandais, doit placer entre son ennemie et lui des remparts toujours attaqués et par conséquent toujours défendus. Les rivages sont couverts de digues qu’il faut élever, entretenir, hausser, sans trêve ni repos : car la mer, elle, ne se repose point.

Les digues ne sont pas même un sûr garant. La mer parvient souvent à les rompre et l’on a gardé le souvenir d’affreuses catastrophes. Celle de 1631 fut épouvantable; presque tout le Nordstrand fut submergé ; des péninsules détachées delà terre devinrent des îles : les maisons, les villages furent détruits de fond en comble, et plus de sept mille personnes trouvèrent la mort dans les flots.

Voilà donc au milieu de quels dangers doit vivre le Danois : mais l’énergie de ce travailleur ne fait que s’accroître avec les difficultés, et malgré les menaces de la mer, il parvient à répandre autour de lui la richesse et la prospérité.

Le Danemark est en effet admirablement cultivé; non-seulement le paysan ne se laisse pas envahir par la mer, mais il l’envahit lui-même et parvient parfois à la faire reculer. Il n’est pas rare de voir, surtout à l’embouchure de certaines rivières, des terrains formés en parties par les limons amenés dans le courant. Le cultivateur, à force de patience et de plantations tenaces qui prospèrent sur le sable, finit par se créer sur ces terrains des champs ou des prairies d’assez bon rapport.

On n’ignore pas que l’une des ressources du peuple danois consiste dans les produits excellents et nombreux de ses pêcheries. Les Danois forment un peuple de mer, ils vivent sur elle et par elle : il faut bien qu’elle ait pour eux quelques bontés, cette terrible voisine!

Mais l’agriculture et la pêche ne sont pas les seules sources de la richesse des Danois. Leurs nombreux vaisseaux donnent au Danemark des revenus importants. Le peuple laborieux de cette contrée ne se contente pas, du reste, d’assurer sa vie matérielle, il cultive aussi son esprit, il aime la vie intellectuelle, et jusque dans ses dernières classes on rencontre un vif désir d’apprendre joint à certaines lumières qu’il est rare de rencontrer parmi le peuple de nations considérables qui paraissent plus avancées en civilisation.

Ne soyons donc pas surpris des sympathies qu’excite une telle nation, elle n’est petite que par son territoire.

A l’Exposition universelle, le Danemark occupe entre la Suède et la Grèce une longue mais étroite galerie. Est-ce par hasard que la Grèce et le Danemark, la péninsule du Nord et la péninsule du Midi, se trouvent ainsi rapprochés? Je l’ignore. Mais le Danemark mérite ce rapprochement : ses artistes semblent en effet chérir la Grèce, et leur art sait puiser de pures inspirations aux meilleures sources de l’antiquité grecque.

Nous aurons, du reste, plusieurs occasions de constater ce goût pendant le cours de notre rapide revue. Hâtons-nous de pénétrer dans la galerie et de la visiter en détail.

Voici d’abord des cuirs et des peaux. Le Danemark, comme la Suède, comme la Russie, comme toutes les contrées voisines de la Baltique, compte parmi ses meilleurs revenus l’élève des bestiaux. Il exporte, par conséquent, une assez grande quantité de peaux, et l’on rencontre sur son territoire d’assez nombreuses tanneries. Il ne faudrait pas croire cependant que cette industrie soit relativement aussi importante qu’elle l’est en Suède ou dans la Russie. L’élève des bestiaux en Danemark n’a jamais atteint de proportions très-considérables. Les pâturages sont de médiocre qualité, et les résultats obtenus par les éleveurs ne sont pas très-satisfaisants.

Après les cuirs et les peaux, nous rencontrons les fourrures. Quelques-unes sont belles, mais en général leur nombre pas plus que leur qualité ne sauraient soutenir une comparaison avec les fourrures de la Norwége, de la Russie septentrionale et surtout de la Sibérie.

Nous voyons cependant quelques produits remarquables exposés par M. Troille, pelletier à Copenhague. Citons surtout ses beaux tapis formés de robes d’ours blancs et d’ours bruns.

Les suifs danois sont excellents. La bougie est admirablement préparée dans divers établissements du Danemark. Deux exposants dans cette industrie ont reçu des médailles d’argent. La médaille décernée à M. Asp, de Copenhague, nous a paru surtout bien méritée. Son bas-relief de stéarine prouve que ses produits sont fondus et coulés avec beaucoup de soin. Ce bas-relief d’un mètre et demi de long reproduit une œuvre charmante de Thorvaldsen, le grand artiste danois, on pourrait presque dire le grand artiste grec, tant Thorvaldsen sut s’inspirer de la Grèce dans la plupart de ses compositions! Cette œuvre est intitulée : Les quatre âges de l'amour; elle est parfaitement rendue, et c’est le plus grand éloge que l’on puisse faire de la stéarine de M. Asp.

A côté de ce bas-relief, nous voyons une autre application artistique de la cire, dans ces mannequins aux figures si naturelles qui représentent d’une manière saisissante les habitants de la contrée. Contournons la foule toujours groupée autour de ces paisibles paysans, et donnons un simple coup d’œil aux draps pour les troupes, exposés par la fabrique royale de draps militaires à Copenhague. Cette fabrique suffit pour confectionner les vêtements des vingt-quatre mille hommes dont se compose l’armée Danoise.

Nous voyons deux chefs-d’œuvre dans la vitrine de M. Schwartz. Une médaille d’argent a seule récompensé ces travaux exquis; le jury avait sans doute épuisé ses médailles d’or. Voici d’abord un éventail en dentelle. Oh ! la fine dentelle, s’écrie t-on de toute part : le point d’Angleterre, le point de Malines, ne sont pas plus délicats...., c’est vrai, mais la dentelle de M. Schwartz est tout simplement.... de l’ivoire.

Admirez encore ce bocal à vin, tournant sur pivot. On croirait voir un cor; aussi est-ce un cor, un cor d’ivoire, comme celui que Roland faisait retentir à Roncevaux. Le guerrier, après avoir donné ses ordres, portait le cor à ses lèvres, non pour sonner la victoire, mais pour se désaltérer; après l’avoir fait emplir-de vin, il le vidait d’un trait et demeurait grand jusque dans la soif.

Le cornet à vin de M. Schwartz mériterait a lui seul une longue description. Un poème est sculpté sur ses flancs. C’est le poème d'Isaïe Tigner, c’est Saga de Frithiof, dont les douze principales scènes sont reproduites en relief sur les parois d’ivoire.

A côté de ces beaux spécimens de l’art danois figurent des imitations réussies de vases étrusques.

Nous voyons ensuite les produits de la manufacture royale de porcelaines à Copenhague. Ces produits supérieurs ont été mis hors concours. Parmi les porcelaines et les biscuits de cette fabrique, nous remarquons de jolies assiettes à paysages et d’autres assiettes où sont reproduits divers groupes antiques, de petites et charmantes statuettes fort délicates représentant divers dieux et demi-dieux, divers personnages de l’ancienne Grèce. Ainsi, comme on le voit, la Grèce st en grand honneur chez les artistes danois.

Admirons encore un beau bahut de M. Lund, fournisseur de LL. MM. le roi et la reine de Danemark. Ce bahut, sur lequel sont sculptés de très-fines arabesques, supporte des incrustations d’écailles d’un effet gracieux.

Dans un petit salon spécial sont réunis les meubles de la Société de Copenhague fondée en 1860.

Cette société a pour but d’encourager l’industrie et les arts nationaux. Elle commande chaque année aux divers fabricants de Copenhague une variété d’articles exécutés sur les dessins et sous la surveillance des meilleurs artistes.

On obtient ainsi d’excellents résultats : les travaux commandés sont faits avec beaucoup d’art et de soins. La société met ensuite ces objets en loterie. Parmi les travaux exposes nous remarquons surtout une très-curieuse porte dans le style du temps de Christian IV. Cette porte est exactement copiée sur celle qui existe dans le vieux château de Frédériskborg. Les bois dont se compose ce travail sont très-beaux; deux belles colonnes aux chapiteaux d’ivoire en décorent les côtés. La même société expose diverses pièces d’orfèvrerie dont les détails sont exquis. Faisons remarquer encore que les diverses pièces exposées se sont inspirées le l’art grec.

Terminons cette revue par deux mots sur les 30 tableaux danois de l’Exposition. On s'arrête avec plaisir devant plusieurs paysages. Le Samson qui fait tourner la meule et qui sert de risée aux esclaves est une peinture vive, spirituelle, de M. Bloch. Une grisaille de M. Simonsen, retraçant un épisode de la défense du Sleswig, est peinte avec une certaine énergie; mais malheureusement les personnages sont assez mal disposés sur la toile : c’est d’un mauvais effet.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée