Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Maison Cheuvreux-Aubertot

Maison Cheuvreux-Aubertot à l'exposition de Paris 1867

Si vaste que soit le Palais élevé dans le Champ de Mars, aujourd’hui chacun le sait, ce Palais, contrairement aux calculs les plus larges et aux prédictions les plus sages en apparence, s’est trouvé infiniment trop étroit pour que satisfaction complète pût être donnée aux plus légitimes demandes. Il est inutile de dire que grand et très-grand a été l'embarras de la Commission impériale.

Pour sortir d’une difficulté tout à fait imprévue, qu’avait-elle à faire? Le mieux pour elle était de suivre tout simplement l’exemple du conseil municipal de Paris, et c’est là ce que très-sagement elle a fait.

Ledit conseil, à la suite de tout nouvel emprunt ouvert par la ville, est constamment obligé, vu le nombre considérable et le chiffre énorme des demandes, de procéder, non par voie d’élimination et d’exclusion, ce qui serait désobligeant et injuste pour les petits déposants, mais par voie de réduction et de répartition proportionnelle, ce qui, sans contenter tout le monde, n’est désagréable à personne.

Ainsi devait faire et ainsi a fait la Commission impériale. Pour satisfaire à toutes les requêtes, elle a réduit les demandes de chacun. Toutefois elle a gracieusement laissé à tous ceux qui pouvaient trouver insuffisante la place qui leur était octroyée, le droit de s’établir dans le Parc et de s’y installer à leur aise et selon leur convenance.

C’est à cette libérale concession que nous devons la plupart des élégants kiosques et des charmantes constructions répandues autour du Palais, et qui ressemblent à autant de vigoureux rejetons sortis de ses racines.

Tel est le pavillon delà maison Cheuvreux-Aubertot, élevé près le théâtre international, sur les dessins et sous la direction d’un de nos meilleurs architectes, M. Paul Sédille.

Ce gracieux monument, style renaissance, que baigne à toute heure une douce lumière tamisée par les arbres d’alentour, mérite, entre tous, par son heureuse disposition, sa distribution gracieuse, et sa décoration riche et coquette, d’être visité dans ses moindres détails par ceux qui désirent emporter un souvenir de toutes les merveilles du Champ de Mars.

MM. Hoschedé et Blémond, les chefs de cette maison, tenaient à honneur de se présenter à l’Exposition armés de toutes pièces. Héritiers d’un passé commercial doublement glorieux, il leur importait de prouver que l’établissement qu’ils dirigent est resté à la hauteur de sa renommée. A ce dessein, ils avaient réuni leurs plus beaux produits pour en faire une exposition d’ensemble qui ne laissât aucun doute sur le rang qu’ils occupent dans la grande industrie de luxe.

Mais pour une exhibition aussi importante il fallait de la place; or, comme l’étroit compartiment qu’on leur offrait n’eût pu contenir leurs produits qu’en tas ou empilés les uns sur les autres, ils se sont vus contraints, bien malgré eux, de se séparer de leur groupe, et d’aller dresser leur tente dans le voisinage.

Noblesse oblige, et de toute succession honorable il.incombe une responsabilité qu’on ne peut décliner sans démériter.

M. Hoschedé et Blémont ont compris cette vérité depuis le jour où ils sont entrés en possession delà maison qu’ils dirigent ; aussi n’est-ce pas moins pour leurs prédécesseurs que pour eux-mêmes et pour le public, qu’ils ont voulu se montrer tels qu’ils sont et qu’ils n’ont consenti ni à se réduire, ni à s’effacer en partie, pour de futiles raisons d’emplacement et de localité.

La maison Cheuvreux-Aubertot ne date pas d’hier. Fondée en 1786 sur les bases les plus larges et les plus solides, elle a vu sous chacun de ses directeurs successifs sa renommée s'accroître et s’affermir.

Les traditions du fondateur sont restées une loi pour tous.

Pour les héritiers du nom de Cheuvreux-Aubertot, pour les successeurs de Legentil, une de nos plus grandes illustrations commerciales, l’Exposition du Champ de Mars offrait une digne et merveilleuse occasion de se produire au grand jour. Quelle plus noble publicité, en effet, et quelle plus honorable réclame que celles-là. Les premiers comme les derniers venus peuvent les contrôler à toute heure, et nul n’apprécie et ne juge mieux que celui qui a les pièces dans sa main et sous les yeux.

MM. Hoschedé et Blémont qui n’ont jamais usé des autres moyens de publicité, s’honorent, à juste raison, d’user de celui-là dans toute son étendue.

Leur pavillon, annonce séduisante, réclame muette mais éloquente, offre à tous les visiteurs l’ensemble complet des riches produits de leur industrie : articles de haute nouveauté, châles des Indes, dentelles de Belgique, de Bayeux et de Caen, riches points d’Alençon, corbeilles, trousseaux, layettes, tout ce que recherche le luxe, l’élégance et le bon goût, est là, non pas entassé, mais exposé avec un art qui est un des secrets des grandes maisons de Paris.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée