Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Pavillon-abri des chaudières anglaises

Pavillon-abri des chaudières anglaises à l'exposition de Paris 1867

LA MOSQUÉE D’AHMED-ABAD.

On a dit et répété sur tous les tons que les Anglais étaient totalement dépourvus de goût. Nos voisins se sont piqués au vif et ont marché dans la voie du progrès artistique avec des bottes de sept lieues, il n'y a pas vingt ans, ils étaient nos élèves, ils sont aujourd’hui nos émules. On pourrait presque répéter, en pariant d’eux, la phrase historique : « À force de les vaincre, nous leur avons appris à nous battre. » Il y a cependant des exceptions, et en Angleterre comme ailleurs, même plus qu’ailleurs, le gouvernement a été de beaucoup distancé par les particuliers.

Nous voyons des merveilles de grâce et de goût parmi les objets exposés au Champ de Mars dans la section britannique, tandis que plusieurs des installations de la commission officielle du Royaume-Uni font véritablement tache au milieu de tous les chefs-d’œuvre accumulés à l’Exposition.

Le phare électrique, par exemple, très-remarquable au point de vue scientifique et technique, est, comme édifice, le plus hideux échafaudage qu’il soit possible d’imaginer.

Tout à côté, le bâtiment qui abrite les chaudières de la section anglaise, moins laid assurément, est encore plus baroque. Une inscription en français quelconque apprend que cet édifice « a été inspiré par la mosquée de Syud-Oosman, à Ahmédabad, élevée vers 1458. » Est-il possible d’accoupler deux choses aussi dissemblables que le contenant et le contenu ? le temple de l’époque des Afghans-Lodis et les engins mécaniques du temps de Victoria Ire et de Napoléon III? Emprunter au pays du soleil le style d’un de ses édifices sacrés pour préserver de la pluie des chaudières anglaises !... Mais ce n’était point assez de cet anachronisme énorme, et l’architecte a cru devoir encore enjoliver de petits Amours à la Boucher la base des colonnes torses en terre cuite qui supportent les cinq coupoles hindoues. Ces colonnes forment une double colonnade entourant tout l’édifice, et précédée d’un petit péristyle sur chacune des faces de ce carré aride comme une figure de géométrie.
Quant aux coupoles qui boursouflent symétriquement la toiture aplatie, elles ont tout l'air d’être couvertes en toile blanche, et ce’ra donne à l’ensemble l’air misérable d’un décor de théâtre forain. Au centre de chacune de ces cinq grandes casquettes de jockey s (les coupoles), se dresse une flèche dorée qui pourrait également avoir soutenu les rideaux d’une chambre d’auberge ou les bannières d'un village pavoisé en l’honneur du 15 août.

Ce ne sont là que des critiques de détail, mais on peut reprocher à l’ensemble de la construction d’être beaucoup trop écrasé, trop Las relativement à la longueur des côtés, et cela est d’autant moins excusable que, après avoir ainsi rabaissé le toit, comme on n’avait plus la hauteur nécessaire, il a fallu enfouir en sous-sol les chaudières dans une excavation dont on a exagéré la profondeur.

Cette disposition présente un inconvénient grave sur lequel nous osons attirer l’attention de la Commission impériale. Les soutes à charbon, pour être au niveau des foyers, ont été creusées sous le sentier qui conduit à la susdite mosquée, et, pour l’entrée de la houille, on a ménagé au beau milieu du chemin des orifices donnant accès dans ces caves. Il y a bien des trappes pour fermer ces trous, mais, par la négligence des chauffeurs, ils restent constamment ouverts et béants, et ces ouvertures constituent d’abominables pièges où il est miraculeux que quelque passant ni se soit pas encore cassé bras et jambes.

Dans l’intérêt de la sécurité publique, un sergent de ville devrait être chargé de veiller à ce que les trappes soient tenues fermées; et si cela se pouvait, le mieux serait de les cadenasser. De cette façon, elles ne seraient ouvertes qu’à bon escient, et les oublis seraient prévenus.

Que les Anglais se consolent d’avoir construit l’affreuse tour du phare et la mosquée ridicule, en songeant qu’ils ont eu la gloire de créer les premiers un genre d’architecture en rapport avec le génie moderne, lorsqu’ils ont élevé la douane de Liverpool et, quelques années plus tard, le palais de Sydenham.

D'ailleurs les chaudières qu’abrite le faux édifice oriental sont dignes du grand peuple manufacturier. Sans parler de deux générateur à cylindres verticaux, on remarque principalement les trois chaudières à double foyer choisies par le gouvernement britannique pour donner la force à toutes les machines anglaises.

Transportons-nous dans la grande galerie : les volants grondent, les courroies sifflent, les engrenages grincent ; les ouvriers guident les machines, qui accomplissent les travaux les plus variés, les plus délicats comme les plus rudes; la foule admire. Quelle est l’origine de tout ce mouvement, la source de cette vie où se trouve le cœur de ce grand organisme? Il est là, en dehors du Palais, dans le petit bâtiment qui fait le sujet de cet article.

Là, dans les fournaises, la flamme de la houille cède son calorique, c’est-à-dire sa sa force à la vapeur, une puissance de 450 chevaux dans ce cas particulier; le fluide se précipite dans des canaux qui le conduisent aux huit machines motrices de la section anglaise.

La force de la vapeur est transmise par intermédiaire de pistons, de bielles et de courroies, d’abord à l’arbre de couche au-quel l'empruntent ensuite les machines outils, et elle leur donne la puissance nécessaire pour exécuter, sous les yeux du public, les innombrables ouvrages où les machines, guidées par l’intelligence humaine, remplacent les bras des ouvriers.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée