Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Groupe II. — Classe 4

Groupe II. — Classe 4 à l'exposition de Paris 1867

Appareils photographiques.

Les constructeurs d’appareils photographiques tendent de plus en plus à réaliser deux sortes de perfectionnements, qui consistent d’une part à réduire le matériel des appareils de voyage, d’autre part à supprimer la main de l’homme partout où l’on peut, à son adresse, substituer la rectitude automatique de la mécanique aidée par l’électricité.

Au milieu des produits divers qui se trouvent dans les vitrines de MM. Geymet et Alker, nous avons remarqué deux innovations aussi importantes qu’ingénieuses. C’est d’abord une jumelle en apparence absolument semblable à celles dont on se sert dans les salles de spectacle.

Seulement si, avec la jumelle dont M. Octave Nicour est l’inventeur, et dont MM. Gevmet et Alker sont les seuls constructeurs,
on lorgne un paysage, on apercevra d’un côté le paysage renversé, tel qu’on a coutume de le peindre sur la plaque dépolie d’un objectif ordinaire, tandis que de l’autre côté, où l’œil ne peut pénétrer, ce môme paysage se fixera sur une plaque photographique de petite dimension qu’on y a préalablement introduite. Avec ce petit appareil, qui ne pèse pas, accessoires compris, plus d’un kilogramme et quart, on peut chercher de l’œil un point de vue quelconque, et instantanément, à l’aide d’un mouvement du petit doigt, permettre à la lumière d’exécuter l’opération mystérieuse de la reproduction : c’est en quelque sorte la sténographie du regard.

Pour ceux dont la main n’est, pas assez sûre, les constructeurs ont établi un pied-canne léger et commode, sur lequel on peut placer la jumelle photographique. Notre gravure la représente dans cette position.

La jumelle photographique a été construite en vue de l’usage du collodion sec.

On peut cependant se servir du collodion ordinaire, mais les accessoires dont le collodion humide exige l’emploi sont contraires à l’intention de l’inventeur, qui a surtout voulu réaliser un appareil essentiellement portatif.

On aperçoit dans notre gravure, outre la jumelle montée sur son pied, le dessin de la jumelle elle-même dans une proportion plus grande, et une rondelle graduée dont nous allons indiquer l’emploi.

Cette rondelle est creuse; elle ne possède qu’une ouverture sur la paroi latérale qui forme son épaisseur, et qui est hermétiquement fermée par une lame de cuivre glissant à frottement doux entre deux rainures. Dans l’intérieur de la rondelle sont pratiquées cinquante autres rainures dans lesquelles sont placées autant de glaces / préparées au collodion sec. Sur le côté de la jumelle destiné à la reproduction photographique, se trouve une ouverture absolument semblable à celle que nous venons de décrire en parlant de la rondelle. Seulement, la lame de cuivre s’ouvre en sens inverse, toujours à frottement doux.

Les glaces contenues dans la rondelle, sont amenées à l’orifice de l’ouverture au moyen d’un bouton régulateur. Dans cet état on n’a qu’à faire glisser les deux lames de cuivre de la jumelle et de la rondelle en faisant coïncider leurs ouvertures et en poussant l’appareil vers le gros bout de la lunette. Les deux ouvertures s’ouvrent en même temps, et le verre préparé glisse tout naturellement dans l’espace qui lui est ménagé en face de l’objectif contenu dans la jumelle, et sans subir aucune altération lumineuse prématurée.

On ouvre alors l’obturateur, et la pose effectuée, on n’a pour retirer la glace impressionnée qu’à exécuter l’opération inverse de celle que nous avons décrite, pour introduire la glace avant l’exposition à la lumière. Les glaces impressionnées sont ensuite traitées par les révélateurs ordinaires connus en photographie dans un laboratoire pourvu de verres jaunes.

La chimie nous a dotés aujourd’hui de collodions secs non-seulement rapides, mais encore conservant pendant près d’un mois toute leur sensibilité. Les vues obtenues par la jumelle photographique sont de petite dimension, suffisante aux amateurs pour con- . server un souvenir de leur voyage, et très-bonnes pour exécuter des grandissements.

Je ne veux pas terminer l’analyse de cette invention intéressante, sans dire un mot d’une autre invention qui est tout entière
l’œuvre des habiles constructeurs de la jumelle photographique : MM. Geymet et.Alker.

L’électricité a été appelée à jouer ici un rôle, afin d’épargner le temps de l’homme qui est contraint d’attendre auprès de l’objectif que l’opération de la lumière soit terminée.

Chacun sait que le temps de pose varie selon l'intensité de la lumière, et que l’intelligence de l'opérateur est seule apte à l’apprécier. Nonobstant, MM. Geymet et Alker se servant de l’électricité pour régler le temps de pose et ce temps écoulé fermer l’obturateur au moment opportun où l’action de la lumière a été complète.
Une aiguille folle que l’on place dans une direction correspondante au temps de pose nécessité par l’intensité de la lumière, une fois mise à la place qu’elle doit occuper pendant une certaine période de la journée, on n’a qu’à tourner un bouton, et au même instant, l’objectif se découvre, un pendule se met en mouvement, l’impression s’effectue, l’objectif se referme, et enfin une sonnerie se mettant en mouvement, avertit l’opérateur que la po?é est terminée.

Cet appareil est fait en vue des expériences exactes sur la sensibilité des produits photographiques et des divers mélanges. Il est également très-avantageux— et c’est là un point très-important, — pour les reproductions qui demandent souvent un temps de pose prolongé, ainsi que pour les observations météorologiques pour lesquelles la pose est encore longue.

Les vitrines de MM. Geymet et Alker contiennent en outre une foule d’innovations pleines d’intérêt sur lesquelles nous ne pouvons nous appesantir.

Je termine donc en appelant l’attention des visiteurs sur de charmantes épreuves sur papier or, argent, bronze, ou revêtues de couleurs brillantes et qui imitent admirablement, suivant les tons employés, les anciennes enluminures argentées ou dorées que l’on admire tant dans les missels et les livres du moyen âge.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée