Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Chaux hydrauliques et ciments de Lafarge-du-Teil

Chaux hydrauliques et ciments de Lafarge-du-Teil à l'exposition de Paris 1867

Non loin de la salle des conférences et avant d’arriver au palais du bey de Tunis, on remarque une construction d’un aspect singulier qui affecte la forme d’une galerie souterraine, et où se trouvent côte à côte des blocs de ciment et des mosaïques polychromes.
Il est des gens qui eussent passé indifférents à côté de ces morceaux de mortier et de béton, sans l’aspect original de la construction qui les renferme.

Et cependant cet attrait de la curiosité rie suffit point à révéler l’intérêt important qui s’attache à l’exposition de ces spécimens.

C’est en effet de la quantité de la chaux et des ciments que dépendent tantôt la sûreté des citoyens qui traversent nos ponts, tantôt
l'accroissement que notre commerce obtient par l'agrandissement des ports de mer existants ou la création de ports de mer nouveaux.

Pour ce genre de construction dont le point capital est la solidité, les matériaux ne manquent pas, mais ils réunissent rarement toutes les conditions pratiques. En outre, ce n'est pas assez que de pouvoir construire, il est éminemment nécessaire pour l'équilihre de nos finances que l'on puisse exécuter économiquement les travaux d'utilité publique.

La chaux a cette qualité qu’elle s’allie facilement aux divers sables, et notamment aux en érosions de basalte, de granit et de silex. Son hydraulicité constatée est des plus grandes, et sa résistance à l’action des eaux salées et des vents de la mer rend son emploi indispensable aussi bien aux constructions sous-marines qu’à celles laites en élévation dans les parages salins.

La chaux hydraulique de Lafarge-du-Teil, exposée dans la construction qui fait le sujet de notre gravure, a déjà donné des preuves «le ses qualités éminemment hydrauliques, par l'usage qui en a été fait dans vingt-deux ports différents de la Méditerranée, de l’Océan et de la Manche.

Les couches calcaires exploitées à Lafarge font partie des marnes néocomiennes inférieures, et constituent l’assise que les géologues ont désignée sous le nom de calcaires à criocères. On a remarqué que les chaux hydrauliques dont les gisements portaient les signes criocératites néocomiens, sont celles qui possèdent à un plus haut degré les conditions distinctives des meilleures chaux hydrauliques. Ces dépôts se composent souvent de marnes ou d’argiles, et de calcaires jaunâtres plus ou moins grossiers, tantôt en cou-< lies continues assez épaisses, tantôt en grandes lentilles au milieu des limons marneux et des sables. Les plus puissants dépôts se trouvent dans le Languedoc, le Dauphiné et la Provence.

Les carrières de Lafarge-du-Teil sont ouvertes sur 100 mètres de front, 400 mètres de longueur, et formées de quatre bancs compactes superposés de 2.5 mètres de hauteur chacun, et où l’on trouve en même temps d excellentes pierres de construction.

L’expérience a eu le temps de se former pour l'industrie calcaire, plus peut-être que pour les autres industries. L’architecture est de tous les arts anciens celui dont l’histoire a été écrite jusque dans ses moindres détails, non seulement dans les livres de Porcius Caton de Vitruve, mais encore dans les monuments impérissables que les anciens nous ont légués.

Je ne veux point rappeler ici toute l’histoire des ciments romains, ni les formules de la composition des différents mortiers dont on s est servi depuis Vitruve. Il me suffit de signaler que dans l’espace de 35 ans, l’exploitation des chaux de Lafarge-du-Teil est arrivée à produire annuellement 90 000 tonnes, soit 90 millions de kilogrammes de chaux. Cette production s’accroîtra certainement encore par la jonction du Rhône au port Saint-Louis. En effet, l’usine est située sur les bords du Rhône, et traversée par la route impériale de Lyon à Beaucaire. Trente-quatre fours à feu continu, qui dévorent journellement 500 mètres cubes de pierres cassée?. et 70 000 kilos de charbon de terre, concourent à la production que j’ai chiffrée plus haut.

Une armée de 500 ouvriers fonctionne journellement dans cette usine, où d’immenses fosses d’extinction alimentent 14 moulins et 30 bluttoirs mus par 4 machines à vapeur.

Le nombre de ces travailleurs a réclamé une organisation philanthropique à laquelle nous devons nos éloges; et si les produits de l’usine de Lafarge-du-Teil sont fabriqués avec une sollicitude consciencieuse, les ouvriers qui donnent le mouvement à cette production sont l'objet des prévenances les plus intelligentes de la part de leurs chefs.

C’est ainsi qu’une caisse de secours, destinée à procurer des soins gratuits, a été établie; des pensions de retraite et des caisses d’épargne y encouragent l’économie; enfin, une nourriture saine et abondante, et des logements à bon marché sont à la disposition des ouvriers.

Nous avons appris qu’une aumônerie sera bientôt installée dans l’usine de Lafarge-du-Teil, et nous pensons qu’on n’oubliera pas d’y adjoindre un établissement d’instruction primaire.

L’exploitation des carrières de Lafarge-du-Teil a donné naissance à une autre industrie qui lui est liée intimement et qui consiste dans l’application, des résidus de cette usine à la fabrication de carreaux mosaïques polychromes à dessins incrustés et essentiellement adhérents. La découverte en est due à MM. Da-mon et Rousset, dont la fabrique est établie à Viviers, à proximité de celle de M. Pavin de Lafarge. Ces inventeurs sont parvenus à créer des modèles d’une grande variété de dessins et de couleurs, et dont la solidité résiste à tous les frottements.

Les carreaux mosaïques de MM. Damon et Rousset permettent, par leur bas prix, une ornementation accessible à la construction économique; ils conviennent admirablement par leur composition homogène et sans mélange d’aucune espèce, au revêtement des lo eaux humides tels que : bains, buanderies et établissements hydrothérapiques.

En outre, les genres les plus divers et les nuances tendres tes mieux fondues qui sont obtenues par la fabrication de MM. Damon et Rousset, facilitent l’usage des décorations de différents styles, étrusque, pompéi, roman ou renaissance.

En résumé, les industries des usines de Lafarge-du-Teil et de Viviers sont des plus importantes.

' Leur solidarité- est de nature à favoriser une production économique et peut grandement développer leurs relations extérieures, avec les nouveaux débouchés que leur offrira bientôt la coupure du Rhône.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée