Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Nouvelle-Galles du Sud

Nouvelle-Galles du Sud à l'exposition de Paris 1867

Derrière les tortues et les flacons qui se voient au milieu de notre gravure se trouvent rangés d’autres flacons remplis de terre, tantôt jaune, tantôt rouge, tantôt grise : a côté., d’autres contiennent des cailloux grossiers et à bords tranchants. Tout cela est bien vulgaire, bien nu, bien peu intéressant.

Arrêtez-vous cependant, promeneur, arrêtez-vous un instant. C’est là la terre de l’or. C’est là le quartz qui contient l’or ! tout ici sue l’or ! tout se rapporte à ce vil métal si précieux ! Retournez-vous; et regardez ! A voilà trois cent cinquante mille francs d’or, là, devant vos yeux ! Et tout cela passe en miroitant devant cette petite vitrine en façon de maison de verre, devant laquelle la moitié des visiteurs ne s'arrête même pas.

C’est qu’aussi ce n’est pas beau l’or natif! Il faut le connaître pour le reconnaître.... il faut le deviner pour qu’il séduise l’imagination, car sa vue ne séduit pas les yeux. Tout ce qu’on aperçoit sous la petite maison de verre, c’est une vingtaine dé sébiles en cristal taillé dans lesquelles on a déposé une petite quantité de matière verdâtre sans éclat, ressemblant à des résidus de fonte jaune et ne rappelant en rien le nom de poudre d or que les mages lui ont imposé. Bien loin c{e ressembler à ce que nous appelons |a pou ire d’or pour mettre sur l’écriture — poudre qui n’est qu’un mica jaune — l’autre, la vraie, conserve |a trace d’une fusion naturelle évidente, ce n’est pas une poudre, c est de la grenaille.

Au-dessus des sébiles une barre d or, grossièrement fondue, à côté une plaque mince de même métal, montre le couronnement du travail humain sur cette matière précieuse. Déjà elle se civilise ! passée entre des cylindres portant les empreintes nécessaires, ou exposée aux coups d’un balancier, cette lame qui a reçu l’épaisseur des pièces d or, se montre découpée en flans ou pièces brutes qui passeront sous le balancier une seconde fois et en reviendront soverings ou napoléons, piastres ou dollars.

Tel est, dans sa simplicité, |e travail des monnayeurs.

Mais puisque nous parlons d’or, arrêtons-nous un instant à un phénomène assez curieux qui vient de se passer sous cette modeste vitrine, plusieurs fois depuis que la grenaille d’or a été versée dans les sébiles de cristal, les gardiens ont remarqué que ces sébiles se brisaient, quelquefois seules, quelquefois au moment où ils y portaient la main. Quelle est la cause de ce phénomène? Est-ce la grande densité de l’or? Cela est probable. Cependant les exposants n’ont pas chargé chaque sébile : c’est à peine si le fond semble couvert de la précieuse matière, et cela suffit pour rompre ces cuvettes transparentes.

C’est que la densité de l’or est énorme. On n’y pense pas assez lorsqu’on manie ce singulier métal. Elle est telle que si nous nous figurons un bain d’or liquide, le fer y surnagera tout comme un morceau de peuplier à la surface de l’eau. Etonnons-nous, après cela, qu’avec une pareille densité le poids sous un petit volume soit considérable et brise les sébiles de cristal !

Tandis que nous, sommes en Australie et dans celte Nouvelle-Galles du Sud, qui fat le point de départ de la conquête de ce nouveau continent par les convicts; souvenons-nous que son origine ne remonte pas à un siècle. Admirons cette colonie mère dont la population primitive a été d’un million de malheureux, et dont les filles successives se nomment : Tasmanje, Nouvelle-Zélande, Victoria, Queensland, etc., c’est-à-dire un espace grand comme la moitié de l’Europe. N’oublions pas que les mille colons — tirés des prisons pour peupler ce continent qui devait être leur tombeau — ont produit ou attiré là-bas deux millions de compatriotes, sans compter les étrangers et les Chinois !

Tout cela est phénoménal, et cependant, nous sommes obligés de l’avouer, ces pays et leurs productions sont fort peu connus de nous autres Français; mais il ne faut pas perdre de vue que, non-seulement nous ne savons pas la géographie, mais encore que nous ne voyageons pas. A moins de faire le commerce de laines, peu de personnes s’occupent chez nous c|e l’Australie. Quant à la poudre d’or, ma foi ! nous avons eu un moment d’enthousiasme pour la Californie, mais tout au commencement, et puis notre caractère a repris le dessus. Bah ! tout le monde ne réussit pas.... Ça ne vaut pas la peine d’y aller. Et tout simplement n’y est point allé. C’é ait trop loin, et i| fallait se déranger !

Curieux contraste! Après la Californie ce fut l’Australie que les robustes Saxons reconnurent aurifère ; leur ténacité, leur enthousiasme à froid tint bon : ils persévérèrent, ils persévèrent encore et se sont faits bientôt les pourvoyeurs d’or du monde entier. Des machines puissantes ont été inventées, montées et perfectionnées; ils ont broyé les rochers et les montagnes pour en laver les cendres; ils marchent toujours de ce pas convaincu et froid que nul obstacle n’arrête et qui arrive toujours.

Voici le trophée, à gauche, des armes humaines dans le pays australien : en haut les sagaies, au milieu les casse-tête et les boomerangs, en bas les boucliers. Jetons un coup d’œil sur ces produits de l’industrie de ces sauvages et remarquons que le pays manque absolument de roseaux ou de bois à pousse raide et rapide, car la hampe de toutes les lances ou sagaies est faite dé bois plus ou moins tordu et péniblement dressé au couteau. Les casse-tête, en champignon, sont de même grossièrement travaillés et composés d’un bois très-dur; mais ce qui excite au plus haut point l’intérêt, ce sont les boomerangs qui abondent dans toutes les expositions australiennes.

La construction des, boomerangs est des plus simples. Figurez-vous un couteau à papier de 60 centimètres de long et légèrement courbé, non sur le plat, mais sur la tranche coupante. La courbure n’est pas du tout uniforme, les uns sont plus courbés, les autres le sont moins. Quelques-uns même forment plutôt un angle très-ouvert qu’une courbe, d’autres portent, à leur extrémité, une partie élargie en lentille de 15 centimètres de large dans le même plan que la totalité de l'instrument.

Tout ceci est fort simple; mais ce qui l’est beaucoup moins, c’est la manière de lancer cet instrument et de s’en servir, manière qui déroute si bien toute explication plausible de tous nos savants les plus en us qu’ils ne disent mot de la découverte et la laissent aux Australiens indigènes qui, seuls, savent s’en servir. Une troupe de perroquets est-elle en Vue, et là-bas les perroquets et les perruches sont plus communs que les pierrots et les verdiers chez nous, le sauvage s’avance lentement; le boomerang est lancé, il suit une ligne horizontale à un demi-mètre du sol. Tout à coup, après avoir parcouru ainsi une quinzaine de mètres, il se relève brusquement sans toucher terre, monte à trente mètres en l’air, carambole les branches de l'Eucalyptus' sur lequel sont posés les oiseaux, en tue ou en étourdit une douzaine, et décrivant une parabole rétrofuge, comme on dit au billard, revient tomber aux pieds de son propriétaire demeuré immobile.

C’est tout simplement insensé, et cependant cela paraît vrai, car tous les voyageurs s’accordent là-dessus. Un Australien, en bourgeois, est même venu qui, à l’Exposition même, a fait manœuvrer un des boomerangs qui se trouvaient là. Malgré le peu de place libre, la merveille s’est accomplie, le couteau à papier est parti en sifflant, s’est relevé montant jusqu’au toit et est revenu en arrière tomber juste aux pieds du sauvage tout contre les vitrines et le reste!... Cela s’est fait comme si le boomerang était un oiseau bien dressé. Il n’y avait pas de perroquets au plafond du palais, c’est vrai, mais on aurait pu en mettre.

Quant aux boucliers ils sont en bois très-léger, poreux, tout à fait analogue à notre saule. Les trous que Ton voit sont en dessous : ils ne traversent pas toute l’épaisseur et forment une sorte de poignée que l’homme tient dans sa main. Il existe encore une autre arme, qui ressemble à une énorme navette, pointue des deux bouts et que Ton saisit par une poignée ménagée au milieu : encore une autre qui rappelle un bras courbé ou la lettre L renversée; elle est tout en bois de fer : c’est comme un casse-tête, peut-être une variété de boomerang; il y a .... mais il y en a trop, jusqu'à la petite hache de pierre dont le manche flexible a trois mètres de, long et qui bêche dans la terre d’une force très-recommandable.

Ajoutons, pour le curieux, que l'ornithorynque, ce fameux quadrupède à bec de canard, l'aptéryx, oiseau dont les plumes sont des poils, et bien d’autres, sont des habitants de ce curieux continent où les arbres ne donnent point d’ombre, parce que leurs feuilles présentent au soleil leur tranche et non leur plat, où toutes les conditions de notre nature semblent renversées et retournées comme à plaisir. D’où il résulte que les forêts de gommiers et d'eucalyptus provoquent les étonnements les mieux justifiés, n’offrant aucun ombrage et laissant passer jusqu’au sol le£ rayons d’un soleil torréfiant.

Quant à l’utile, nous devons signaler, en terminant, des cuirs magnifiques, des bois splendides dont nous avons déjà parlé quelque part, et des houilles de toute beauté. Il y a bien là, de quoi faire, dans l’avenir, de la Nouvelle-Galles du Sud un Etat d’une haute puissance et d'une immense prospérité.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée