Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Vestibule de la grande serre et les concours floraux

Vestibule de la grande serre et les concours floraux à l'exposition de Paris 1867

C’est la saison des glaïeuls, cette fleur brillante comme le lis, élégante comme la palme. Le glaïeul ne pouvait trouver un asile plus en rapport avec son éclat et son élégance que le vestibule de la grande serre, dont M. Lancelot nous reproduit aujourd’hui le ravissant intérieur, comme il nous a peint naguère les luxuriantes végétations de la grande serre.

Une jolie fontaine, d’où l’eau s’épand en perles dans des vasques de bronze, occupe le milieu du vestibule. A travers les treillages d’or qui servent de parois, le vent soulève l’étoffe légère, blanc et rose, qui les recouvre. Le velours grenat et les torsades d’or servent de franges à l’extérieur. Des bancs sont disposés, au milieu des fleurs, pour servir de repos aux promeneurs, qui entendent murmurer devant eux la cascade voisine, et plus loin les sons atténués de la musique militaire. C’est véritablement un lieu enchanteur, et fait, comme dirait Fénelon, pour le plaisir des yeux.

C’est là que le jury du groupe IX marque les bons points aux fleurs qui se succèdent, suivant l’ordre de la saison, en attendant les prix réservés aux meilleurs coefficients pour le 15 octobre. On distribuera également ce jour-là les récompenses au groupe VIII, et à là classe 95 du groupe X.

De même que le groupe de l’agriculture a son siège principal à Billancourt, le groupe de l’horticulture siège au Jardin réservé, dont nous avons plus d’une fois décrit les merveilles, nous inspirant du style magique de M. Edmond About. Donc, nous en étions restés à la quatrième série des prix de jardinage.

Reprenons notre récapitulation des prix, à partir de la cinquième jusqu’à la septième série; et n’oublions pas que, par rapport aux récompenses du 1 5 octobre, ces prix ne sont que des bons points dont le total servira de coefficient.

A-t-on remarqué que les fleurs les plus charmantes ont toujours les appellations les plus barbares? Ces appellations, qu’on les retienne bien au passage, à mesure que nous les inscrirons ; et si l’on veut se rendre compte de ce qu’elles cachent, qu’on cherche dans un dictionnaire de botanique.

Quant aux lauréats, nous trouvons à peu près les mêmes noms qu’aux précédents concours.

Les jardiniers sont des créateurs, c’est évident : vous savez, à ce propos, que la rose noire, ou à peu près noire, est trouvée! Mais, voilà le malheur! c’est que les jardiniers se mêlent aussi de vouloir faire les savants.

Voici des plantes de serre chaude, à feuillage ornemental, qui se nomment, je crois, callodium bullosum. Heureusement, M. Bleu, de Paris, a trouvé des variétés nouvelles qu’il a eu le bon esprit de nommer : 1° Triomphe de l’Exposition, 2° M. Bleu, 3° M. Le Play, 4° M. Alphand, 5° M. Devinck. A la bonne heure! j’irai chez un fleuriste demander un M. Le Play, et il est probable que-je serai mieux compris qu’au commissariat général.

Ce que je regrette, à cause de l’appellation abordable, c’est que ni les œillets, ni les kalmias en fleurs n’aient eu de bons points.
En revanche les yloæinia ont valu deux premiers prix ; l’un à M. Linden, de Bruxelles, l’autre à M. Bonâtre, de Neuilly. Qu’est-ce, me direz-vous, que les gloxinia? ce sont des plantes officinales exotiques.

Les rosiers de toute sorte, en pleine terre, en semis, en pot ou en bouquets, m’ont offert une compensation. C’est merveilleux ce qu’un artiste peut faire d’un rosier! Il paraît que M. Jamin, de Pari-, est incomparable pour le rosier à tiges griffé : il est vrai que M. Margotin, de Bourg-la-Reine, l’emporte pour les rosiers en semis, et pour l’invention des espèces. Mais M. Bernard, de Paris, est sans rival pour les bouquets en surtout de table. Il a plu sur lui un déluge de bons points.

Les orchidées et les pélargoniums en fleurs ont fait beaucoup d’heureux, d’abord MM. Linden, de Bruxelles, et Chenu, de l’Isle-Adam, trois fois nommés, puis MM Thibault et Kateleer, et M. A. Dufoy, de Paris, M. Lemoine, de Nancy, et pour les semis M. Cassier, de Paris. Pour les orchidées de seconde venue, M. Luddemann, de Paris, a été le vainqueur.

Pour les fougères arborescentes et les plantes de serre tempérée, M. Chantin, de Paris, déjà bien des fois nommé, a eu quatre premières mentions.

Mais les noms propres, aussi bien que les fleurs, portent à la tête ; j’en passe donc, et des meilleurs.

Les jardiniers de Paris et des environs n’ont qu’à se bien tenir ; les étrangers, Hollandais, Anglais, Belges surtout, luttent avec eux de soins, d'intelligence et d’invention, et menacent de les distancer.

Disons pour mémoire que les coopérateurs ont obtenu deux premiers prix, l’un pour M. Chenu, jardinier de M. le comte de Nadaillac, l’autre pour M. Isidore Leroy, jardinier de M. Guibert, dont la collection d’orchidées, à Passy, est incomparable.

La viticulture a été brillamment représentée par M J. Marcon, de Saint-Émilion, pour les cultures nouvelles en palmette, cordon, et en arbre; par M. de Saint-Triviér, de Vaux-Renard en Beaujolais, pour ses souches en ligne, à taille courte.

On ne me pardonnerait pas si j’oubliais les fruits et légumes.

Il n’y a de première mention ni pour les melons, ni pour les pêches, ni pour les raisins : est-ce croyable? Mais en revanche, les légumes ont triomphé, non pas les petits pois de Clamart, mais bien les asperges de M. Lhérault-Salbœuf, d’Argenteuil, et les pommes de terre de M. Besson, de Marseille. Pourquoi les artichauts d’Alger n’ont-ils pas concouru ?

Voilà notre nomenclature terminée jusqu’à la septième série inclusivement, c’est-à-dire jusqu’à la fin de juillet. Et dire que le beau dessin de M. Lancelot nous a servi à nous mettre au courant dès concours d horticulture!

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée