Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Terre Victoria ou Terre de l’or

Terre Victoria ou Terre de l’or à l'exposition de Paris 1867

Si, en parcourant le groupe des colonies anglaises, tous êtes frappé d’un amas de coton qui forme line véritable fortification : c’est Victoria. Si vous vous apercevez que parmi ces balles sont deS échantillons do laines magnifiques, c’est Victoria. Si vous voyez derrière cela de l’or, beaucoup d’or, des vins, des tissus. des trophées de Boomerangs, des sagaies à la porte, c’est toujours Victoria. Il y a parmi tout cela des bois, des oiseaux, des broderies, des cachemires ; c’est encore, c’est toujours Victoria !

Cependant Victoria, l’ancien établissement de Port-Philipp est la plus jeune et, sous le rapport de la superficie, l'une des plus .petites colonies du groupe australien, mais elle est le pays de l’or! Au point de vue de l’extension commerciale, elle occupe sans conteste le premier rang, elle marche après l'Inde,...

car elle est le pays de l’or. Elle produit l’or, aussi est-elle de création toute moderne; elle est contemporaine! Elle produit l’or ... et elle a poussé comme par miracle. Chacun se rappelle encore, dans les autres colonies du continent australien, avoir vu le grand havre de Port-Philipp, — aujourd’hui centre actif du commerce du monde, — alors inconnuet sillonné parles pirogues de quelques misérables sauvages___Victoria est la terre de l’or!

Victoria forme la partie S. E, la pointe méridionale du continent qui s’avance vers la Tasmanie ; elle s’étend précisément au S. de la Nouvelle-Galles du Sud; aussi devons-nous retrouver dans son exposition une grande partie d’objets similaires. C’est ce qui arrive pour les bois précieux. Nous reconnaissons les Eucalyptus, les Callibris, les Acacias de toutes les couleurs, noirs, blancs, rouges, et les Banksias bruns, gris, jaunes, rouges. Nous y voyons, comme chez sa sœur aînée, des cuirs magnifiques, des soies, des vins, des sucres; mais ce que nous y rencontrons surtout, c’est une minéralogie spéciale.

Au premier rang, l’or dans toutes ses gangues, la roche de l’or sous toutes ses formes ; au premier rang, le chercheur d’or qui a fait descendre au second le squatter, l’ancienne aristocratie de ce pays demi-sauvage. Les squatters sont les premiers occupants de ce sol vierge et si fertile, mais ils n’ont pas joui longtemps de leur puissance absolue : deux ans à peine s’étaient écoulés depuis que les premiers avaient ouvert les voies, que les mines d’or étaient découvertes et que les villes, les marchés s’élevaient de toutes parts. Le squatter, lui, n’a point besoin de toutes ces choses du luxe et de la civilisation; il utilise le sol dans l’état où il le trouve, il y place ses troupeaux qui prospèrent et multiplient dans les prairies naturelles.

Victoria est, en effet, le pays des forêts ouvertes, paysage spécial aux pays australiens et qui domine dans cette colonie : cette forêt ouverte est caractérisée par les Eucalyptus ou lied Gum, gommiers rouges; et les Maccas ou Silver Wastle. Ces arbres poussent très-espacés et sont munis d’un très-rare feuillage ; il en résulte que les forêts, loin de rappeler les ombreux massifs de nos pays, laissent passer largement le soleil et permettent au sol de recevoir toutes les influences atmosphériques, Aussi ces forêts sans ombre, et dont les arbres tournent vers le soleil non le plat mais la tranche de leurs feuilles, présentent-elles un sol généralement recouvert d’une herbe touffue : c’est l’aspect d’un parc bien cultivé; mais, en même temps, c’en est la monotone répétition pendant des espaces immenses, car le pays est plat, uniforme et sans eau.

Nous avons, dans nos contrées, quelques forêts qui rappellent cet ordre de phénomènes : ce sont celles où le chêne seul domine et où, par suite du faible ombrage que donnent les feuilles rares de cet arbre, le sol se gazonne et se recouvre d’une abondante végétation. Nos forêts de pins sylvestres seraient aussi dans le même genre, si la présence des aiguilles résineuses, couvrant le sol d’une sorte de vernis, ne s’opposait à la végétation d’un grand nombre de plantes. Ce sont les squatters victoriens qui nous envoient les splendides toisons de l’Exposition ; ils ont plus de huit millions de moutons à dépouiller à la fois!... Mais, après celte courte excursion dans les faits agricoles j il nous faut revenir aux mines.
Les mines!... Tout Victoria est là...

Au premier rang l’or, avons-nous dit. Mais la colonie est plus riche que cela : elle a l’or, mais elle a aussi l’argent. Elle a mieux que cela : elle offre des gisements d’étain, d’antimoine, de fer, de houille. Que veut-on de plus?
Du cuivre? Elle en a près de la rivière de Thomson. Du molybdène? Voyez Yackandaudah.... Du manganèse? On en trouve en dix endroits. Du lignite, de la houille, des. ardoises, de la magnésie? Cherchez, cherchez, vous trouverez___Voulez-vous enfin des diamants? Victoria en fournit aussi ; allez à Beecheworth et vous trouverez votre affaire. Demandez, faites-vous servir! le merveilleux pays des mines fournit tout...

En ce moment, l’homme n’y cherche que l’or. L’or suffit!... La surface de la colonie comprend 86 mille milles carrés, sur lesquels 50 mille milles au moins sont occupés par des roches aurifères. Une faible, bien faible partie de celte immense surface a été explorée, nous ne dirons pas exploitée, car, ne l’oublions pas, le pays de l'or est égal à la surface de l’Angleterre tout entière. L’or se trouve non-seulement dans les veines de quartz et les dépôts d’alluvions qui proviennent de l’action de l’air et des eaux sur les débris de ces roches, mais encore dans l’argile elle-même, et les nombreux échantillons d’or natif en font foi. Ça n’est pas beau : en vérité, non! Je ne connais rien de plus laid que l’or natif avec son aspect de vieille fonte irrégulière, sans boursouflures, et sa couleur terne et verdâtre....

La vraie recherche de l’or ne se fait plus à la main et en lavant les sables comme aux temps primitifs de la découverte, alors que, muni d’une pioche et d’une sébile de bois, le mineur faisait sa fortune en quelques jours. Maintenant, de puissants engins, dont nous voyons les spécimens dans la galerie des machines, percent la roche elle-même, — et elle est dure ! c’est du quartz, — la broient en poudre impalpable, la lavent, la travaillent et rapportent l’or au propriétaire de l'établissement. C’est là un’ travail paisible, non fiévreux, continu, non par soubresauts, qui marche toujours impassible comme la machine qui le produit, et qui enrichit tout doucement son propriétaire.

Ne pas croire que l’on broie ainsi les pierres ramassées à la surface de la terre : point.
On va chercher le quartz à 570 pieds de profondeur, et il faut en broyer 30 tonneaux pour retirer 160 onces d’or! Ce ne sont point là jeux que l’on mène avec une pioche et une sébile : nous l’avons dit. Aussi faut-il être déjà riche d’Europe pour monter une machine à or en Australie. Et cependant, la cuve et le cradle ou berceau sont encore employés par le mineur pauvre, même sur les plus anciens gisements ou gold-fields,—les champs d’or! — et celui qui découvre de nouveaux gisements se trouve heureux de pouvoir se procurer ces outils primitifs,... il ne les trouve pas toujours.

Partout on peut voir le Chinois grattant la terre sur le penchant des collines et fouillant les excavations abandonnées des dépôts d’alluvions pour arriver an sol de l’or, s’il n’est pas assez riche pour acheter un cheval et une machine à puddler. Avouons cependant que la sébile et le berceau ont enrichi bien des mineurs des premiers jours. Il y a 12 à 15 ans, le mineur était un homme à chemise de laine rouge, courbé devant une mare d’eau et lavant le sable dans son plat de bois ou de fer-blanc. A cette époque, les penchants des collines étaient couverts d’herbes, les grands arbres apportaient leur ombre légère, les étangs et les marais n’étaient pas tous remplis de boue : le perroquet, le cacatois, le kanguroo, jouaient autour de l'émigrant...

Aujourd’hui le théâtre des travaux a changé. Les forêts ont disparu, les collines tournées et retournées, fouillées, déchirées, montrent leurs flancs blancs-jaunes, rouges et brunâtres. Les chemins de fer, tes routes macadamisées, les rues, les maisons, les édifices municipaux poussent dans les plaines et les ravins, ou dominent les collines..,.

La soif de l’or a passé par là !

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée