Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Confiserie en Allemagne

Confiserie en Allemagne à l'exposition de Paris 1867

Il serait intéressant peut-être de rechercher la relation, qui existe certainement, entre les progrès de la civilisation et le développement de certaines industries qui atteignent rapidement leur apogée, tandis que d’autres ont des commencements plus laborieux et une marche plus lente.

Il est certain, par exemple, que les industries qui ont pour but la satisfaction de la gourmandise ont précédé chez tous les peuples les arts et les sciences qui doivent assurer le bien-être nécessaire.

Sans vouloir faire un cours d’histoire à propos de dragées et de fruits confits, je rappellerai, pour ne parler que de la France, qu’au moyen âge les couvents avaient donné à la préparation des bonbons, des sirops, des liqueurs, des fruits confits, une supériorité que l’agriculture, les vêtements pour le peuple, la commodité et la salubrité des habitations devaient attendre plusieurs siècles encore.

Pourquoi faut-il que ces anciens asiles de la science archéologique et de la science culinaire, des savants illustres, des cuisiniers fameux, des philologues éminents et des conservateurs des bonnes traditions de la gourmandise, ne servent plus d’abri qu’aux désillusionnés de la gloire militaire?

Pourquoi faut-il que les Bénédictins seuls aient conservé intact l’héritage de gloire que leur ont légué leurs Pères Révérends? Encore l’illustration des modernes Bénédictins prend-elle plutôt sa source dans la fabrication de certaine liqueur fort appréciée des fermiers d’annonces que dans l'élaboration des in-folio de leurs prédécesseurs.

Il est juste d’ajouter que pour avoir renoncé aux excellentes préparations culinaires, les couvents ne se sont pas plus occupés des intérêts qui font l’objet du dixième groupe.

Ne faut-il pas en conclure que les questions de luxe priment trop souvent les questions de première nécessité, et que c’est seulement chez les peuples instruits, éclairés, que l’on trouvera cette préoccupation constante des intérêts sérieux, du bien-être moral et physique, et que, chez eux seulement, le luxe ne sera que le développement naturel du nécessaire ?

Quoi qu’il en soit, les nations modernes n’ont pas dédaigné les traditions de gourmandise des siècles passés, et les industries qui semblaient les premières de toutes à Brillat-Savarin, à Grimod de la Reynière et à quelques illustres gourmands, ont envoyé au Champ de Mars de nombreux et remarquables échantillons de leur production.

La confiserie est largement représentée, et le dix-neuvième siècle a le droit d’être fier de voir tant d’hommes, tant de forces, tant d’intelligences, consacrés à la satisfaction de ce joli vice qu’on nomme la Gourmandise.

L’Allemagne n’est pas restée en arrière. Déjà dignement représentée à l’Exposition de 1855, elle a envoyé à l’Exposition de 1867 les produits de ses premières maisons, et.la France, qui compte plusieurs noms célèbres dans cette industrie, n’a pas vu sans émotion cette concurrence vigoureuse faite à son quasi-monopole.

Chaque peuple se révèle dans tous ses actes par ce qu’il faut appeler sa caractéristique. Ainsi, l’Allemagne est essentiellement encyclopédique. En effet, tandis qu’un savant français sera spécialiste, médecin, jurisconsulte, chimiste, astronome, mathématicien, le savant allemand sera tout cela à la fois. Il aura des notions exactes de toutes les branches des connaissances humaines, et rien de ce qui constituera une science ne lui sera étranger.

Il en est de même dans l’Industrie.

En France, un négociant choisira une spécialité à laquelle il consacrera tous ses soins. Il fabriquera, par exemple, du chocolat. Il pourra dans cette fabrication atteindre cette perfection qui distingue les maisons Devinck, Marquis, etc.; mais, sauf de bien rares exceptions, il ne faudra pas lui demander autre chose.

En Allemagne, au contraire, une confiserie est une usine où se fabriquent ces milliers de bonbons de toutes sortes qui enrichissent les desserts, et se suspendent aux arbres enchantés de la Christnacht.

Usine est bien le nom propre qu’il faut donner à ces vastes ateliers. Tout ce qui constitue la grande exploitation s’y rencontre : large emplacement, matériel considérable, personnel nombreux, ateliers consacrés soit à la fabrication des produits, soit à la construction ou à la réparation des outils et des machines. Tout cet ensemble qui permet à une fabrique de vivre un peu éloignée d’un grand centre, parce qu’elle trouve chez elle-même toutes les ressources nécessaires à son existence.

Telles sont les grandes confiseries de l’Allemagne, et je citerai, entre autres, les maisons Adolphe Rœder, de Wiesbaden , Mayer, de Breslau, Wittekop et Cie, de Braunschweîg, qui exposent ce monde de friandises de toutes formes et de toutes couleurs qui sont la joie des enfants — et de quelques grandes personnes aussi.

M. Mayer, de Breslau, a obtenu une mention honorable pour ses fruits confits et ses sirops.

M. Franz Stollwerck, de Cologne, occupe une vitrine à part dans le compartiment réservé, sous le promenoir, au coin de la rue de Prusse, à la confiserie de l’Allemagne du Nord. Cette vitrine est facile à reconnaître. Comme l’indique notre gravure, dans une haute cage en glace surmontée d’un aigle aux ailes déployées, s’élève une pyramide sur laquelle s’étagent les bocaux de fruits, les sacs de dragées, les fioles de liqueurs, le chocolat sous les formes les plus bizarres; tout cela dans un ordre qui est déjà une séduction.

Certes la vue de cette vitrine est déjà bien faite pour donner des tentations à l’homme le plus sobre, et ce n’est rien cependant auprès d’un coup d’œil jeté sur le catalogue de M. Franz Stollwerck.

Voici, rangées par numéro d’ordre, toutes les variétés de chocolat, depuis celles qui atteignent les prix les plus élevés jusqu’aux compositions de prix ordinaire, Puis viennent les dragées, ces indispensable accompagnements des baptêmes, dragées à la vanille, au café, aux amandes, aux avelines, aux liqueurs, etc. ; les bonbons au sucre, les pastilles, les fondants, les fruits confits, les bonbons à surprises, fort en honneur au delà du Rhin; les biscuits, enfin les liqueurs fines. Dans cette fabrication, M. Franz Stollwerck s’est fait une réputation sans égale.

Déjà médaillé en 1855, M. Stollwerck a obtenu une nouvelle distinction à l'Exposition de 1867. Le jury a voulu récompenser non-seulement la perfection des produits, mais aussi le développement de la fabrication. Il n’est peut-être pas inutile de dire ici que, dans son usine à vapeur de Cologne, cet industriel n’occupe pas moins de cent cinquante ouvriers, et qu’il compte dans les différentes villes de l'Europe, plus de trois mille correspondants, parmi lesquels je remarque des noms célèbres dans le commerce, à Londres, à Paris et à Vienne.

Une telle extension donnée à une industrie de luxe n’implique-t-elle pas des soins constants, une connaissance parfaite du commerce européen, une habile direction, une supériorité réelle dans la fabrication?

A tous ces points de vue, la récompense obtenue par M. Franz Stollwerck n’est pas de celles que l’on reprochera au jury.

Ne faut-il pas voir, en effet, dans l’industrie qui donne du travail à cent cinquante ouvriers, qui sait ouvrir aux quatre coins de l’Europe des débouchés à un commerce tel que la confiserie, autre chose qu’un fabricant de bonbons et de sirops? — N’y a-t-il pas là un de ces hardis négociants, un de ces créateurs du commerce international que les rois honoraient autrefois de leur ingratitude, et que les peuples récompensent aujourd’hui par la richesse et l’estime publique?

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée