Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Brésil

Brésil à l'exposition de Paris 1867

Quand, après avoir étudié l’exposition brésilienne, on se reporte aux conditions défavorables au milieu desquelles elle a été organisée et qu’on songe que depuis trois ans le pays, absorbé par la nécessité de venger les injures faites à l’amour - propre national, soutient une guerre difficile contre des ennemis que protègent et les remparts donnés par la nature et la difficulté des opérations militaires dans une contrée presque inaccessible, une conviction se fait : c’est que le Brésil est appelé à un magnifique avenir et qu’un jour viendra, moins éloigné qu’on ne le croit, peut-être, où cet empire comptera parmi les premières nations du monde.

Dans le secteur XIV, en effet, tout entier attribué à l’Amérique, la plus riche exposition qu’on rencontre est celle du Brésil. Peu de place pour l’industrie, non que certains produits fabriqués à Rio, à Bahia, à Pernambouc, soient inférieurs à leurs similaires sortis des ateliers d’Europe; nous avons remarqué des chapeaux de feutre et de soie et des chaussures de femmes qu’on croirait volontiers achetés chez les meilleurs fournisseurs parisiens; il y a surtout dans la galerie des machines une collection de maroquins qui est peut-être la plus belle de toutes celles qu’on voit exposées au Champ de Mars. Mais pour plusieurs années encore, l’industrie du Brésil n’alimentera qu’une partie de la consommation locale ; nous dirons même plus : il est difficile que pour ses cuirs préparés, ses chapeaux, ses bougies, ses tissus, elle trouve des débouchés sur les marchés étrangers. Le prix de revient s’y oppose ; et, si intéressant qu’il soit de constater les résultats déjà obtenus, on ne peut méconnaître que le côté vrai, utile, pratique de l’exposition brésilienne n’est pas là, mais dans les produits si riches et si variés du sol.

Au premier rang, il faut placer le café. Le Brésil fournit près de la moitié du café que consomme annuellement le monde. Un pareil résultat se comprendra si l’on songe que le caféier peut croître dans presque toutes les parties du Brésil, la température moyenne de 20 à 25 degrés centigrades qui lui est nécessaire se rencontrant dans la plus grande partie de cet empire, qui occupe à lui seul le quinzième de la surface terrestre du globe. Le café brésilien ne le cède en rien sous le rapport de la qualité à celui que produit l’Afrique ; et j’étonnerai bien des connaisseurs en leur apprenant que, la plupart du temps, le moka qu’ils savourent avec tant de délices a été récolté à quelques milliers de lieues de l’Arabie, dans les provinces de Minas-Geraes ou de Saint-Paul. D’ailleurs, l’expérience a démontré que les variétés dites de Moka, de Bourbon, de Java, etc., tendent à se confondre avec celle ordinairement cultivée au Brésil ; et qu’au bout de peu de temps il ne subsiste aucune différence entre les fruits de l’une et de l’autre origine. Il en arriva ainsi pour les plantes qu'en 1857 le gouvernement fit venir de l'île de la Réunion, comme l’attestent tous les propriétaires qui les cultivèrent. Le même phénomène a été observé, du reste, à la Martinique, en 1818; le café de Moka, introduit par l’amiral de Mackau, après quelques années, ne différait plus en rien de celui cultivé antérieurement dans l’île.

Chacun sait que les procédés de préparation ont une grande influence sur la qualité du produit; le procédé de dessiccation le plus en usage et qui donne les meilleurs résultats, consiste dans l’emploi de terrasses (terreiros) en pierre ou en toute autre matière analogue ; car il est absolument nécessaire que durant la dessiccation le fruit n’entre pas en contact avec la terre, ce qui nuirait beaucoup à sa bonne qualité. Le café étant sec, il reste à le dépouiller de son écorce, à le nettoyer au moyen de la ventilation et à le lisser. Ces différents travaux se font à l'aide d’appareils dont la simplicité primitive serait un bien grand sujet d’étonnement pour la plupart de nos industriels européens.

Pour donner une idée de l’importance de cette culture au Brésil, il suffit de dire que le chiffre des exportations s’est élevé en 1866 à une valeur de plus de 300 millions de francs ; la consommation dans le pays constitue environ le cinquième de la production totale.

En donnant un grand prix hors ligne au Brésil, concurremment avec l’Algérie, l’Inde, l’Italie et l’Égypte, le Conseil supérieur du jury a voulu récompenser le développement donné dans ces pays à la culture du coton, et reconnaître les efforts qui ont puissamment contribué à sauver l’industrie de la crise désastreuse dont elle était menacée dans ces dernières années. Personne n’ignore que le coton vient facilement dans tout le Brésil; et cependant il n’était cultivé sur une grande échelle que dans les provinces septentrionales de Maragnon, de Pernambouc, d’Alagoas et de Minas-Geraes. Mais la guerre désastreuse qui a ravagé les États-Unis et la suppression des arrivages de coton qui en fut la conséquence, ayant produit de grandes demandes de cet article sur les marchés consommateurs, les prix se sont élevés subitement, et la culture, trouvant des conditions rémunératrices, prit une extension considérable. Non-seulement elle s’est maintenue dans les provinces du nord, mais elle s’est multipliée dans celles de Rio Grande du sud, de Sainte Catherine, de Parana et de Saint-Paul. Ici il faut rendre hommage au gouvernement et à la société d’encouragement de l’industrie nationale qui ont concouru à ce développement en distribuant des graines en profusion.

Le Brésil produit plusieurs variétés de cotons ; la plupart sont à longue soie; les plus renommés sont ceux de Pernambouc, dont les fils réguliers, gros, durs et forts, possèdent une belle couleur tirant sur le brun, et ceux de Minas qui contiennent des fils jaunâtres, longs, réguliers, fins et brillants.

Le cotonnier produit dans tous les terrains; cependant ceux qui sont impropres aux autres cultures et ceux qui avoisinent la mer sont préférables. Les graines blanches, noires, grises, vertes et jaunes, selon les espèces, se plantent en janvier, au commencement de la saison des pluies. On sème ordinairement du maïs entre les cotonniers. Les récoltes se font d habitude du mois d’août au mois de décembre; mais lorsque les saisons sont chaudes, il arrive souvient que le cotonnier est en même temps en fleurs, en capsules vertes, et parvenu à maturité; de cette manière il n’est pas rare de faire à différentes époques jusqu’à deux et trois récoltes annuelles.

Le produit de la canne à sucre, une des principales sources de la richesse du Brésil, aurait pu être mieux représenté à l’exposition. La canne, qui croît naturellement dans les provinces septentrionales de l’empire, est cultivée aussi avec avantage dans les provinces du sud. Le meilleur sucre provient des provinces de Pernambouc et de Bahia. Les améliorations introduites depuis quelques années soit dans la fabrication du sucre brut, soit dans la raffination, ont beaucoup élevé la qualité des produits. Dans les sucreries, le travail de la cuisson s’effectue aujourd’hui à l’aide de machines à vapeur. Quant aux almanjarras primitives, tirées par des chevaux ou par des bœufs, elles commencent aussi à être abandonnées et changées contre de beaux moulins mus par l’eau et par la vapeur.

L’exposition nous montre de très-beaux échantillons de tabac brésilien; celui de la province de Bahia, notamment, est excellent et rivaliserait avec le tabac de la Havane, si les planteurs apportaient un peu plus de soin dans la préparation des feuilles. La fabrication des cigares et des cigarettes, comme du tabac à priser, forme aujourd’hui une industrie importante à Rio-de-Janeiro. Le nombre des fabriques augmente chaque jour grâce au développement que prend la consommation tant à l’intérieur qu’à l’étranger. L’administration de France achète des quantités considérables de tabac brésilien.

Voici les diamants, mince collection pour le pays qui a donné l’Étoile du sud et qui fournit au commerce la plus grande partie de ses pierres précieuses. Il est vrai que la richesse du Brésil n’est pas là. Voyez ces échantillons de houille ; ils ont été extraits des gisements découverts dans les provinces de Sainte-Catherine et de Rio-Grande du sud. Quelles sont au juste la situation, la richesse des couches? On ne possède encore à ce sujet que des notions incomplètes. Mais les sondages déjà faits, la pente douce de la stratification et la similitude des terrains, font présumer que sur la rive droite du fleuve Jacuhy, il existe sept millions de tonnes de charbon de terre, à une profondeur insignifiante relativement aux dépôts houillers de l’Europe; il faut ajouter que les sondages répétés sur la rive gauche du fleuve, indiquent que la profondeur à laquelle se trouvent les dépôts continue à être de 56 mètres, au delà de la rive.

A côté des huiles de palme, de coco, des huiles essentielles des différents végétaux, à côté des résines de plus de vingt espèces, sont les caoutchoucs dont l’exportation, tant à l’état brut qu’ouvré, par le port de Para, s’est élevée dans l’exercice 1864-1865, à 3 312 926 kilogr. L’arbre à caoutchouc croît abondamment dans les provinces de l’Amazone et de Para, et, de préférence, dans les lieux marécageux. Le caoutchouc s’extrait au moyen d’incisions pratiquées dans le tronc de l’arbre. On fait d’abord, à quelques pieds au-dessus de la racine, une entaille transversale assez profonde pour toucher à la partie ligneuse; puis, perpendiculairement à celle-ci, une seconde incision dans toute la hauteur du tronc. Afin que le liquide coule plus rapidement, l’arbre est entouré avec des cordes ou des lianes, ce qui, fréquemment, le fait mourir. Le suc, qui jaillit abondamment, remplit en quelques heures les récipients d’argile plastique adaptés à la partie inférieure de l’arbre. On le verse alors dans d autres vases de forme différente; peu de temps après il s’épaissit et se solidifie par l’évaporation de la partie liquide. Pour le dessécher complètement, on a l’habitude de l’exposer au-des-us d’un brasier qui, entretenu avec des tiges et des graines végétales, répand une épaisse fumée; de là cette couleur noirâtre que présente généralement le caoutchouc du commerce. Pendant qu’il est liquide, on le façonne, au moyen de moules, selon les usages auquel il est destiné.

Longtemps la gomme élastique fut exportée à l’état solide, légèrement durcie, et gardant son élasticité, jusqu’à ce que M. Henrique Antonio Strauss parvint à la conserver à l’état liquide sans altération, et sans qu’il fût nécessaire de la préserver entièrement du contact de l’air. L’ammoniaque est aujourd’hui généralement employée dans la province de l’Amazone pour conserver le caoutchouc à l’état liquide. Le procédé de Strauss pour solidifier le caoutchouc sans le soumettre au fumage, est également du domaine public : il consiste dans l’emploi de l’alun.

On pourra se convaincre, d’après la gravure mise sous les yeux du lecteur, que le Brésil a voulu figurer avec éclat a l'Exposition. La décoration de la façade est d’un excellent goût et fait honneur à l’architecte, M Chapon. Les couleurs nationales du Brésil, le vert et l’or se retrouvent dans toutes les salles, et le long des parois court une bordure de feuilles de tabac et de caféier, car le Brésil a des armes parlantes. Dès les premiers jours de son indépendance, le pays a compris que c’était au travail agricole qu’il devait demander sa principale richesse, au travail agricole que les citoyens devaient par conséquent se consacrer tout entiers. L’exposition actuelle prouve qu’on ne s’était point trompé; c’est à l’agriculture que le jeune empire doit sa prospérité présente; c’est à l’agriculture qu’il devra sa prospérité future.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée