Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Etats-Unis d'Amérique

Etats-Unis d'Amérique à l'exposition de Paris 1867

Cette ferme dont nous donnons le dessin, est en effet déjà confortable et presque luxueuse. On la présente comme un spécimen d’habitation privée d’un genre très-répandu , et dont le nombre s’accroît rapidement autour des grandes villes, où il est très-apprécié.

Il y a loin de là, on le voit, à ce que nous indiquions précédemment. Nous ne trouvons pas mauvais qu’on nous ait bâti ce joli cottage; mais nous aurions aimé voir à ses côtes se dresser la cabane du simple pionnier.

D'ailleurs, il faut l’avouer, la commission américaine paraît avoir tout à fait négligé ses intérêts dans le Parc. Les États-Unis eux-mêmes ne sont vraiment pas représentés Un seul État, l’Illinois, a tout fait, et un seul homme dans l’Illinois, M. Lyman Bridges, dont il est aussi juste qu’aisé de retenir le nom unique.

M. Lyman Bridges, est, dit-on, lui-même un exemple de la façon dont la fortune récompense là-bas le travail et l’énergie.

La maison qu’il expose, a été faite à Chicago, capitale de l'Illinois; elle se démonte, et se transporte avec la plus grande facilité. Ce sont les forêts de pins et de chênes de l’État de Wisconsin, qui ont donné la matière première.

Cette maison contient, au rez-de-chaussée, un fort joli salon, et deux autres pièces, qui servent, l’une de salle à manger, l’autre de bibliothèque. Le premier étage a trois chambres à coucher. Une galerie extérieure avec colonnettes, donne à l’ensemble un aspect très-élégant.

Il est presque inutile d’ajouter, qu’un sous-sol est souvent pratiqué pour les besoins du ménage, et que les dépendances de la ferme sont entièrement séparées de la maison d'habitation.

Ces sortes de demeures sont d’un prix très-modéré.

Les fenêtres sont à châssis, comme dans presque toutes les habitations américaines.

On a réuni dans cette maison et l’on y offre gratuitement aux visiteurs une grande quantité de brochures , de volumes et de cartes, concernant l’État de l'Illinois, et son voisin , l'Iowa. Malheureusement presque aucune de ces publications n’est traduite en français.

Le Congrès des Etats-Unis s’est en vérité montré par trop parcimonieux.

A ceux qui peuvent lire l’anglais, elles donnent une idée exacte de la prospérité rapide et prodigieuse des États de l’Ouest. C’est ainsi que la ville de Chicago, où il y avait douze familles en 1831, en contenait cinq cents en 1832; en novembre 1835, époque où s-e fit le premier recensement, on trouva 3265 personnes; en 1345, 12 088; en 1855, 80 025; en 1860, 109 263; en 1865, 178 539.

Cette année, la même ville renferme plus do 225 000 habitants.

Cet accroissement de population s’étend à toute la contrée, et les Étals voisins se peuplent avec la plus grande rapidité.
Maintenant on les attaque à la fois par New-York et par la Californie; le gigantesque chemin de fer, qui doit joindre l’Atlantique au grand Océan, s’avance des deux côtés, et l’on peut déjà indiquer le moment précis où se rejoindront les deux tronçons. Ce moment accomplira la transformation de l’Amérique entière.... heure bien digne d’être chantée par un poète, si la race anglo-saxonne avait encore des poêles.

Un établissement, plus intéressant que la villa, c’est l’école. Elle s’élève à quelques pas, et vient encore de l’Illinois.

C’est un modèle de ces écoles, qu’on nomme : Free common school, c’est-à-dire école communale libre ou franche, essentiellement gratuite. Il y a partout en Amérique un nombre considérable de ces écoles, qui n’empêchent pas la création de collèges payants.
Dans les villages, elles sont composées d’une salle unique, qui sert aussi de lieu de réunion publique ; on y fait de» lectures, des meetings, etc.

Pour donner une idée de ce qu’est l’instruction publique en Amérique, j’emprunte à une statistique de l’État dé l’Illinois ce tableau, concernant l’année 1864:
Nombre des habitants de l’État. 2,250,000
Nombre de personnes entre cinq et vingt et un ans............... 1,049,354
Nombre d’écoles gratuites . . . 10,211
Nombre des écoliers.................. 573,976
Nombre de professeurs, hommes 6,533
Nombre de professeurs, femmes. 9,539
Nombre d’écoles non gratuites . 688
Nombre des écoliers dans les écoles non gratuites................ 29,319
Argent dépensé pour le professorat ...................dollars 1,611,003
Argent dépensé pour l’entretien des écoles, etc.... dollars 2,460,510 Nombre d’enfants, en âge d’aller
aux écoles......................... 700,458
Nombre d’enfants, qui vont aux écoles... 573,976

Ce tableau est très-curieux, et donne lieu à des réflexions bien instructives.

Il en résulte clairement, que tous les enfants, dans l'état de l'Illinois, reçoivent l’instruction. En effet, 700 458 enfants sont en âge d’aller aux écoles; 573 976 vont aux écoles gratuites; 29319 dans les écoles particulières ; qu’on joigne au total le nombre d'enfants aisés, élevés dans leurs familles, chose commune aux Etats-Unis, qu’on ajoute enfin les malades de toute nature, et on atteindra le chiffre de 700 000.

Il en résulte encore (le dollar valant plus de cinq francs) qu’il est dépensé, par l’État de l’Illinois pour l’instruction primaire, une somme de 21 579 018 francs. La population de ['Illinois est de 2 millions d’âmes. Dans toute la France, on dépense, pour près de quarante millions d’âmes, en 1767, une somme de 19 918121 francs, et le budget total de l’instruction publique pour l’année 1868, est fixé à 21 950 821 francs-. Il est vrai qu’en France, on a d’autres dépenses que l’on juge plus indispensables !

Dans ces écoles, on apprend à épeler, à lire, à écrire, à dessiner, on y enseigne la grammaire, l’arithmétique, la géographie, l’histoire, la musique vocale, l’allemand, le français; et dans plusieurs, le latin, le grec, la philosophie, la chimie, la géométrie, et en un mot tout ce qui constitue une instruction supérieure.

Dans la seule ville de Chicago, qui renferme 200 000 habitants,'on compte 45 251 enfants fréquentant les écoles gratuites; n’est-ce pas dire : tous?

Dans les nouveaux États, une portion du territoire est affectée aux écoles et devient leur propriété. Quand un village se fonde, avant de distribuer la terre aux habitants, on fait la part de l’école. Ce système est excellent, car si, à mesure que la population augmente, les frais de l’école sont plus grands, ses propriétés acquérant une valeur plus considérable, lui permettent de faire face à tout, sans gêner personne.

Il suffit de visiter le modèle exposé, pour voir la supériorité de ces installations sur les nôtres. Les tables sont charmantes et commodes. Le maître lui-même n’en a pas une plus belle que les enfants. Près de lui est un harmonium. On voit à droite une quantité d’objets, destinés à faciliter les études. Tels sont ces petits morceaux de bois, formant des cercles, des triangles, des cônes, et si commodes pour prouver en un instant la vérité des premiers principes de la géométrie. — Tels sont aussi ces diminutifs de sphères et de systèmes scolaires, dont sont malheureusement privés bien des collèges français, et qui épargneraient tant de punitions à nos enfants, en aidant à l'exposition claire de la science. Là encore on trouvera beaucoup de livres élémentaires.

L’école et la ferme sont à peu près tout ce qu’a construit l'Amérique à l’Exposition. Nous avons vu cependant une petite maison en cyprès de la Louisiane, et qui est aussi une maison portative. Elle n’a rien de particulièrement curieux.

Ce cyprès de la Louisiane est un des arbres les plus utiles de l’Amérique. Non-seulement il sert pour la construction, mais ses branches fournissent une sorte de mousse qui, mise dans l’eau, et subissant une fermentation, se débarrasse du vert qui l’enveloppe; sous ce vert est un fil flexible, dont on fait des matelas excellents dans les pays chauds.

Quand le voyageur aura jeté un coup d’œil sur le petit vaisseau qui a conduit en Europe deux marins d’au delà de l’Océan, et qu’il aura acheté une douzaine de biscuits à la fabrique américaine, il aura terminé son exploration dans le pare des États-Unis.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée