Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Suède et Norvège

Suède et Norvège à l'exposition de Paris 1867

Tout en formant deux gouvernements bien distincts, ayant chacun leur constitution, leur administration particulière, la Suède et la Norvège sont gouvernées par le même monarque depuis 1814, époque à laquelle les deux royaumes furent réunis; ils ont à l'extérieur les mêmes représentants.

A l'Exposition de 1867 nous trouvons ces deux États déployant leurs produits sur un espace commun et dans des conditions qui méritent d’être étudiées.

Depuis la première exposition universelle de Londres en 1851 nous avons vu que la Suède et la Norvège se sont toujours rendues avec empressement, non-seulement à cette première tentative conçue en vue d’exciter l’émulation, mais à celles qui se sont succédé.

Elles en ont tellement apprécié les bienfaits, qu’après avoir été représentées en 1851 par 117 exposants, elles sont venues au nombre de 538 à l’exposition de 1855 à Paris, de 735 à l’exposition de 1862 à Londres, et que celle de 1867 porte à 1260 exposants le nombre de ceux qui se sont rendus à cette fête du travail et de l’intelligence à laquelle la France a convié toutes les nations.

Constater cette progression, qui a son éloquence', c’est reconnaître que les efforts des hommes intelligents qui travaillent au développement de ces deux pays ne sont pas restés impuissants, et qu’ils sont entrés largement dans la voie qui conduit les peuples à leur prospérité.

L’année dernière, à Stockholm, la Suède et la Norvège avaient, sur l’initiative de S. A. R. le prince Oscar, frère de S. M. Charles XV et président d’honneur de la commission suédoise et norvégienne, organisé une exposition Scandinave à laquelle le Danemark et la Finlande seuls étaient conviés, et dont les produits permettaient déjà d’entrevoir que cette partie du nord de l’Europe prenait part au mouvement progressif qui caractérise notre époque.

Dès les premiers travaux pour l’organisation des sections suédoise et norvégienne, le gouvernement du roi fut habilement secondé par M. Jules Blanc, commissaire délégué près la Commission impériale.

Mais à peine les produits de la Suède et de la Norvège commencèrent-ils à arriver à l’Exposition que M. Gustave de Fahnehjelm, chambellan au service de S. M., commissaire pour la Suède, et MM. Christensen et Holtermann, commissaires pour la Norvège, s’occupèrent activement de leur installation, et c’est ainsi que par leur zèle et leur intelligence l’exposition de la Suède et de la Norvège a pu être prête le jour même de l’inauguration.

Les sections suédoise et norvégienne appellent de suite l’attention du visiteur : tout d’abord il se trouve en présence d’une façade qui lui donne une idée des constructions en bois les plus usitées, dont le style architectural — qui a bien son caractère — a été établi d’après les dessins de M. Scholander, professeur à l’académie des Beaux-Arts.

Faisons un pas, et nous avons devant les yeux les groupes de M. Sœderman avec leurs costumes populaires, à notre sens une des belles choses de l’Exposition où il y en a tant, et qui a conquis toute notre admiration.

La Suède et la Norvège ont des richesses naturelles que lui fournissent son sol et ses forêts, dont elles savent parfaitement trouver un écoulement avantageux.

Dans l’exposition de la Suède, la métallurgie mérite une mention particulière.

Le fer et l’acier de ce pays ont depuis longtemps une réputation justement acquise, que viennent confirmer les types qui sont exposés dans la galerie des machines, où se trouve une grande colonne composée de ses meilleurs produits ; le soubassement est formé de gros blocs de minerai où l’on lit les noms renommés de Dannemora , de Bisperg, de Persberg et d’autres.

Sur ce soubassement, s’élèvent en étages différents, la fonte, le fer en barres et l’acier, jusqu’à la hauteur de 12 mètres, offrant des produits naturels ou contournés d’une valeur incontestable.

À côté de ces échantillons de mines et hauts fourneaux les plus importants, on voit des boulets ronds et coniques dont la fabrication particulière se trouve expliquée par leur coupe, qui permet de constater que leur surface est transformée en acier, tandis que l'intérieur reste en fonte : ils sortent, ainsi que les deux gros canons de 13 et 14 mille kilog. exposés dans le Parc, de l’usine de Finspong, dirigée parM. G. Ekman. Nous avons ensuite la collection complète des boulets employés par l’artillerie royale, provenant de l’usine d’Ankarsrums, dirigée par M. de Maré.

D’autres échantillons d’acier Bessemer de l’usine de Fagersta que dirige M. Aspelin,. nous offrent des aciers, non-seulement bruts, mais ouvrés en canons de fusil, en couteaux, en lames de toute sorte, de manière que l’on peut se rendre compte du travail accompli en voyant la matière première à côté des produits fabriqués.

Dans la coutellerie proprement dite on remarque les lames de sabre de M. Sœngren, les couteaux de M. Stahlberg et les rasoirs de M. Heljestrand, tous fabricants de la ville d’Eskilstuna, qui a fourni à l’Exposition de bonnes limes et de belles serrures.

La céramique a exposé des modèles qui fixent l’attention, tant par leur fabrication bien réussie que par le style qui les décore.

Les porcelaines ont pour exposants les deux fabriques de Gustafsberg et de Rorstrand, près de Stockolm. Presque tous ces produits, ainsi que les poteries de l’usine de Hoeganes, sont vendus.

Pendant que nous les examinions, des visiteurs qui nous prenaient pour les fabricants nous demandaient de leur en faire venir d’autres : espérons qu’en s’adressant mieux, ils verront leur désir satisfait.

L’orfèvrerie est représentée par M. Dufra, qui a réuni dans la vitrine de belles pièces argentées par la galvanoplastie et qui témoignent qu’il est en bon chemin dans la voie artistique et industrielle.

Dans l’ébénisterie nous mentionnerons surtout le grand lit en bois sculpté de M. Edberg, de Stockolm, dont les divers motifs font honneur au dessinateur et à l’ornemaniste.

Les papiers peints, et ceux imitant les toiles-cuirs dorés, montrent que cette industrie est à même de satisfaire à toutes les exigences de la décoration.

Et puisque nous parlons des papiers, citons la fabrique Rosendahl, qui expose des papiers faits avec la pâte de bois, qui entre
pour 70 0/o dans sa fabrication, et dont b. consommation est immense à cause du boi marché auquel ils peuvent être livrés.

Quant aux papiers d’impression, ceux de MM. Lundgirst pour la lithographie e: de M. Bomins pour la typographie méritent bien d’être examinés, ainsi que les épreuves de gravures sur bois exécutées pour le Journal illustré de Stockholm.

En Suède, la photographie a fait les mêmes progrès que dans les autres nations. On s’arrête surtout devant le tableau représentant le prince Oscar et sa famille : d’abord parce que cette épreuve est d’une parfaite exécution, et qu’ensuite le prince, dans ses visites à l’Exposition où il a su gagner toutes les sympathies par son affabilité, est aujourd’hui bien connu des visiteurs assidus.

Les porphyres et les marbres, par leur dimension et les transformations qu’on leur a fait subir, sont véritablement remarquables,
La pelleterie est une industrie sérieusement exploitée : l’œil se porte d’abord sur un magnifique tapis, ayant déjà figuré à l’exposition de Stockholm, composé de toutes les peaux des animaux à poils du Nord, mesurant six mètres sur sept, et d'une composition très-heureuse.
11 est une fabrication que nous ne passerons pas sous silence, surtout à cause des procèdes dont elle fait usage : c’est celle des allumettes de Jœnkôpings qui occupe près de 1000 ouvriers produisant 800 000 fr. dont 600 000 sont exportés principalement en Angleterre.

Avant de quitter la Suède pour passer en Norvège, nous devons constater les efforts tentés en vue de l’éducation des vers à soie. Une nouvelle méthode d’acclimatation et une collection de produits séricicoles sont exposées à l’extrémité de la galerie des machines. Le climat du Nord s’opposant à ce que les feuilles de mûriers aient atteint leur maturité avant le mois de juillet, en Suède, où l’on s’est vivement préoccupé de cette question, on est parvenu à nourrir les vers à soie avec la scorzonera, qui s’est montrée une nourriture plus saine et plus substantielle.

Nous signalerons enfin les soieries de MM. Casparsson et Schmidt, les draperies des trois maisons de la ville de Norrkœping et de la fabrique de Wallbergà Halmstad, ainsi que les passementeries de M. Cari Hahnel, dont l’exécution, au double point de vue de la fabrication et des nuances, ne laisse rien à désirer.

Quoique la Norvège ait envoyé moins de produits que la Suède, son exposition est encore digne d’intérêt.

Dans la galerie des machines, les bois en madriers ou débités en moulures, tels qu’ils sont exportés sur les divers marchés, et principalement en France où ils trouvent une ample consommation, font voir une fois de plus la richesse du sol.

Mais ce qui fixe l’attention, ce sont tous ces instruments de pêche que nous avions déjà vus à l’exposition de Boulogne-sur-Mer l’année dernière, et c’est avec satisfaction que nous retrouvons ici M. Baars, qui a déjà concouru à l’organisation de celles de Bergen, Amsterdam, etc.

Le musée de Bergen nous montre différents poissons de mer conservés dans des bocaux, ainsi que des' développements du hareng et de la morue.

Des flacons d’huile de foie de morue d’une limpidité cristalline complètent les échantillons de Bergen.

Des spécimens réduits du meilleur conducteur de la Norvège pour les navires de 100 à 1000 tonneaux donnent une idée exacte de ce qu’il peut fournir; aussi M. Dekke de Bergen a-t-il mérité à l’exposition de Boulogne-sur-Mer une médaille d’argent. Les filets de MM. Dalh pour la pêche do la morue et ses lignes à hainer y obtinrent la même récompense.

La fabrique de toiles à voiles de Christiana avec ses chanvres filés mérite bien d’être mentionnée, car elles sont fort appréciées à l’usage.

Par ces divers produits exposés on peut juger de l’importance de la pêche et de la navigation en Norvège.

L’exportation de poissons salés et séchés est évaluée annuellement à 50 millions de francs. Les pêcheurs norvégiens les envoient en Suède, en Russie, en Prusse, en Angleterre, en Espagne, en Italie et jusqu’en Amérique.

Si la métallurgie de la Norvège n’est pas aussi bien représentée qu’elle aurait pu l’être, si l’on n’aperçoit que peu de ses aciers et de ses fers, nous avons à la vitrine des mines royales de Kongsherg, où l’on voit une belle et rare collection de cristaux, des barres d’argent qui donnent une idée de leur importance.

De jolis modèles de la bijouterie en filigrane d’argent très-usitée dans le pays, sont assez bien réussis.

De petits ouvrages en bois de tilleul — dont la production n’est pas sans importance — sont d’un placement facile.

Citons encore la remarquable collection de tous les produits végétaux cultivés en Norvège, exposés par M. le professeur Schubeler, auxquels est jointe une carte géographique indiquant les régions où leur culture promet de réussir, et qui peut être utilement consultée pour celle du Nord.

La pelleterie nous offre de jolies fourrures qui rivalisent avec celles de la Russie, par leur variété et leur qualité.

Quant aux pianos qui figurent à cette Exposition, ils ne nous semblent pas avoir de mérites particuliers.

Mais il nous a été signalé une boussole pour navire, dite à contrôle, qui nous a paru très-ingénieuse. Cet instrument, de l'invention de M. le baron Ferdinand de Wedel-Jarlsberg, sert à indiquer la route gouvernée toutes les cinq minutes; il a déjà remporté la grande médaille d’argent à l’exposition de Stockholm.

Si nous n’avons pu examiner plus en détail tout ce qui figure dans la section de la Suède et de la Norvège, nous croyons avoir indiqué ce qui la distingue spécialement.

Pour ceux qui auront suivi ces deux pays depuis nos dernières expositions, ils constateront avec nous qu’ils ont réalisé des progrès sérieux. Du reste, les encouragements donnés aux arts et à l’industrie ne sauraient être plus nombreux, et dans de telles conditions, avec des richesses qui leur sont propres, la Suède et la Norvège sont assurées de leur marche ascensionnelle.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée