Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Parfumerie - M. Rimmel

Parfumerie - M. Rimmel à l'exposition de Paris 1867

L’Exposition de M. Rimmel est installée hors du Palais, dans la section anglaise, près du Phare électrique, dans un pavillon dont notre gravure représente l’aspect. C’est laque M. Rimmel donne à la foule de curieux qui s’y pressent le spectacle de la distillation des parfums, dans un alambic qui ne cesse de fonctionner depuis le matin jusqu’au soir.

Fixer l’arôme si fugace des fleurs, le recueillir et l’emmagasiner constitue un art délicat auquel se sont appliqués tous les peuples depuis la plus haute antiquité. L’histoire de cet art est curieuse; et notre parfumeur anglais, qui en a approfondi l’étude, a mis sous nos yeux, comme un commentaire de son exposition, un beau volume de prés de 300 pages, écrit en anglais, qui n’est autre chose que l’histoire minutieuse des parfums et de l'art de la parfumerie. La science naturelie y est unie à la science historique; l'auteur, après avoir fait la physiologie des parfums, les étudie successivement dans les fêtes d’Apis et d’Osiris chez les Égyptiens, dans les baumes et les encens des Juifs, à Babylone, à Ninive et chez Sardanapale; chez les Grecs où il nous initie aux mystères d’Éleubis, à la toilette de junon et aux cérémonies funéraires; chez les Romains dont il nous révèle les parfums et les cosmétiques, ainsi que leur emploi dans la toilette des matrones: chez les Arabes où il nous raconte l’invention de l’eau de Rose ; dans l'Inde, en Chine, au Japon, jusque chez les sauvages; et enfin, par un brusque retour, il analyse également l’histoire des parfums chez les Druides, et plus tard, aux époques de Clovis et de Charlemagne, sous Catherine de Médicis, Charles 1er, Louis XIV et Louis XV.

Complétant pour les yeux son étude écrite, M. Rimmel a installé dans son chalet une fort intéressante collection des substances aromatiques employées en parfumerie. Les noms usuels y figurent à côté des noms scientifiques, et on n’a pas négligé d’indiquer les lieux de leur provenance.

J’ai surtout remarqué des spécimens fort curieux de fleurs exotiques qui, arrivant du Brésil et des Indes, conservées dans de la glycérine, n’ont pas plus perdu leurs formes que leurs senteurs.

Il y a plusieurs procédés pour absorber et fixer les différents parfums : la distillation, qui est employée pour les plantes et certaines fleurs; l'expression dont on use pour les essences contenues naturellement dans certains fruits, certaines écorces telles que le limon, la bergamote ou le cédrat; et fut la macération au moyen de laquelle on dissout généralement dans un spiritueux les molécules parfumées pour lesquelles le liquide a de l’affinité.

Grasse, Cannes, Nice et les Indes, sont les lieux d’où l’on tire le plue grand nombre de matières premières. L'exportation française s’élève à un chiffre annuel de 15 millions de francs, et l'importation ne dépasse pas un million, en y comprenant même certaines matières qui servent de base à la parfumerie.

Ces chiffres disent assez combien l’industrie française de la parfumerie est considérable.

Le nom de M. Rimmel est aussi connu à Paris qu’à Londres : et c’est dans les deux capitales que notre exposant exerce à la fois son industrie.

Sa fabrication est d'une grande variété, et ses produits sont justement renommés.

Une remarque m'est suggérée par la lecture même de l’ouvrage de M. Rimmel : c’est que, si les parfums des fleurs ont une suavité naturelle pleine de Charmes, ils recèlent aussi ce poison occulte qui les rend nuisibles dans les appartements où l'air n'a pas pas un libre accès. Aussi la science mystérieuse du parfumeur, que l’on traitait jadis de sorcier, si j’en crois là légende de René, le fameux opérateur de Catherine de Médicis, doit-elle tendre de plus en plus, en recueillant les arômes fugitifs des fleurs et des plantes, à leur enlever leurs propriétés toxiques et à les emprisonner dans les cornues du laboratoire. C’est à quoi surtout s'est appliqué M. Rimmel.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée