Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Maisons italiennes

Maisons italiennes à l'exposition de Paris 1867

Ne dirait-on pas en voyant ce palais et ce jardin merveilleux de l’Exposition, où toutes les curiosités du monde ont été rassemblées, qu'une fée capricieuse a pu seule créer ces enchantements ?

Et cependant c’est le froid compas de l’ingénieur, le calcul mathématique de l’Industrie qui ont fait surgir d’un terrain aride, nu, brûlé par le soleil, une végétation abondante, de ! ombre, de la verdure et des fleurs; au génie positif et mathématique nous devons ce tableau féerique où les splendeurs de l’Orient se mêlent aux splendeurs de l’Occident, celles du Nord à celles du Midi.

S’il nous est donné de voir sous le même ciel, séparés seulement par le feuillage de quelques arbres, les minarets et les mosquées de Constantinople, les palais massifs de la vieille Égypte, les chalets suisses, les maisons russes, les pagodes chinoises, les palais arabes, les maisons italiennes, les cottages anglais, les fantaisies de l’architecture mauresque à côté des lignes régulières de l’art grec, les singularités chinoises à deux pas de la simplicité des pavillons de la Société biblique cet ensemble prodigieux n’est pas un conte de fées, mais bien mieux que cela, une histoire de l’Industrie.

C’est donc aux savantes combinaisons de l’ingénieur et non aux caprices du hasard que nous devons de rencontrer dans le Parc de l’Exposition les constructions italiennes à côté du Palais d’été du vice-roi d’Égypte et de la Mosquée.

Les constructions italiennes, je l’avoue, paraissent un peu modestes à côté des superbes spécimens de l’architecture orientale : mais l’Italie pouvait-elle nous donner un raccourci du Colisée, un diminutif du Panthéon, de Saint-Pierre, de Saint-Jean de Latran, ou môme du palais Farnèse de Rome, ou encore du palais Doria de Gênes? Non, le résultat eût paru ridicule; on ne réduit pas le grandiose; le réduire, c’est l’anéantir.

L’Orient pouvait, sans tomber dans la parodie, nous montrer des spécimens d’une architecture qui consiste dans quelques détails gracieux tels que ces élégants moucharabis suspendus comme des nids aux flancs de ses palais, ses portes aux vastes arceaux découpés, ses riantes arabesques.

L’Italie a fait mieux que de nous envoyer des réductions de palais : elle a mis sous nos yeux les produits de plusieurs industries où toujours elle fut sans rivale : celle des faïences céramiques et celle des mosaïques.

C’est dans le but de loger les nombreux objets de ces deux industries, ou pour mieux dire de ces deux branches de l’art qu'elle a dû construire deux pavillons dans le Parc, l’espace étant devenu trop étroit dans l’enceinte du Palais pour contenir les envois de de tous les exposants de faïence et de mosaïque italiennes.


LE TEMPLE POMPÉIEN.

Quand on vient de quitter les constructions orientales et qu’on se dirige vers la porte Suffren, on ne tarde pas à rencontrer un édifice aux lignes pures et régulières; il est orné de colonnes surmontées d’un fronton sans ornements : c’est là l’édifice que l’on désigné sous le nom de temple grec et qu’il serait mieux de nommer le temple pompéien, car il est copié sur un temple découvert parmi les ruines de l’antique Pompéi.

Une statue de Socrate se trouve auprès de l'édifice, au bas des degrés, et semble en désigner l’entrée.

Est-ce exprès ou par hasard que le sage Socrate se trouve ainsi placé ?

Nous l’ignorons.

Mais la statue d’un sage ne me paraît pas mal placée aux abords d’un temple où ne retentit pas la prière, où ne fume pas l’encens, il est vrai, mais dans lequel sont réunis les produits du travail et de l’industrie, vraies sagesses des peuples.

Le temple grec ne devait pas toutefois, dans la pensée primitive de la commission italienne, servir à l’exposition de divers objets d’industrie.

Un autre projet qui, malheureusement, n’a pas pu s’exécuter, avait fait choisir cette forme qui paraît un peu singulière pour abriter des ustensiles de ménage et de vulgaires poteries.

Rendons justice à M. Cipolla, l’architecte du Temple et des autres constructions italiennes du Parc, il a eu plus de goût qu’il ne paraît en avoir. Il n’avait pas fait son temple pour servir d’asile à des assiettes, à des bouteilles, à des vases de faïence.

Le temple devait être une sorte de musée pompéien, line foule d’objets retrouvés dans les cendres de la malheureuse cité devaient être groupés sous nos yeux et nous montrer des spécimens de l’art et de l’industrie romaines.

Le temps a manqué, l’espace aussi peut-être, et l’exposition pompéienne n’a pas été faite.

Il est également à regretter qu’une autre exposition fort curieuse n’ait pas pu se faire dans le même local, je veux parler de l’exposition de l’appareil Sommelier, destiné au percement des Alpes. La dépense qu’eût exigé le perforateur et ses accessoires étant trop considérable, les ingénieurs ont abandonné leur projet.

Tel qu’il est, le temple pompéien nous montre encore quelques œuvres curieuses, par exemple deux reproductions en bronze de statues retrouvées sous la lave et les cendres d Herculanum; l’une d’elles, le Faune dansant, est pleine de grâce et de naïveté.

A côté de ces statues nous trouvons les bustes en faïence de Luca délia Robbia et de Bernard de Palissy se faisant un vis-à-vis fraternel. Nous trouvons encore dans la même salle une reproduction en plâtre d’une très-curieuse maison de Bologne dans le style mauresque, enfin des mosaïques des divers marbres italiens et de nombreux ustensiles qui n’offrent pour tout intérêt que d’être cotés à très-bas prix.

N’oublions pas en quittant le temple d’admirer les deux élégantes et sveltes fontaines de Carrare placées aux abords sur la pelouse à côté de divers blocs de marbre des carrières italiennes.


LA MAISON TOSCANE.

A deux pas du temple pompéien se trouve une maison Toscane.

Ce qui lui vaut ce surnom ce n’est pas précisément sa forme, mais l’appareil employé à sa construction, appareil que l’on rencontre fréquemment à Florence et notamment au palais Pitti ainsi qu’au vieux palais ducal.

Cet appareil consiste en un assemblage de blocs énormes de pierre ou de marbre dont les arêtes font saillie et que l’on sculpte parfois en pointe de diamant.

Les sculpteurs n’ont pourtant rien fait pour donner à la maison Toscane ses arêtes saillantes, la palette du peintre s’est seule mise en frais, mais qu’importe? l’illusion est complète.

Sur la façade occidentale de la maison nous voyons une fort belle porte en terre cuite, œuvre de M. Boni.

Cette porte rouge qui s’élève jusqu’à la toiture de l’édifice est à la fois puissante et gracieuse. Les lignes en sont sévères et simples, mais cette porte serait sans doute trop nue si mille arabesques finement ouvragées ne paraient cette nudité.

Au milieu des arabesques se détachent des portraits de Napoléon III, de Victor-Emmanuel, de Cavour et de Garibaldi.

Les figures emblématiques de Rome et de Venise se voient aux côtés de cette porte patriotique surmontée d’une Italie délivrée et triomphante.

A l’intérieur, la maison Toscane offre aux regards des visiteurs un assemblage de tissus et de produits agricoles de l’Italie, divers ouvrages des paysans de la contrée, enfin des plans de fermes, d’établissements pénitentiaires, des plans reliefs de diverses exploitations-modèles, ainsi que des reproductions des divers instruments employés en Italie pour les travaux du sol, tels que bêches, pelles, pieux, charrues, chars, brouettes, etc.

Ces spécimens suffisent, je crois, pour donner une idée, à peu près complète, de l’état de l’agriculture en Italie.


LE PAVILLON ITALIEN.

Après la maison toscane, toujours en se dirigeant vers la porte Suffren, l’on rencontre le pavillon italien, la plus jolie des trois constructions de M. Cipolla.

Ce gracieux pavillon est exactement carré, chacun de ses côtés a six mètres de longueur, Il n’est composé que d’un rez-de-chaussée et d’un seul étage, un toit plat aux bords larges comme un auvent surmonte l'édifice et défend les fenêtres du premier étage contre les vives ardeurs du soleil.

Sur chacune des façades latérales s’ouvrent deux fenêtres cintrées. La porte d’entrée est également cintrée, mais toute la façade du premier étage au-dessus de la porte est vitrée comme une serre, deux sveltes colonnes de marbre rose divisent ce vitrage en trois parties : cette disposition est très-heureuse. A l’extérieur l’effet qu’elle produit est gracieux; elle donne, à l’intérieur, de la lumière et de l’air.

Supposez la maison bâtie sur une colline. Cette ouverture qui occupe un des côtés du premier étage, donne à ce côté de l’appartement la vue de toute la campagne. Sans quitter son fauteuil, du fond même de la pièce, on jouit d’une perspective immense. Ce tableau naturel n’est-il pas préférable à tous les murs possibles, quelque bien décorés qu’ils puissent être?

La quatrième façade du pavillon italien est occupée presque tout entière par une immense faïence de M. Devers, peintre sur émail du roi d’Italie.

Cette faïence remarquable intitulée l'Ange gardien, représente un ange d’une taille gigantesque, qui descend du ciel accompagné de deux anges plus petits; l’un tient à la main un livre fermé, c’est le livre encore blanc de la vie humaine ; l’autre tient une légende encore sans inscription qu’il commence à dérouler. Ces trois anges semblent couvrir de leurs regards et de leur protection un gracieux enfant couché sur le gazon, les paupières à demi closes.

Les autres murs de l’habitation sont couverts d’arabesques en grisailles dans le goût florentin : le dessin de ces arabesques, forme de guirlandes enroulées, est très-gracieux Dans les replis de ces ornements sont placée douze médailles en faïence représentant les douze mois de l’année, ainsi que les portraits de Philippe de Gérard et de Bernard Palissy.

L’entrée du pavillon italien n’est pas publique; il a été construit pour la commission italienne; S. A. le prince Humbert est venu s’y reposer quelques moments pendant ses dernières visites à l’Exposition universelle.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée