Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Matériel de sauvetage et Navigation de plaisance

Matériel de sauvetage et Navigation de plaisance à l'exposition de Paris 1867

En 1824, Thomas Wilson, membre du parlement anglais, fondait la première société de sauvetage : mais l’institution nouvelle ne prit tout son développement qu’en 1849, sous l’énergique et charitable impulsion du prince Albert et du duc de Northumberland. Grâce au progrès de l’art des constructions navales, le concours ouvert en 1852 eut pour résultat un modèle d’embarcation insubmersible, se redressant d’elle-même et se vidant en quelques secondes lorsque la mer l’avait remplie, bientôt de nombreux sauvetages, en démontrant l’utilité de l’œuvre, encouragèrent la bienfaisance publique et contribuèrent beaucoup au développement de l’institution, qui ne tarda point à étendre ses ramifications dans les comtés. Le 24 avril 1860, une charte royale consacrait, sous le nom de Royal national life boat institution, cette œuvre si éminemment utile qui possède maintenant cent quatre-vingt-huit bateaux de sauvetage, deux cent trente-neuf appareils porte-amarres, cent quatre-vingt-une stations approvisionnées de lignes, de boîtes de secours et de sept cent quatre-vingt-douze ceintures de sauvetage.

Jusqu’en 1861, on ne s’occupa point en France des sauvetages, mais à cette époque le ministre des travaux publics provoqua la formation d’une commission mixte qui décida la création de deux cent vingt-trois stations, dont soixante-quatorze munies d’embarcations, et la formation de trente-cinq sociétés locales. Une société centrale, indispensable pour stimuler et vivifier tous les éléments de l’œuvre, ne tarda point à se constituer sous la protection de S. M. l’Impératrice, et par les soins de M. Behic et de l’amiral Rigault de Genouilly, nommé président. Un décret impérial du 17 novembre 1865 la reconnaissait comme établissement d’utilité publique, et, à la fin de l’année 1866, vingt-trois stations étaient achevées, onze autres en voie de formation.

Les stations sont toutes établies sur le même type, reproduit très-exactement sur la berge de la Seine, à l’Exposition du Champ de Mars. Elles se composent d’une maison-abri de douze mètres de long sur cinq mètres soixante de large, renfermant le canot de sauvetage monté sur un chariot, qui permet de le transporter rapidement à proximité du navire en détresse et de le lancer sur toutes les plages et par tous les temps. Tous les engins de sauvetage et les boîtes de secours pour les noyés sont également réunis dans ces maisons. Là se trouve le porte-amarre Delvigne, qui a rendu déjà et qui rendra encore de si grands services. On sait, en effet, que le problème résolu par M. Delvigne consiste à lancer de la côte au navire en détresse, à l’aide de trois espèces de bouches à feu, carabines ou mousquetons de la douane, perrier ou espingole, selon la grosseur de la corde et la distance où se trouve le navire, des flèches porte-amarres en bois ou en métal qui permettent ainsi d’établir un va-et-vient du bâtiment naufragé à la côte. La société, enfin, sous l’active impulsion de l’amiral Rigault de Genouilly, si bien secondé par le dévouement de M. de Criscnoy, ne néglige rien pour hâter la création de stations nouvelles, et, avant peu d’années, si la bienfaisance publique continue à la soutenir, sur toutes les côtes de France et d’Algérie, la vie du matelot sera protégée contre la fortune de la mer; mais les canots et les engins de sauvetage coûtent cher; il faut les maintenir en bon état et pourvoir à l’entretien d’équipages exercés. Pour une seule embarcation, quinze mille francs sont nécessaires. Que les nombreux visiteurs, attirés par la curiosité dans la maison-abri de la berge de la Seine, n’oublient donc pas le tronc déposé là, sous la garde d’un quartier-maître de la marine impériale; la plus humble offrande sera la bien accueillie, et qui sait si l’obole de la veuve, en permettant d’envoyer plus tôt l’embarcation sur un des points désignés du littoral, ne sauvera pas la vie du matelot en détresse?

Si vous êtes jamais curieux de visiter les profondeurs des eaux et de pénétrer les mystères de la mer, l’Exposition du Champ de Mars vous en fournit tous les moyens. — Notre dessin vous montre ces appareils multiples à l’aide desquels on se promène en compagnie des poissons, faisant la chasse au coquillage, arrachant les éponges et le corail du rocher- où ils sont attachés ; et, quand la nuit se fait trop noire, lorsque vous voudrez pénétrer dans quelque grotte, en fouiller les recoins, la lampe à double courant d’air de M. Cabirol, alimentée par une pompe à air spécial, vous donnera une lumière éclatante.

Les principaux appareils exposés sont ceux de M. Cabirol, et de M. Rouquavrol-Denayrouse. M. Cabirol est le constructeur bien connu du scaphandre et, par la perfection de ses produits, a su mériter la confiance de la. marine et du commerce qui les emploie maintenant pour la pêche du corail : mais leur manœuvre est souvent délicate, et demande des hommes exercés. L’appareil Rouquayrol-Denavrouse qui fonctionne chaque jour sous les yeux du public, dans cette grande tour de fer, remplie d’eau, où les plongeurs descendent et stationnent durant de longues heures, paraît appelé à un très-brillant avenir. Il permet d’employer le premier matelot venu, pourvu qu’il soit d’une bonne santé; car grâce au réservoir régulateur qui forme une partie importante de ce système, la respiration est aisée et l’air est toujours frais. — C’est ainsi qu’en cent neuf heures de travail sous l’eau le bélier cuirassé de la marine française, le Taureau, a pu complètement nettoyer sa carène, à l’aide seule de son équipage.

L’on ne sait vraiment où s’arrêteront les perfectionnements et les inventions. Encore un effort, et, l’on ira passer ses heures de repos au fond de la mer, comme maintenant l’on s’en va prendre le frais dans ces ravissantes embarcations, que M. Searle et Son de Lambeth, à Londres, exposent sur le ponton anglais. Vous pouvez choisir en toute sûreté parmi ces dix ou douze modèles différents. — Si pourtant vous n’êtes pas un habile nageur, un gymnaste de première force, un remarquable équilibriste, méfiez-vous de quelques-unes, qui semblent taillées comme des poissons et laites pour glisser sur l’eau, et même dans l’eau, si celui qui les monte, perd durant une seconde le centre de gravité. Voulez-vous un wherry, un skiff un funny un out-Rigger ou une yole? Tout est d’une solidité raie, témoin ce petit Rob-roy, la glorieuse coquille de noix qui a porté son maître sur toutes les rivières et fleuves de l’Europe, allant de la Tamise à la Sambre, la Meuse, le Rhin, le Mein, le Danube, la Reuss, l’Aar, l'Ill, la Moselle, la Meurthe, la Marne, la Seine et venant-faire admirer ici ses glorieuses cicatrices.

L’Angleterre n’a qu’une embarcation à vapeur, toutes les autres chaloupes appartiennent à la Suède, à la Belgique et à la France, et sont rassemblées près de la Dahabié égyptienne, contre la berge française. — Là se trouvent réunis, le Vauban, le canot des forges et chantiers de la Méditerranée, qui a remporté l’autre jour le premier prix aux régates internationales, des chaloupes à vapeur, la Sophie, élégante suédoise bien digne du deuxième grand prix, sa sœur la Mathilde, fine, élégante et accorte comme elle, l'Éole de M. Durène, la Mouche, appartenant au prince Napoléon, et la Fille des ondes (Habléany) coquet bateau à aubes de la force de six chevaux, parti de Pesth pour venir, en remontant le Danube et les fleuves de l’Allemagne et de la France, à l’Exposition de Paris.

Rien ne saurait peindre l’animation et la gaieté de ce fleuve sillonné de minutes en minutes par les Mouches et les grands bateaux allant à Meudon et à Saint-Cloud. — Les curieux, très-étonnés de ces engins de marine auxquels leurs regards ne sont point, accoutumés, s’intéressent à tous ces instruments inconnus, qui leur parlent d’un monde nouveau, et s’arrêtent devant les filets de Broquant et Cie de Dunkerque, les appareils pour la pêche de Dérieu Camus de Paimpol, ou le globe lumineux de H. Dubois, de Nantes, que l’on descend au fond des eaux pour attirer les poissons. L’Exposition de la navigation de plaisance française, si bien organisée par M. Benoît Champy, excite les admirations. Enfin, il y a là au bord de l’eau, pour ceux qui veulent s’instruire, et pour ceux qui veulent se distraire, une moisson abondante. En allant à l’Exposition universelle, ne manquez pas de vous y rendre, et vous ne regretterez pas le temps consacré à cette course charmante.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée