Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Kiosque des Châles indiens

Kiosque des Châles indiens à l'exposition de Paris 1867

Un kiosque charmant, modestement caché dans un des bosquets les plus ombreux du Parc du Champ de Mars, renferme les tissus d’une richesse fantastique qui se fabriquent à Kashmyr.

L’architecte qui l’a construit est un homme de talent dont l’Exposition universelle a souvent employé les capacités, capacités qu’on vient de reconnaître par une promotion dans la Légion d’honneur.

Citer M. Hochereau, c’est faire l’éloge de son œuvre; c’est résumer la science du style et la grâce du dessin.

Les exposants de goût qui ont donné à un tel artiste la mission de créer un cadre propre à entourer dignement les dessins étincelants des tissus indiens, se nomment MM. Frainais et Gramagnac.

Mais pourquoi donc avoir ainsi enterré dans un coin du Parc une des plus jolies expositions particulières? Nous adressons cette question à la Commission impériale, et, pour guider le visiteur aussi bien que pour réparer ce petit défaut de classement, disons vite que ce kiosque est situé près du pourtour du Palais, dans l’allée de Champagne à proximité de la maison ouvrière.

Les partisans de l’industrie lyonnaise qui, mus par leur patriotisme, jettent un regard d’envie sur les merveilles fabriquées par les tisseurs indiens, en exaltant la supériorité de l'industrie française, se demandent souvent pourquoi des importateurs français placent si haut dos arts étrangers. Le beau n’a pas de patrie, ou plutôt il est chez lui partout; la puissance de nos machines, les savants mécanismes de nos métiers sont certainement aptes à produire d’aussi belles choses, mais ici se place une question de prix qui a certainement son importance, et qui en aurait une bien plus considérable sans l’intervention des lourds tarifs de douane.

Qu’importe! Profitons des dons de la nature; or la nature fait croître dans l'Inde ces jolies petites chèvres doit nous voyons quelques échantillons au jardin d’acclimatation ; leur poil long et soyeux protège un fin duvet qui sert à la fabrication des châles. On peut, il est vrai, tenter de les acclimater en France; mais ce que l’on ne saurait acclimater, ce sont ces ouvriers uniques au monde qui sont vêtus par le climat lui-même, nourris d’un peu de riz, contents d’un salaire minime, si l’on peut appliquer ce mot à une somme de 20 centimes par jour, et qui de génération en génération se transmettent devant les mêmes métiers et en face des mêmes procédés, l'art poussé à la perfection du tissage des châles.

De tout temps, la supériorité indienne a été reconnue, depuis les Romains qui, au dire de Pline, leur portaient chaque année cinquante millions de sesterces, jusqu’à nos jours où les sesterces modernes se chiffrent par des millions bien plus considérables encore.

Un châle de l’Inde qu’on achète 2000 fr. dans la vallée de Kashmyr, ne coûterait pas moins de 25 à 30 000 francs pour être fabriqué en France. Or, voici comment on procède : des femmes filent le duvet des chèvres kashmyriennes ; le fil est ensuite livré au teinturier qui lui donne, à l’aide de procédés naïfs à force de simplicité, et dont nous n’avons aucune idée en France, les splendides couleurs dont nous admirons la solidité et la richesse.

Arrive le tisserand qui exécute le dessin qu’on lui remet ; chaque tisserand fabrique un morceau de châle ; puis un entrepreneur, qui ne doit manquer ni de goût ni de talent, fait assembler par les ouvriers les plus habiles les différentes parties qui forment ensuite le châle tout entier.

Le châle terminé est nettoyé à sec, enduit d’une colle de riz, et livré ensuite à l’acheteur européen qui en a fait diriger la fabrication.

MM. Frainais et Gramagnac, qui ont exposé des châles d’une variété de dessins admirable, dont quelques-uns sont rehaussés de broderies d’or d’une délicatesse inouïe, ont leurs ateliers dans un grand centre du Punjâb, à Umritsir ; dans une autre partie du Palais, ils exposent aussi des dentelles d’une très-grande beauté, dont les fabriques sont situées à Alençon, Bayeux et Bruxelles ; ils réunissent ainsi les genres de tissus les plus délicats, et pour l’exécution desquels il faut à la puissance de l’industrie allier les inspirations de l’art.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée