Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Forêt vierge du Brésil

Forêt vierge du Brésil à l'exposition de Paris 1867

Fier à juste titre de ses bois qu’un jour, lorsque la hache aura renversé les derniers arbres qui lèvent encore la tête sur la face du vieux monde, notre industrie viendra lui demander à prix d'or, le Brésil a voulu qu’ils fussent représentés à l’Exposition d’une façon toute spéciale. Il était impossible de mieux réussir. La forêt vierge est une heureuse conception qui fait le plus grand honneur à l’intelligence et au goût des organisateurs de l’Exposition brésilienne.

On a beaucoup abusé de nos jours de ce nom de forêt vierge; on l’a même un peu étendu à toutes les parties boisées de l’Amérique, et je sais des Européens qui, à peine eurent-ils posé le pied sur le nouveau continent, n’ont pas ressenti une émotion moindre, à la vue du premier bouquet de bois; que Christophe Colomb, lorsqu’il découvrit l’embouchure de l’Orénoque, c’est-à-dire, ce confinent si ardemment désiré et recherché. Si le nom de forêt primitive devait être appliqué dans toute la rigoureuse acception du mot, il ne pourrait l’être qu’aux immenses régions qui s’étendent dans la zone torride de l’Amérique méridionale et remplissent les deux bassins, unis l’un à l’autre, de l’Orénoque et des Amazones.
Les forêts voisines de l’équateur ne sont pas seulement rendues impénétrables par l’impossibilité de se frayer un chemin avec la hache au milieu d’arbres qui n’ont pas moins de huit à douze pieds de diamètre et dont les rameaux sont réunis par un véritable réseau de lianes grimpantes; l’obstacle principal vient des plantes arborescentes, qui ne laissent aucun espace vide dans une contrée où tous les végétaux deviennent, par la nature même du sol, ligneux.

Et pourtant la Providence n’a pas voulu que ces admirables contrées demeurassent interdites à l’homme. Elle y a ouvert de larges routes au moyen de ces fleuves sans nombre, dont les affluents roulent quelquefois des eaux plus abondantes que le Danube et le Rhin ; dirigés dans tous les sens, ils sont l’élément vital de cette végétation qui doit sa richesse au double bienfait de l’humidité et de la chaleur. L’explorateur a lancé son canot au milieu des rapides et des cataractes, et devant ses yeux enchantés se sont déroulés les plus merveilleux spectacles de la nature.

C’est le pinceau de M. Rubé, qui a fait jaillir la verte oasis qu’on rencontre au milieu du Palais. Des troncs gigantesques, projettent dans le sol leurs puissantes racines; les grosses branches d’un arbre forment un plafond de verdure et à travers les trouées du feuillage, on aperçoit le ciel bleu. Le paysage est d’une fraîcheur qui séduit; c’est un coin original, pittoresque, qui rompt la succession quelque peu monotone des vitrines de l’Exposition.

Au milieu de la forêt s’élève une immense pyramide de bois, composée de plus de quatre cents échantillons. L’ébénisterie connaît déjà l’emploi de quelques-uns de ces bois aux couleurs vives; d’autres, d’un tissu fin, serré, résistant, sont éminemment propres aux constructions civiles et navales. Les pièces de bois ont été taillées d’une manière ingénieuse qui permet d’en étudier à la fois les fibres dans le sens horizontal, longitudinal et transversal.

Voilà le manglier qui pousse au bord des rivières; l’écorce du manglier sert de tan, et le bois est fort estimé pour faire des poutres et des chevrons ; mais il ne peut servir de pieux, parce que la partie enterrée se pourrit promptement, ni de barrières, parce qu’il se détériore lorsqu’il est exposé à l’air. Ce bois est principalement employé au Brésil comme combustible. L’arbre repousse après qu’on l’a coupé, avec une promptitude incroyable, pourvu que la racine n’ait pas été endommagée.

Plus loin on voit le bois de fer; les couches extérieures de ce bois ne sont pas d’une très-grande dureté, mais le cœur brise bien de haches. Sa dureté augmente avec le temps: il devient alors d’un beau noir poli et prend absolument la résistance du fer.

Cet échantillon a appartenu à un Périguao, le plus beau des palmiers. Le tronc de cet arbre lisse et haut de soixante pieds est orné d’une couronne de feuillage, délicat comme celui des roseaux et frisé sur les bords. Les fruits, semblables à la pêche, sont renommés pour la délicatesse de leur goût et la beauté de leur couleur; réunis au nombre de soixante-dix à quatre-vingts, ils forment des grappes immenses. Tous les ans, chaque arbre amène trois de ces grappes à maturité.

L’acajou est généralement employé pour les portes, les fenêtres, les parquets, les meubles. Sa couleur, plus claire lorsqu’il vient d’être coupé, change bientôt et devient d’un rouge brun. Le palissandre, le caoutchouquier, tous ces arbres, en un mot, si précieux par leurs nombreux usages, sont représentés dans cette magnifique collection par des échantillons remarquables.

Le gouvernement brésilien a compris tout le parti que le commerce international devait, dans un avenir prochain, tirer de ces richesses forestières, et un décret libéral vient d’ouvrir aux pavillons de tous les pays cet océan d’eau douce qu’on appelle l’Amazone. Là, les arbres gigantesques s’offrent pour ainsi dire à qui veut les abattre, et le fleuve lui-même fournit le moyen de transport le plus facile et le moins coûteux jusqu’au port de Para, qui est la grande porte du Brésil ouverte sur la mer, c’est-à-dire sur le vieux continent. C’est là une pensée consolante, que l’industrie ne sera pas arrêtée faute d’aliments, et qu’elle peut poursuivre sans crainte cette voie de progrès dont l’Exposition est la manifestation saisissante.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée