Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Groupe V-IV

Groupe V-IV à l'exposition de Paris 1867

La Haute-Marne.
Le premier des dessins qui se rapportent à cet article nous ramène à l’entrée de la classe 40, entrée que décorent les admirables fontes d’ornement de l’usine de Sommevoire.

Cette usine est une des gloires de la Haute-Marne, département métallurgique par excellence, et prédestiné de longue main à cette belle spécialité.

Qu'enseigne en effet l’étude géologique de e- département? Elle enseigne qu’il est assis pour la plus grande partie sur des terrains secondaires, c’est-à-dire sur des terrains riches en argiles produisant d’excellentes terres réfractaires, en sables propres au moulage et à la construction des hauts fourneaux et surtout en minerai de fer, particulièrement en minerai dit oolithique, si abondant et d’une exploitation si facile qu’on le ramasse fréquemment à la pelle. Maintenant, que nous montre la surface du sol? Une des régions les mieux arrosées de la France et i'une des mieux boisées. Cela posé, le reste va de soi. Il est clair que là où le minerai est répandu à profusion, où le combustible est accumulé dans d’immenses forêts, où la force motrice s’offre sous forme de nombreux cours d’eau ; la production du fer et de la tonte doit être une industrie très-ancienne et très importante; et en effet, dès l’époque gallo-romaine, la contrée qui nous occupe fabriquait en fer la plupart des ustensiles, des outils et des armes que les maîtres du monde faisaient encore en cuivre et en bronze ; un comte de Champagne, en 1157, donnait les forges de Wassy au monastère de Cîteaux. De hauts fourneaux, semblables à ceux d’aujourd’hui, existaient en 1500, et dès 1485 la coutellerie avait à Langres une organisation régulière. Il n’est pas moins évident, en effet, qu’à côté des usines qui produisent le fer et la fonte, les industries, dont ces matériaux forment la matière première et qui les façonnent en ouvrages de toutes sortes, ont dû venir se grouper. Et la statistique qui nous donne le chiffre exact des hauts fourneaux, des fourneaux à marchandises, des Wilkinzons, des trains de laminoirs, des marteaux, des tréfileries, des pointeries, des fabriques de chaînes, de ferronnerie, de quincaillerie, de serrurerie, de meubles en fer et des établissements de coutellerie qui existent dans la Haute-Marne, ne saurait nous causer de surprise. Nous pour rions même pousser la prévision plus loin. Comme si le fer, le plus noble des métaux, puisqu’il est le plus utile, communiquait de sa vertu à ceux qui le travaillent, d’excellents observateurs ont remarqué qu’entre tous les ouvriers ceux-ci se distinguent par leurs qualités viriles. Les inductions favorables à la Haute-Marne que nous serions tentés de tirer de cette observation générale, ne seraient pas infirmées par les faits : ce département est un de ceux où l’instruction primaire est la plus florissante, où les attentats contre les personnes et contre les propriétés sont le moins fréquents.

Houilles manufacturées.

La vitrine qu’on voit au milieu du dessin renferme les produits d’une partie de nos mines; nous en avons déjà dit un mot. Arrêtons-nous, puisque--l’occasion s’en présente, aux charbons de la Basse-Loire.

Un combustible présentant sous le plus petit volume possible le plus grand pouvoir calorifique, donnant peu d’odeur et de fumée, renfermant peu ou point de soufre et enfin assez dur pour résister à l’action de la chaleur, du froid et de l’humidité, et pour supporter de nombreuses manutentions ; un tel combustible toucherait de bien près à la perfection. Or la compagnie des mines et fours à chaux de la Basse-Loire parvient à communiquer ces qualités à une houille naguère exclusivement employée à la cuisson de la chaux et qui n’était propre à nulle autre chose. Nous avons sous les yeux un échantillon de cette houille telle que la susdite compagnie l’extrait de ses mines. D’autres spécimens nous montrent ce qu’une préparation intelligente a su faire de ce mauvais charbon.

Sous le n° 2 est un produit de qualité supérieure; une houille grasse en poudre impalpable dont la destination nouvelle est d’être mélangée aux sables et de saupoudrer les moules dans les fonderies avant la1 coulée. Le n° 3 nous montre la houille criblée et lavée et devenue bonne pour la grille et la forge. Enfin sous le n° 4 est le même charbon aggloméré au brai sec par le moyen d’une machine Detombay. D’après les déclarations de la compagnie, ce combustible vaporise plus de huit kilogrammes d’eau par kilogramme de charbon ; sa densité est de 1,23, sa cohésion de 55; il est exempt de soufre et par conséquent n’attaque ni les grilles ni les chaudières, propriétés précieuses qui l’ont fait admettre dans l’approvisionnement de la marine de l’Etat. Cela étant, personne ne s’inscrira contre le jugement que la compagnie de Montjean porte elle même en ces termes sur ses propres travaux : « D’une houille presque sans valeur nous avons fait un combustible équivalent à ce que la nature a formé de meilleur, et le mérite industriel réside, sans nul doute, bien plus dans la transformation intelligente d’un mauvais charbon que dans l’extraction pure et simple d’une houille parfaite dont sont dotées certaines mines privilégiées. »


Papier en doublé d’étain contre l’humidité.

La même salle renferme l’exposition de M. Massiere fabricant d’étain en feuilles, déjà nommé dans un de nos précédents numéros. Contre l’humidité, le salpêtre, les émanations délétères qui détériorent et rendent insalubres tant d’habitations, M. Massiere a créé un papier métallique très-léger, très-solide, très-économique, s’appliquant à la surface des murs et composé d’une feuille de plomb placée entre deux feuilles d’étain. Ce doublé d'étain, qui a nécessité l’invention de procédés de fabrication très-ingénieux, a toutes les qualités de chacun des deux métaux qui le composent, sans avoir les inconvénients d’aucun d’eux. A l’un il doit son efficacité contre les exhalaisons, à l’autre sa résistance aux actions combinées du salpêtre et de l’humidité ; et tandis que le plomb obvie à la porosité de l’étain, l’étain protège le plomb qui, isolé, se déchire très-facilement.

Qu’une telle combinaison doive avoir d’heureux résultats, c’est ce qui semble évident avant toute expérience; mais l’expérience a parlé et les témoignages sont nombreux et décisifs. Ainsi , M. Chevallier rapporte que l’application de ce papier hydrofuge fut faite à Bondy sur le mur d’une salle basse, mur qui était très-humide, au point que le papier qu’on y collait tombait bientôt en lambeaux. « J’ai constaté, dit le chimiste précité, le succès de l’application faite il y a trois ans. Le papier de tenture est en très-bon état. L’humidité a disparu. »

On a compris que le doublé d'étain se place entre le mur et le papier de tenture. Ajoutons qu’il se prête à recevoir les peintures les plus délicates; à ce titre, il trouvera un emploi précieux dans les monuments publics comme préservateur de la peinture à fresque. Appliqué au revers des tableaux à l’huile, il en assure également la conservation.


Les ponts de Kehl et d’Argenteuil.


Pour nous rendre dans la galerie au milieu de laquelle nous transporte notre second dessin, il nous faut passer au pied du monument élevé par les usines de Marquise, monument composé, ainsi qu’on l’a dit, de ces énormes colonnes en fonte qui ont servi à former les piles du pont de Kehl sur le Rhin et d’Argenteuil sur la Seine.

Pour former ces piles et les mettre en place, on construit juste à l’endroit qu’elles doivent occuper un plancher très-solide. Sur ce plancher on pose un premier tube, tranchant par son bord inférieur; sur celui-ci un second et ainsi de suite jusqu’à ce que le tronc de colonne creuse ainsi formé soit assez haut pour qu’il puisse pénétrer profondément dans le lit du fleuve tout en dépassant le niveau des eaux par son extrémité supérieure.

Cela fait, sur un châssis de fonte boulonné solidement à l’intérieur et en haut du tube inférieur, on construit une voûte conique et circulaire percée d’un trou à son sommet, puis sur le pourtour de ce trou on met une cheminée de bois aussi haute que toute la colonne de fonte, et finalement on emplit de béton l’espace compris entre cette cheminée de bois, la voûte et la colonne métallique.

Par ces premières opérations, la chambre inférieure dans laquelle les ouvriers devront travailler quand la pile sera descendue au fond de l’eau, et le passage nécessaire poulies conduire à cette chambre, se trouvent faits. En même temps les piles commencées ont acquis assez de poids pour s’enfoncer d’elles-mêmes. Alors, on les soulève sur des chaînes de fer; le plancher sur lequel elles reposaient est enlevé et bien verticalement on les fait descendre au fond du fleuve.

Reste à guider et à faciliter leur enfoncement en creusant convenablement sous elles, jusqu’à ce qu’on rencontre un sol convenable.

A cet effet, on coiffe chaque colonne d’un appareil de tôle, dit chambre à air; on en boulonne parfaitement la base sur le tube supérieur, et dans la vaste cloche à plongeur ainsi formée il n’y a plus qu’à refouler de l’air aune pression suffisante, pour chasser l’eau de l’intérieur de la pile et pour permettre aux hommes d’habiter la chambre de travail.

Le Rhin ayant une vitesse de quatre à cinq mètres par seconde et présentant des affouillements qui vont parfois à quinze et à dix-sept mètres en contre-bas du lit; la construction du pont de Kebl présentait de grandes difficultés. Les fondations des piles ont dû descendre à vingt mètres au-dessous du lit. Un fait remarquable, c’est qu’on n'a eu à déplorer aucun accident. On a constaté que les hommes de 18 à 35 ans sont les plus propres à ce genre de travail, et que les tempéraments lymphatiques sont ceux qui s’accommodent le mieux du séjour dans l’air comprimé. Cette question a été l’objet d’une belle étude de la part de M. le docteur Foley, qui fut attaché en qualité de médecin aux travaux de construction du pont d’Argenteuil.

Les tubes de ce genre, exécutés par les usines de Marquise, tant pour ponts que pour fosses, forment jusqu’à ce jour un poids de 12 000 tonnes. Les fo ses sont celles de Flechinelle et de Hardinghem; les ponts : Culoz, Bayonne et Argenteuil, en France, et cinq ponts russes dont plusieurs munis de brise-glaces. Ces tubes ont les diamètres suivants :2m,50; 2m,75; 3mèt.: 3m,20, 3“, 50; 3”, 60; et 5m,50. La même usine a fourni pour amener la Dhuys à Paris 10 000 tonnes de tuyaux formant une longueur de 18 kilomètres.


La ferblanterie mécanique.

Nous rencontrons l’art à l’entrée de la troisième galerie (fontes sans retouche de M. Zegut), et nous le rencontrons encore au fond de celle-ci, ainsi qu’en témoigne notre dessin. Mais ce dessin témoigne que l’art ne s’y trouve pas seul.

Aisément, en effet, un marchand d’ustensiles de ménage trouverait ici à s'approvisionner en ferblanterie. Ce modeste article mérite notre attention non-seulement à cause de son utilité, mais en raison des perfectionnement qu’a éprouvés l’outillage employé à sa fabrication. De manuelle qu’était celle-ci il y a peu d’années encore, elle est devenue entièrement mécanique. Pour chacune des nombreuses manipulations qu’exige la moindre pièce depuis la mise en œuvre de la matière première jusqu’au finissage, il y a maintenant une machine : machine à estamper, à border, à découper, à cintrer, à repousser, etc. De ces manipulations chaque ouvrier formé au bout d’une semaine d’apprentissage ne connaît et ne pratique que la machine qui accomplit celle dont il est chargé. Ainsi celui qui coupe ne fait pas autre chose que de présenter les plaques de fer-blanc à la cisaille mécanique, infaillible une fois qu’elle a été réglée. La pièce découpée passe successivement entre les mains du planeur, de l’estampeur, du bordeur, du repousseur, du cintreur, ou plutôt, elle passe par autant de machines servies par autant d’ouvriers spéciaux qui n’ont pas d’autres fonctions que d’alimenter ces machines. Quant aux petits objets qui forment ce qu’on appelle les garnitures, les charnières, les goussets, etc. (car le détail en serait interminable), ils sont découpés par des emporte-pièces conduits généralement par des femmes, et ce sont des machines analogues qui découpent les galeries à jour, percent les écumoires et les râpes, et les percent d’un seul coup, quel que soit le nombre des trous. En un mot, le travail du marteau est à peu près supprimé.

Ainsi préparées les pièces sont remises au soudeur dont le travail est singulièrement abrégé et facilité par la précision de ces pièces qui s’adaptent les unes aux autres sans tâtonnements, sans retouches et qui, déplus, dans beaucoup de cas, se montent sur des calibres destinés à les recevoir; on comprend qu’ainsi préparé, ainsi fixé, un objet quelconque puisse être soudé par des manœuvres et que le soudage ne demande pas de plus longues éludes que les autres branches de la fabrication.

Cela dit, revenons à la partie artistique de la salle que nous visitons.

Le dessin nous montre, au milieu, les objets exposés par la Société des revêtements métalliques et à droite les produits galvanoplastiques de l’usine Christofle. Nous nous sommes occupé des uns et des autres. A gauche nous avons dans une étagère de forme circulaire l’exposition de la Société française d’orfèvrerie et d'objets d’art.


Plaqué ou doublé de cuivre.

A la couleur et à l’éclat qui leur assignent le premier rang dans la décoration et dans la parure; à l’absence complète d’odeur et de saveur; à l’inaltérabilité par l'air et par les acides végétaux ; à ce privilège unique d’une égale prééminence de beauté et de pureté, l’or et l’argent joignent cet avantage que ni leur extraction, ni leur traitement, ni leur mise en œuvre* n’offrent pas de difficultés qu’une civilisation naissante ne soit en état de vaincre. Aussi l’orfèvrerie d’or et d’argent semble-t-elle aussi ancienne que la Société elle-même. « Abraham, dit la Genèse, était très-riche en bétail, en argent et en or. » On faisait déjà des vases, des ornements, des statues en métaux précieux , et l’art de les travailler acquit de bonne heure une perfection telle que les anciens procédés n’ont été surpassés que depuis la création de la chimie moderne.

Mais ces métaux n’étaient pas assez abondants pour que les besoins auxquels ils répondent pussent être satisfaits, si on n’eût trouvé l’art ingénieux d’accroître la somme d’utilité qu’on peut retirer d’une quantité donnée d’or et d’argent. L’orfèvrerie massive est nécessairement le privilège des grandes fortunes. Il n’en serait pas de même d’ouvrages qui, fabriqués en métaux ou en alliages vulgaires, emprunteraient aux métaux rares un vêtement de beauté et d’inaltérabilité. Grâce à cette parure et à cette protection, un corps humble d’aspect, et prompt à contracter au contact de l’air des propriétés toxiques, deviendrait admissible dans la décoration et dans les usages domestiques. La jouissance des propriétés de l’or et de l’argent serait mise ainsi à la portée d’un plus grand nombre, et un premier pas serait fait dans ce travail de diffusion du beau et du bon, si activement poursuivi par la civilisation moderne.

Or les propriétés physiques et les affinités chimiques de l’or et de l argent rendaient ce premier pas aisé; aussi l’orfèvrerie d’imitation remonte-t-elle à une très-haute antiquité.

L’étalage de la Société française d’orfèvrerie et d’objets d’art nous montre l'âme ou le métal intérieur des pièces destinées à être recouvertes d’argent. C’est la seule partie des travaux de l’orfèvre qui pouvait prendre place parmi les produits de la classe 40. Les procédés employés par la Société susdite pour donner la l'orme requise aux pièces qu'elle fabrique, sont des plus ingénieux. Ainsi, pour nous en tenir à ce seul fait, le vase qu’on voit au haut de l’étagère, a été obtenu sans matrice ni soudure par la seule pression de l’eau.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée