Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Chalet mobile

Chalet mobile à l'exposition de Paris 1867

Grâce à M. Waaser, on pourra, comme la tortue ou comme Bias, porter tout avec soi, et même sa maison.

Tel est, au reste, le but que s’est proposé l’ingénieux exposant qui a placé sous nos yeux ce joli chalet mobile entièrement construit en bois.

Dans les régions du Nord, où la température permet et commande même les habitations en bois, le chalet mobile de M. Waaser sera admirablement à sa place. Les propriétaires n’ont qu’à bien se tenir; la vente des terrains y deviendra un mythe, chacun louera l’emplacement de sa demeure et, à la moindre augmentation de loyer, on pliera maison et bagages pour s’installer quelques lieues plus loin.

Voyez-vous d’ici tout une ville composée de chalets Waaser s’enfuyant de la frontière pour s’établir à l’intérieur, afin d'éviter les atteintes de la guerre?

Cette application est sans doute imprévue pour notre exposant qui a visé un but infiniment plus simple et plus agréable en fait de perspective.

La campagne, le bord de la mer, tel est l’objectif du type de construction dont notre gravure retrace fidèlement l’aspect général. La silhouette en est fort gracieuse , et si, avec les simples frais de notre imagination, suppléant avantageusement à ceux du chemin de fer quelque faibles qu’ils soient, nous transportons cette charmante habitation à Étretat ou a Trouville, et que nous usions immédiatement du belvédère intelligemment placé à son sommet, nous jouirons d’un coup d’œil splendide; l’Océan avec ses houles, les plages avec leurs pittoresques sinuosités, les coteaux avec leur verdure formeront un paysage enchanteur qui appellera la concentration de nos désirs vers les douceurs de la villégiature. Mais ouvrons les yeux; placé au Champ de Mars, ce belvédère nous permet d’embrasser la vue générale du Parc et du Palais, et comme ce spectacle est assez rare, nous nous en contenterons, s’il vous plaît, pour le moment.

Or, l’habitation est aussi complète pour l’usage qu’elle est agréable pour le regard. Le sous-sol et l’office, dont les matériaux peu coûteux se trouvent en tous pays, sont seuls immobiles; au-dessus , un rez-de-chaussée élevé sur des dalles sciées mécaniquement et glissant dans des rainures, contient un salon, une salle à manger, un office, un salon de fleurs et une antichambre desservant toutes les pièces. Au premier étage, quatre chambres à coucher. Sous les combles, une chambre d’ami et quatre de domestiques, puis la terrasse et le belvédère.

Des vides ménagés dans les cloisons extérieures arrêtent la chaleur, l’humidité ou le froid; et comme il entre très-peu de plaire dans cette construction, on n’a pas à attendre, avant de l’habiter, l’effet de l’air ordinairement nécessaire pour sécher les murailles.

Ce qui va suivre regarde MM. les architectes: mais comme aujourd’hui tout le monde est quelque peu possédé de la manie de la truelle, j’ai la confiance que peu de lecteurs passeront ce petit paragraphe.

L’ossature du chalet est en bois ; des feuillures et des rainures habilement disposées reçoivent les dalles, extérieures et intérieures, d’une épaisseur variable.
Les boulons et les chevilles en fer qui composent tout le système d’ajustage sont soigneusement dissimulés; enfin, la couverture en ardoise est posée suivant un système de crochets dont MM. Monduit et Béchet sont les propriétaires.

Qu’on me permette de signaler un détail d’exécution pour terminer cette courte description :
Pendant le temps que l’on met à construire dans l’atelier les différentes pièces du chalet, on creuse et on termine les fondations, de sorte que le montage peut s’effectuer d’une manière très-rapide. Times is money disent les Américains, qui ont inventé les premières maisons roulantes: M. Waaser a trouvé qu’ils avaient raison.

Il a plu à notre dessinateur de compléter la vue du chalet de M. Waaser en nous donnant la reproduction fidèle d’un des plus jolis salons du rez-de-chaussée.

Or, dans ce salon il y a du chocolat.— S’il n’y avait que du chocolat encore ! Mais il y a des vins, de la bière, tout l’attirail des nectars modernes qui ont envahi les salons.contigus à celui du chocolat ainsi que le sous-sol concédé à M. Brizard pour y faire déguster de l’excellente bière de Vienne; notre dessin représente justement l’entrée de ce caveau, — tel est son nom, — installé dans une partie de l’Exposition qui était totalement privée de rafraîchissements.

Il faut bien avouer cependant que l’exhibition des boissons aurait fort peu de charmes si l’on se contentait de placer dans une vitrine grillée une tasse de chocolat ou une bouteille de chateau-laffitte ! Comment juger du mérite? par la forme de la bouteille ou l’enveloppe du chocolat? Trompeuse est souvent l’étiquette, a dit un moraliste; or l’on ne pouvait décemment admettre les dégustateurs dans les galeries du Palais. M. Waaser, plus libre dans le Parc et dans sa maison de campagne, a donc donné asile à M. Chambrault, l’auteur et l’éditeur responsable des chocolats en question.

Si je dis éditeur, ce n’est point pour ajouter aux titres de M. Chambrault une épithète oiseuse. Il y a tout un système dans la manière dont cet exposant entend son industrie.

Outre une fabrication consciencieuse, telle que nous la souhaitons pour ces aliments délicats qui sont les soutiens les plus estimés des estomacs débiles, outre un choix tout spécial de machines et d’ouvriers capables, notre exposant, qui a des idées arrêtées sur les questions d’instruction publique, a inauguré une combinaison de primes utiles et ingénieuses.

Des acquisitions d’une certaine valeur donnent droit à des volumes extraits d’une collection d’ouvrages de culture, d’économie, de science, d’art et de littérature, de sorte que tel qui veut nourrir son estomac, alimente du même coup sa bibliothèque : aussi certaines communes agricoles ont-elles saisi avec empressement cette occasion d’acquérir gratuitement des ouvrages qui leur étaient nécessaires.

Il y a dans cette manière de procéder un germe de la combinaison qui a donné naissance aux Magasins Réunis : l’économie par la dépense; en effet, un achat chez M. Chambrault dispense d’un autre achat aussi utile et qu’on aurait dû faire de toute façon.

L’enquête agricole que MM. les ministres de l’agriculture et de l’instruction publique ont entreprise, et d’après laquelle ils exprimaient à Sa Majesté l’Empereur le désir de voir l’agriculture enseignée dans toutes les écoles communales, a produit dans le cas qui nous occupe un résultat inattendu.

C’est elle, en effet, qui a suggéré cette idée à M. Chambrault; aussi lui restituant son véritable caractère, nous avons pensé devoir consigner ce résultat, qui dans une publication comme la nôtre, écho d’une Exposition où tout s’expose, jusqu’aux idées, n’est nullement déplacée.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée