Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Kiosque japonais

Kiosque japonais à l'exposition de Paris 1867

Le kiosque japonais élevé dans la galerie du travail plaît par l’originalité de ses détails et le sentiment d’élégance et d’harmonie qui a présidé à sa conception. C’est un heureux pastiche des élégants pavillons de repos que les Daïmios se font construire dans leurs immenses jardins des bords de i’Okava.

Le portique qui précède le kiosque rappelle celui du temple de Juannon, un des sanctuaires les plus vénérés du Japon. C’est dans ce temple qu’est logé le cheval sacré, à la robe sans tache, qui, chaque jour, à la même heure, est conduit en grande cérémonie devant l’idole de Juannon-Sama. Un des prêtres demande à la déesse si elle désire sortir de sa demeure et ordonne, après avoir attendu une réponse qui continue à se faire attendre, de ramener l’animal à l’écurie.

Le kiosque est exhaussé de quelques pieds au-dessus du sol; au centre est installée la vitrine qui renferme les magnifiques porcelaines envoyées par le Taïcoun ; les angles sont occupés par des objets en bronze admirables ; impossible à l’œil le plus exercé d’y découvrir la plus petite trace de suture ; les sculptures sont d’une délicatesse inouïe.

Au dehors du kiosque se trouvent les nommons (litières) du tout-puissant Taïchiou de Tazouma. Les voitures ne sont pas connues au Japon ; à peine y voit-on quelques lourdes charrettes traînées par des bœufs. Les voyages se font à pied ou dans des chaises étroites et incommodes appelées kangas. Les nobles seuls ont le droit de se servir du norimon dont la forme et la grandeur varient suivant le rang du propriétaire.

Autour des norimons sont les gardes du corps du Taïchiou. La tenue guerrière des Japonais n’a pas changé depuis plusieurs siècles; leurs armures rappellent d’une manière frappante celles de nos anciens chevaliers: casques, cuirasse, brassards, cuissards s’y retrouvent. Le tout est d’une composition assez dure, quelquefois doublée de métal, recouverte de laque, bonne pour les combats à l’arme blanche, mais he pouvant résister aux balles de carabine. Les ornements sont fort riches et d’une grande diversité; les chefs portent par-dessus leur cuirasse une espèce de cotte en soie tressée de couleurs différentes. Sur leur casque se dressent des figures singulières affectant des formes terribles: des têtes de monstres, des cornes de cerf ou de bœuf d’une grande hauteur; des aigrettes en or ou en argent de toutes formes ; derrière leur dos, flotte un étendard aux couleurs éclatantes; quelques-uns même portent un masque noir en fer, garni d’une moustache postiche en crins blancs qui leur donne une physionomie hideuse. Tout cet appareil est destiné à répandre une salutaire terreur dans l’âme de l’ennemi et à le forcer à la fuite, avant de combattre, ce qui est la meilleure façon de faire la guerre.

Ces étranges guerriers sont chargés d’un véritable arsenal :-derrière leur dos, l’arc et le carquois. A leur ceinture, les deux sabres qui sont le signe distinctif de la noblesse au Japon ; enfin, à la main, ils portent la longue lance à la hampe garnie de nacre. Le fer des lances est enveloppé dans de solides étuis en cuir ; c’est en vertu d’une loi fort sage, édictée dans tout le Japon. Si une grande partie de la population a le droit de porter des armes, personne ne peut dans la rue, si ce n’est dans le cas de légitime.défense, tirer son sabre, sans encourir les peines les plus graves : le coupable s’expose à être condamné à mort après avoir été déclaré déchu de la noblesse. Dans la province de Tazouma, où les habitants passent pour avoir le caractère ardent et querelleur, la loi se montre plus sévère encore. Si en public, un homme a tiré son sabre contre quelqu’un.

il ne lui est plus permis de le remettre au fourreau sans avoir terminé un combat à mort ; il doit lutter jusqu’à ce qu’il tombe ou qu’il tue son adversaire. Sort-il vainqueur de ce duel, il n’est point à l’abri, s’il a été l’agresseur, de l’impitoyable loi qui le condamne à la dure alternative de s’ouvrir le ventre ou de subir la pejne capitale. Si, au contraire, il n’a fait que défendre sa vie, il n’est ni puni, ni blâmé ; mais, même dans ce dernier cas, s’il avait pris la fuite, il ne serait pas jugé digne de survivre à cette honte, et devrait encore choisir entre une mort volontaire et l’échafaud. En somme, on est à peu près sûr de perdre la vie d’une manière quelconque. C’est ce qui explique pourquoi les fers de lance et de pique sont enveloppés si soigneusement ; on n’enlève les étuis qu’en cas d’expédition militaire ou lorsqu’on se trouve dans un pays étranger et hostile, ce qui n’est pas le cas à l’Exposition universelle.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée