Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Engins de chasse

Engins de chasse à l'exposition de Paris 1867

Les engins de chasse ?... Cela est bien facile à dire ; mais la plupart de nos lecteurs vont se demander en quoi cela peut bien consister? Je vois d’ici les érudits se reporter en imagination aux nombreuses gravures qui remplissent les livres spéciaux sur ce sujet, livres qui se perpétuent en se copiant l’un l’autre avec naïveté, sans penser à s’enquérir s’il existe encore en France, à l’heure qu’il est, matière à engins de chasse ! Pour nous en assurer, passons en revue les quelques engins qui peuvent encore exister; cela ne sera pas long.

Tout d’abord, la loi — dure loi ! — nous force à mettre de côté les engins applicables aux chasses autres que celles du fusil. Adieu le cour cailler, fait de l’os du lièvre et qui répète si bien le fameux Paie-tes-dettes de la caille ! Adieu les filets de soie verte, les nappes que, dans mon enfance, nous allions tendre aux blés verts et aux prairies pour prendre la caille !' Adieu l’appeau des perdrix grises et des perdrix rouges ! Adieu la pipée, joyeuse par ses déconvenues et quelquefois par ses réussites ! Et les gluaux, et la feuille de lierre! et les appeaux! Adieu les filets des battues au lièvre!... Adieu la tirasse et le drap des morts ! etc.... etc....Adieu tous ces engins qui ne furent inventés que lorsqu’il y avait du gibier en France, et qui ont servi à le faire, à peu près disparaître! Que nous reste-t-il?

Nous ne pouvons guère comprendre sous le nom d'engins de chasse, les grands filets ou halliers, les panneaux, que l’on emploie à la prise des cerfs, des daims et des chevreuils pour le peuplement des parcs. Combien reste-t-il de particuliers qui emploient ces engins-là? Et d’ailleurs, — autre bonne raison — je ne pense pas que personne en ait exposé.

Persévérons dans notre dénombrement.
Que nous reste-t-il? Ah ! les pièges....Il y a d’abord le piège à loup, ainsi nommé, probablement, parce qu’il ne se tend plus guère que contre les hommes. Un animal très-facile à prendre, — entre parenthèses, — tandis que l’autre, — celui pour lequel a été construit le piège, — est tout le contraire, et possède, en ce cas, beaucoup plus d’esprit que le premier. Effectivement, vous êtes possesseur d’un parc ou d’un enclos quelconque; vous vous décidez à user du piège à loup, vous commercez par écrire la phrase sacramentelle sur un certain nombre de pancartes qui dépassent les murs. Voilà le public averti. Vous mettez des pièges ou vous n’en mettez pas, ceci est une affaire de tempérament; mais si vous en mettez seulement une dizaine, vous êtes à peu près sûr de prendre le premier gamin en rupture de ban qui viendra humer l’air dans vos propriétés. Au lieu de cela, vous pouvez hardiment tendre cinquante pièges, et il est probable..., non, il est certain, que vous ne prendrez pas un seul loup ! Cela, pour deux raisons. La première, c’est que les loups ne sont pas communs dans notre pays. Il y en a bien, dans certaines contrées, une honnête quantité; mais leurs dégâts paraissent toujours énormes en comparaison du nombre des déprédateurs. Seconde raison: c’est que le loup est servi par un odorat merveilleux, une vue excellente et qu’il a pris, de bonne heure, l’habitude de toujours regarder où il pose le pied. Aussi, rien n’est difficile à prendre au piège comme le loup et son cousin le renard. Ce ne sont cependant pas les pièges qui manquent, — il y en a de très-beaux,— ce sont les animaux pour mettre dedans.

En revanche il ne manque pas non plus de pièges à putois, à fouines, etc., etc.; ceux-la servent un peu plus souvent, mais leur manœuvre n’est pas toujours suivie de succès. Enfin nous n’avons rien à en dire, il n’y a rien là de nouveau.

Et les engins de chasse ? Restent les sacs à plomb et les poudrières. Il est bien possible que là-bas, tout là-bas, au milieu des roches druidiques de la basse Bretagne, au fond des montagnes du Morvan, derrière les forêts des Vosges ou des Cévennes, dans un pays oublié, perdu, antédiluvien, se rencontre encore un chasseur — outre moi — qui se serve du fusil à baguette, mais, je l’avoue, je renonce à le trouver. A moins que ce ne soit en Vendée — parce que là, si l’on regarde aux solives de chaque chaumière, on trouve un vieil engin qui sert à tout, au besoin. — Je ne rencontre plus partout que fusil> à mécanique. Je ne blâme rien, je constate. En Beauce, le premier paysan venu a son Lefaucheux, souvent très-beau, en tous ca» très-bon : en Bretagne, tout là-bas, comm-le paysan ne chasse guère, c’est le propriétaire qui est armé d’un semblable fusil. Partout c’est la même chose. A quoi donc alors peuvent servir les magnifiques sacs à plomb, les poires à poudre argentées, émaillées, etc., etc., qui resplendissent dans les vitrines? Qui se met encore ces harnais au côté? Chose extraordinaire ! la cartouchière, cette autre machine si incommode, — mais que les temps étaient parvenus à perfectionner, — la cartouchière brille par son absence ! Que veut dire un tel oubli ? Car, enfin, je sais bien que le fusil Lefaucheux est, depuis l’année dernière, une invention déchue, oubliée, antédiluvienne à son tour, mais la nouvelle.... celle de cette année, Y aiguille, grosse, fine, courbe ou droite, à coudre ou à découdre, l’aiguille n’a point aboli la cartouche ' Or il faut mettre celle-ci quelque part ! A moins que le public n’en soit arrivé à reconnaître,— avec son humble serviteur, — que les cartouches pourraient très-bien se placer dans la poche avant de se glisser dans le fusil. L’instruction publique fait chaque jour des progrès si étonnants !

Et les engins de chasse?... Nous arrivons, nous arrivons tout doucement, en procédant par élimination. Il nous reste le vrai, le seul engin, le fusil. Mais ici nous devons, avec beaucoup de chasseurs, nous poser cette question : pourquoi la Commission a-t-elle mis le fusil de chasse dans une autre classe? Si la réponse nous semble facile, elle n’en demeure pas moins spécieuse. On avait dit : engins de pêche, on a ajouté — cela va tout seul — engins de chasse. — Mais le fusil dont on se sert habituellement n’est, en définitive, qu’un diminutif d’armes plus sérieuses ; on a donc pensé réunir l’un à l’autre ces engins dont la destination est — quoi qu’on en dise ! — si différente, malgré leur communauté d’origine et de fabrication. Cela a été une faute, croyons-nous, mais nous nous taisons parce que cela ne nous regarde pas, et que d’ailleurs il n’y a plus de remède. Ah! si nous avions eu des cannes de guerre, des hameçons à aiguille et des moulinets à percussion centrale, tous nos engins de pêche auraient suivi leurs camarades de chasse, et l’on eût laissé dans leur classe, — alors complète, — les produits fournis par les engins de l’une et de l’autre catégorie. Mais, hélas! nous n’avions point cet avantage, et pour isoler les engins de pêche, on a cru devoir couper en deux les engins de chasse et leurs accessoires.

Quoi qu’il en puisse être, nous ne suivrons pas le même ordre, et nous allons dire ici quelques mots du fusil, avec ou sans aiguille, le principal engin, évidemment, de la chasse au dix-neuvième siècle, et celui qui — du train dont on y va—en verra la fin d’ici à peu d’années ! Qu’on ne croie pas que nous sommes les louangeurs du temps passé ! Au contraire. Les armes modernes sont incomparablement supérieures sous tous les rapports aux armes anciennes, mais ce qui est inférieur c'est la quantité du gibier. Ce que je vais écrire est peut-être très-rebattu, mais cela n’en est pas moins vrai, et, chaque année, on le répète sans que personne s’occupe du remède à y appliquer. Tant que le chasseur trouvera une dernière perdrix, il se dira : après moi le déluge ! Ce ne sera que quand, au premier septembre, on ne trouvera plus rien, que, cette année-là, on s’avisera de repeupler les chasses. Il sera bien temps !

Certes, je n’ai pas l’âge d’un patriarche, et cependant j’ai vu paraître l’usage des fusils se chargeant par la culasse; un des premiers j’ai préconisé ce perfectionnement dont les avantages étaient considérables, mais je ne crois pas me tromper en disant aujourd’hui,— après 25 ans, — que le perfectionnement de la charge du fusil a permis de tuer plus de pièces qu’avant et que, par conséquent, il a aidé à la dépopulation en gibier de notre pays. De même j’approuve, — et c’est ce qu’il y a de mieux à faire, — l’invention des fusils à aiguille, mais je ne puis m’empêcher d’y voir encore une étape vers le dépeuplement absolu.

Enfin ! puisque la voie est tracée, suivons-la.

Naturellement le nombre des systèmes exposés est considérable, mais la quantité des perfectionnements réels et commodes ne se montre pas si grande qu’on le croirait. En France, le perfectionnement de l’aiguille est arrivé en son temps et en son lieu. Il y a si longtemps qu’on s’y occupait de Y inflammation centrale de la charge, il y a si longtemps que tous les systèmes à verrous n’étaient, en définitive, que des aiguilles plus ou moins mal définies, que l’adoption des idées nouvelles s’est faite sans aucun effort. On a marqué un pas en avant, et tout a été dit. En somme, pour la chasse, la conversion n’est pas si radicale que pour l’armée, ce dont je blâme au reste les armuriers. Il faut admettre un principe dans toutes ses conséquences. Presque tous les fusils de chasse français ne sont que des compromis entre l’ancien et le nouveau système; je les appellerais volontiers des fusils transformés : chez presque tous c’est le chien — le chien ! — qui pousse une aiguille. Hé.! qu’y a-t-il besoin de chien ? du vieux chien sacramentel?....Le chasseur y est habitué, direz-vous, et puis, il voit mieux quand son fusil est armé. Mauvaise raison, inventez autre chose ! Fi du chien antique ! fi du vieux.... il faut du nouveau.... inventez du nouveau, n’en fût-il plus au monde !

Autre tendance des armuriers d’aujourd’hui. Tous les chasseurs — depuis le fusil à cartouche — ont tant pesté contre la difficulté de retirer du canon les débris de cette cartouche et contre les ennuis qui en sont la suite, que les fabricants ont dû chercher les moyens de rendre certaine une manœuvre qui n’était pas toujours facile. En ce moment, la mode est aux canons qui, en basculant, font sortir le culot de la cartouche et permettent, par conséquent, de le saisir avec les doigts et de le retirer sans difficulté. Cela va très-bien, nous l’avouons, tant que c’est neuf, nettoyé et sans la crasse de l’usage ; mais un fusil est un outil destiné à servir, et à servir au milieu de la poussière, de la pluie, etc. Ces mécanismes me semblent bien fragiles, et,,— le dirai-je? — bien précis, pour fonctionner longtemps.

Les exposants belges ont envoyé une nombreuse députation de fabricants, dont tous les noms se retrouvent, à Paris, sur les fusils de la plupart de nos chasseurs. Nous avons examiné, dans cette exposition, un système de fusil de chasse à canons tournants d’une grande simplicité. C’est là une nouveauté : nous avions vu, — il y a quelque 20 ans, des canons tournants, mais toujours dans un plan horizontal, le fusil tenu en équilibre sur la main gauche : ceux-ci, au contraire, tournent autour d'eux-mêmes, on ne peut pas dire dans un plan vertical, mais l’entrée des chambres à cartouche vient se placer à côté de la platine du coup droit. C’est simple, simple, comme tout ce qui est vraiment utile!

L’Exposition allemande dont notre vignette reproduit le dessin est la mieux et la plus originalement ornée de toutes celles du palais. Elle forme une sorte de petit salon à jour dont les murs sont représentés par des armes que l’on peut ainsi admirer du dedans et du dehors; joignons à cela une décoration, — peut-être trop compliquée, — de trophées, bois de cerf, de chevreuil, défenses de sangliers, etc., etc., et l’on aura une idée de ce petit Buen-Retiro des chasseurs en quête d’une arme de choix. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que là toutes les armes, grandes et petites, sérieuses ou de luxe, de guerre ou de chasse, sont, sans exception,... à aiguille.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée