Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Porcelaine de Saxe

Porcelaine de Saxe à l'exposition de Paris 1867

LA MANUFACTURE DE MEISSEN.

Quoique d’une irrécusable authenticité, l’histoire des commencements de la célèbre manufacture de Meissen a l’air d’une légende.

En 1701, vint se fixer à Dresde, sous la protection de Frédéric-Auguste Ier, électeur de Saxe et roi de Pologne, un alchimiste nommé Johann-Friedrich Böttcher. Il était né à Schlaiz en Voigtland, le 4 février 1682. Placé en apprentissage chez le pharmacien Zorn à Berlin, il y avait fait d’assez heureuses expériences pour s’attirer l’attention et la sollicitude intéressées du roi Frédéric-Guillaume Ier, et las d’être épié dans ses travaux, il avait pris le parti de s’évader.

L’électeur donna au réfugié pour collaborateur Ehrenfried Walter de Tschirnaus, qui cherchait alors le secret de la porcelaine dure des Chinois.

L’inventaire, après décès du duc d’Anjou, dès 1360, mentionne une escuelle d’une pierre appelée pourceHaine ; celui de Charles VI, en 1391, une petite pierre de porcelaine ; mais les produits de la Chine et du Japon n’étaient répandus en Europe que depuis le commencement du seizième siècle. Parmi ceux qui avaient essayé de les imiter, un seul, nommé Morin, avait à peu près réussi. En partant de ce principe que la porcelaine était une poterie blanche et transparente , couverte d’un émail, il avait trouvé, en 1695, la pâle tendre, c’est-à-dire un mélange de craie, de silicate de soude et de marne, revêtu d’une glaçure fusible dont la base était un oxyde de plomb.

Il s’agissait de découvrir la pâte dure qui se compose de silicates alcalins, que les Chinois appellent petun-tsé; d’un silicate d’alumine hydraté, substance argileuse et infusible qu’ils nomment kaolin; et d’une couverte dure et infusible de quartz et de feldspath broyés.

Tschirnaus s’était fourvoyé dans des essais de vitrification incomplète; Böttcher fit des recherches au vrai point de vue de la céramique, et il débuta par fabriquer des vases, des aiguières de grès rouge vernissé, rehaussé de fleurs, d’écus armoriés, de feuillages d’or, non fixés par le feu.

L’électeur et roi Frédéric-Auguste Ier fut saisi d’un tel enthousiasme, qu’à partir de ce jour il ordonna de garder l’inventeur à vue, et de ne le laisser sortir qu’accompagné d’un officier, afin de l’empêcher de communiquer ses secrets aux puissances étrangères.

Böttcher avait une magnifique résidence à Meissen, mais il y était captif. Lorsqu’en 1706 les Suédois envahirent la Saxe, il eut à transférer, dans la forteresse de Konigstein, son laboratoire et ses fourneaux. Ils y restèrent jusqu’au mois de septembre 1707, où ils revinrent triomphalement à Dresde, sur la belle terrasse de Brühlsche qui domine le cours de l’Elbe.

Tant d’efforts de soins et de précautions menaçaient d’avorter, quand un maître de forges, nommé Johann Schnorr, s’embourba en passant sur le territoire d’Aue, près de Schneeberg.

La poudre et les perruques étaient alors dans toute leur vogue. »

L’embourbé, qui était un homme industrieux, imagina de vendre, au lieu de farine de froment, comme poudre à poudrer, la terre blanche et molle où son cheval avait piétiné.

Un proverbe dit : « Tel maître tel valet. »

Slunker, valet de chambre de Böttcher, avait l’habitude de l’observation, et il ne put s’empêcher de dire à son patron :
« Voilà un phénomène singulier! votre poudre est bien plus lourde qu’à l’ordinaire! »

Böttcher eut l’éveil, et analysa la terre pulvérisée.

C’était du kaolin !

Grâce à la complicité du hasard, la porcelaine dure avait été trouvée.

La manufacture royale de Saxe fut aussitôt organisée sur une large échelle. L’électeur-roi l’installa solennellement, le 6 juin 1710, dans le vieux château historique d’Albertsburg, à Meissen. Elle offrit à l’Europe émerveillée, tantôt de belles imitations des porcelaines de la Chine, tantôt des produits originaux. Elle avait pour marque un A et un R entrelacés, Augustus-rex. Elle adopta ensuite deux épées en croix dans un triangle, puis deux épées sans encadrement.

A Böttcher, décédé en 1719, succédèrent Horoldt, peintre et modeleur; l’habile sculpteur Kandler, le peintre Dietrich. Ce fut de leurs mains que sortirent les jeunes seigneurs pimpants, les bouquetières, les petites maîtresses, les servante^ accortes, les bergères enrubannées, les amours mignons, et tant de ravissantes figurines, dont il existe une admirable collection à Paris même, rue Royale, au dépôt de la manufacture de Saxe. Ce petit, mais riche musée céramique, contient aussi, du même temps, un service de vingt-quatre couverts, décorés d’oiseaux auxquels l’artiste a donné le mouvement et la vie.

La manufacture royale deSaxe, se montre, à l’Exposition de 1867, digne de sa vieille renommée. Elle a surmonté d’énormes difficultés en produisant le vase colossal qui occupe le centre de son étagère. Les candélabres qui l’accompagnent ne sont pas moins remarquables. Alentour sont disposés des vases dont les décorations sont empruntées . aux compositions de Bendemann, de Raphaël, de Thorvaldsen, de Schnorr, de Barolsfeld; des coffrets; des figurines d’une finesse d’exécution inimitable. Aux parois de cette espèce de chapelle céramique sont appliquées des glaces en biseau, dont les cadres de porcelaine dépassent en richesse les cadres de bois les plus délicatement fouillés. Au plafond pendent des lustres pareils à des buissons fleuris, dont les branches, chargées de bouquets, abritent des nichées d’amours et d’oiseaux.

Une innovation récemment réalisée à Meissen, après de longs et laborieux essais, c’est l’imitation des anciens émaux de Limoges, en pâte dure. Les sujets sont peints en grisaille sur un fond bleu turquin ; les produits obtenus rappellent les œuvres de Pénicaud, de Léonard et de Pierre Raymond.

La manufacture de porcelaine de Saxe est une de celles qui vont se disputer la grande médaille d’honneur. Cette haute marque de distinction ferait bien sur l’antique bannière de cette doyenne de l’art céramique, qui, non contente de sa gloire séculaire, s’efforce par des soins et des travaux assidus, de prouver qu'elle est toujours jeune.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée