Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Groupe V-III

Groupe V-III à l'exposition de Paris 1867

Produits de l’exploitation des mines et de la métallurgie.


FONTES MOULÉES SANS RETOUCHES.

Un portique en fonte sortant de l’usine de Tusey (Meuse), que dirige M. Zégut, ancien associé de M. Durenne, à Sommevoire, nous introduit dans la seconde des salles qu’occupe l’industrie métallurgique. Un peu plus loin, la même usine expose toute une collection de fontes d’ornement également remarquables comme œuvres d’art et comme œuvres d’industrie, par la beauté des modèles et par les difficultés magistralement vaincues de leur exécution. Naguère réservée aux plus grossiers usages, la fonte partage aujourd’hui avec le bronze le privilège de revêtir la forme sacrée des déesses ; c’est le bronze du peuple, réservé à un immense avenir.


Aciers Bessemer et autres.

Après le portique de Tusey, nous trouvons à droite les aciéries d'Imphy-Saint-Seurin, dont l’habile directeur, M. Jackson, a introduit et naturalisé en France le procédé de Bessemer pour la fabrication de l’acier.

On sait que cette méthode métallurgique a pour but d’obtenir directement de l’acier fondu en faisant passer un courant d air dans la fonte liquide. La découverte capitale de M. Bessemer est d’avoir reconnu que le courant d’air, loin de refroidir le métal en fusion comme on aurait pu le croire, l’échauffe au contraire en brûlant les corps plus oxydables que le fer qui se trouvent dans la fonte.

Ce nouveau procédé d’affinage n’exige donc aucune consommation de charbon ; les métalloïdes contenus dans la fonte sont les véritables combustibles qui en s’oxydant produisent la température utile à l'opération.

Lorsqu’une fonte contient les éléments de l’acier, et quand en outre les corps nuisibles qui s’y trouvent peuvent être enlevés par le courant d’air sans détruire l’aciération, l’acier Bessemer est obtenu immédiatement, en arrêtant l’affinage au moment où les corps inutiles ont été oxydés.

Mais, dans la plupart des cas, pour produire un acier pur et surtout un acier d une qualité déterminée, on a intérêt à éliminer complètement tous les métalloïdes qui existent dans la fonte, à produire du fer et même du fer azoté ou brûlé; on reconstitue ensuite l’acier en mélangeant le fer azoté avec une fonte aciéreuse. Dans ces circonstances, la fabrication de l’acier par la méthode Bessemer est d’une simplicité merveilleuse : tout se réduit en effet à introduire dans du fer fondu et complètement affiné, des quantités variables de matières aciéreuses, lesquelles se trouvent dans une fonte convenablement choisie.

Tel est le procédé dans son ensemble : la description des appareils ne saurait prendre place ici; quant aux produits, l’exposition de M. Jackson en est presque exclusivement composée.

M. le colonel Treuille de Beaulieu, rendant compte en qualité de membre du jury international des pièces d’artillerie qui figuraient à Londres en 1862, di-ait dans son rapport : « Si M. Bessemer parvient à pouvoir fondre de grandes masses avec régularité et sans soufflure, il est incontestable qu’il aura tranché la question de l’acier comme métal à canon, car c’est l’élévation du prix de revient qui est aujourd’hui la difficulté à vaincre. »

Si l’on en juge par le lingot d’acier de 7295 kilogrammes qu’expose M. Jackson, et par les belles cassures d’acier qu’il nous montre, il parait bien que le problème posé il y a cinq années par le rapporteur du jury français est aujourd’hui résolu. Aussi l’exposition des aciéries d’Imphy-Saint-Seurin a-t-elle un caractère des plus belliqueux. Les canons en acier y occupent les belles places. L’un deux, une pièce de 8, a été éprouvé à Ruelle. A côté sont des boulets cylindriques, projectiles en forme de bûche, destinés à agir comme emporte-pièces sur les murailles des navires; puis, des essieux d’artillerie. Mais la guerre n’est pas la seule préoccupation de M. Jackson; preuve ces essieux droits et ces essieux coudés de locomotive, ces beaux croisements de voie, avec rainures rabotées (type de la Compagnie des chemins de l’Est), et.... et ces canons de fusil en acier fondu.

En face de cet équipage tapageur est celui des aciéries et forges de Firminy (Loire) d’où l’acier fondu, l’acier raffiné et l’acier naturel ne sortent que sous forme de ressorts, de bandages d’essieux, de roues, de pièces montées et de pièces de forge. Puisse venir bientôt le temps où l’acier ne recevra que des emplois de ce genre.

Hélas ! à peine avons-nous fait un pas en avant, qu’au milieu d’un admirable assortiment de faux et de faucilles, d’aciers fondus pour tarauds, pour outils et pour matrices et des pièces d’acier moulé ouvragées par les aciéries d’Unieux, se dresse l’inévitable canon en acier fondu, et dans l’endroit le plus apparent, tout une collection de lames de sabres disposées en forme d’éventail.

Passons. Voici les hauts fourneaux de Maubeuge (Nord). Trente millions de kilogrammes de fonte d’affinage et de moulage, de fontes moulées et ouvrées, de fers marchands et de fers spéciaux en sortent chaque année. Mais que voyons-nous donc là, au beau milieu, sur cette tablette?... des boulets cylindro-coniques.

Les hauts fourneaux et forges d’Allevard (Isère) ne se sont pas contentés d’envoyer leurs produits et, au moyen de modèles en relief exécutés à une échelle convenable et de pièces à différents degrés d’achèvement, ils ont voulu nous initier à leur mode de fabrication. Heureuse pensée qui mérite la reconnaissance du public. Et puisse-t-elle trouver beaucoup d’imitateurs à l’exposition prochaine! Ces modèles nous montrent donc : 10 la production de la fonte par le traitement au bois des minerais carbonatés spathiques d’Allevard; 2° le puddlage pour acier de fontes spathiques au moyen des gaz du bois; 3° le corroyage des aciers bruts fait exclusivement au marteau pilon ; 4° la mise au profil et au rond par réchauffage des barres corroyées (ce sont les procédés ordinaires de laminage et de cintrage); 5° la soudure des cercles au moyen de trois mises; 6° enfin la mise, au diamètre par le moyen de laminoirs circulaires.

La société des hauts fourneaux et forges de Denain et d’Anzin ne pouvait évidemment envoyer au Champ de Mars l'équipage à trois cylindres au moyen desquels elle termine les fers profilés, les rails et les fers en T; mais à défaut de l’objet lui-même, elle nous montre un immense dessin qui le représente et dont la vue ne laisse rien à désirer.

Au milieu de la salle, le» usines de Marquise ont dressé en forme de monument quelques-unes de ces énormes colonnes en fonte qui, enfoncées dans le lit d’un fleuve et remplies de béton, servent dans un système aujourd’hui en faveur à former les piles des ponts.

Ce procédé, proposé en 1845 par un ingénieur inventif, M. Trigier, a été appliqué avec éclat, personne ne l'ignore, à la construction du pont de Kehl sur le Rhin, et plus récemment à celle du pont d’Argenteuil sur la Seine.

De cette exposition, nous pouvons rapprocher celle de la société des houillères de Commentry et de Montvicq et des fonderies, forges et ateliers de construction de Fourchambault, Montluçon, Torteron et la Pique qui nous montre toute la série des tuyaux de conduite fournis par elle à la ville de Paris, et déposés concentriquement par ordre de grosseur en une seule colonne et une coupe qui n’intéresse que la partie inférieure de cette colonne, laisse voir les tuyaux qui la composent, leur diamètre et leur épaisseur. Tous ont la même hauteur: 4m100 et la même épaisseur: 25 millimètres; le diamètre de celui qui renferme tous les autres est de 1m,100.

Sur ce dernier sont inscrits en lettres blanches les noms des villes auxquelles la compagnie a fourni de ces tuyaux; le nombre en est grand. Ils vont jusqu’à Madrid, jusqu’à la Réunion, jusqu’à la Guadeloupe.

A cela ne se borne pas, on le pense bien, l’exposition de la société dont la longue désignation a été transcrite ci-dessus. On y trouve un spécimen des colonnes du Palais dont nous détaillons les merveilles; des ancres, des changements de voie, des roues et des essieux de wagons; voire même un essieu d’artillerie pour affût de batterie. Une paire de roues de wagons porte le numéro de fabrication 79740. Une double étiquette, placée sous un coussinet éclisses et sous un coussinet cornière, nous apprend que l’usine a livré, du premier modèle, 2143 000 paires, pour une longueur de voie de 6500 kilomètres, et du second, 32 400 paires seulement; la longueur de la voie posée n’est encore que de 100 kilomètres.


La houille.

Un mot sur les houillères de Commentry et de Montvicq. La concession qu’elles exploitent est de 2180 hectares. L’épaisseur moyenne de la couche est, à Commentry, de 14 mètres. L’extraction a suivi la progression suivante: 1840,14000 tonnes; 1850, 90000; 1855-56, 240000; 1860-61, 370 000; 1865-66, 480 000 tonnes!

Partout la progression est la même, sinon plus rapide encore. La consommation de la houille était en Angleterre de 83 millions de tonnes en 1862, elle s’y est élevée en 1864 à 93 millions.

En tablant sur une augmentation annuelle de 2 775 000 tonnes seulement, sir William Armstrong arrive à conclure que dans un peu plus de deux siècles, l’Angleterre aura épuisé toutes les ressources en houille qu’on lui connaît.

On en découvrira ailleurs; soit. Les dépôts houillers de la seule Amérique du Nord sont huit fois plus considérables que ceux de l’Europe entière; je l’accorde. Mais les besoins de l’industrie croissent avec ses progrès, qui sont incessants; mais l’industrie prend chaque jour racine dans des contrées où elle était inconnue. Si considérables que puissent être les dépôts de houille, d’anthracite, de lignite, etc., un jour viendra qu’on en aura tiré la dernière pelletée. Que fera-t-on? Je n’en sais rien, mais je ne m’en inquiète pas. Non que le sort de ceux qui viendront après nous me trouve indifférent! mais j’ai foi dans l’indéfectibilité du plan général en vertu duquel ont été formés, il y a un nombre ignoré de millions de siècles, les approvisionnements qui constituent une de nos richesses présentes. Je crois que la puissance qui, dès l’époque houillère, préparait les progrès que l’industrie humaine devait réaliser vers la fin du dix huitième siècle de l’ère chrétienne, je crois que la Providence—pour l’appeler du nom que le genre humain lui donne — a prévu le cas qui nous occupe; que des ressources nouvelles, l’homme s’aidant, condition nécessaire et suffisante pour que le ciel lui aile, se révéleront en temps utile, et qu’enfin l’humanité, qui commence seulement à se débrouiller, n’enrayera pas pour cette raison bourgeoise qu’elle aura épuisé sa provision de combustible.


Encore des boulets!

La compagnie des fonderies et forges de Terre noire, La Voulte et Besseges, produit annuellement : houille, 150 000 tonnes; minerais de fer, 160 000 tonnes; fontes brutes, 94 000 tonnes; fontes moulées, 7500 tonnes; fontes moulées en tuyaux, 12 000 tonnes; fers, rails, tôles, etc., 50 000 tonnes; acier Bessemer, 50 000 tonnes. Mais quelle pauvre figure ferait en 1867 à une exposition universelle, le fondeur et le forgeron, qui n’aurait à montrer que des rails, des essieux et des engrenages ! Aussi la compagnie des fonderies et forges de Terre noire, etc., a-t-elle joint à ces prosaïques produits un assortiment suffisant de boulets et de bombes cylindro-coniques.

Montataire a des tôles magnifiques : une feuille longue de 11 mètres, large de 1m, 10, pèse 1197 kilogrammes; une autre, longue de 8 mètres, large de 1 “,60, pèse 1375JU1.A côté sont de ces tôles ondulées et à nervures qui servent pour couvertures sans avoir besoin de charpentes. On a un bel exemple de leur emploi dans une toiture de ce genre de 18"“,60 de portée établie dans le Parc même au milieu de l’avenue du palais à l’École militaire. Des bandages de wagons et de locomotives sans soudures méritent une mention. Un de ces bandages a 1m,755 de diamètre. La même compagnie a mis sous verre de beaux cristaux de sulfate de fer (couperose verte), entièrement exempte d’alun.

Les forges d’Audincourt ont également de belles tôles et de plus des cylindres de laminoirs à tôle, des cylindres cannelés pour fers ronds et carrés et...des boulets pleins ogivaux en fonte trempée.


Galvanoplastie.

La galvanoplastie, personne ne l’ignore, est l’art de déposer sur un objet métallique ou métallisé, en couches cohérentes et moulées exactement sur lui, un métal extrait de la dissolution dans laquelle cet objet est plongé.

Suivant les conditions de l’expérience, le métal précipité adhère intimement au corps sur lequel on opère, ou s’en laisse aisément détacher.

Dans le second cas, l’opération donne un moule exact de la pièce plongée dans le bain; c’est la galvanoplastie proprement dite. Dans le premier cas, l’opération a pour produit la pièce elle-même revêtue d’une enveloppe plus ou moins épaisse du métal précipité.

A cette dernière catégorie appartiennent les:

Revêtements métalliques sur fer, fonte et acier

Exposés par la Société qui exploite les procédés récemment inventés par M. F. Weil. Ces procédés permettent l’application directe d’un cuivrage adhérent sans l'emploi d’aucun de ces enduits (peintures au minium, de plombagine, etc ) qui altèrent les détails de l’exécution première.

Les procédés de M. F. Weil ont été décrits dans les Annales de chimie et de physique. Bornons-nous à dire que l’inventeur emploi des bains formés de sels ou d’oxydes métalliques tenus en dissolution alcaline, sodique ou potassique, soit (ce qui est le cas le plus fréquent) au moyen de certaines proportions
de matières organiques (acide tartrique, glycérine, albumine, etc.); soit encore par l’excès de l’alcali fixé lui-même.

Les revêtements métalliques s’opèrent à l’aide de ces bains avec ou sans le concours et le contact du zinc ou du plomb métallique, tantôt à la température ordinaire et tantôt à une température plus élevée.

Non-seulement le fer, la fonte et l’acier sont cuivrés avec solidité, mais en outre, ainsi que les visiteurs s’en assureront, on peut varier à volonté les couleurs et les tons des revêtements métalliques.

A la galvanoplastie proprement dite appartiennent les produits exposés dans cette salle par l’usine Christofle et Cie.

Ce sont de belles statues et d’admirables bas-reliefs, dont un de grande dimension représente une assomption de la Vierge. On sait en effet que l’usine qui nous occupe applique spécialement la galvanoplastie à la reproduction des objets d’art et des fines ciselures à la décoration des meubles, à la grande statuaire, à la gravure et à l’ornementation des objets d’orfèvrerie. Personne n’ignore non plus que la galvanoplastie n’est qu’une des branches de la reproduction de l’usine Christofle.

Elle emploie 1500 personnes. La moyenne des salaires des ouvriers et ouvrières est pour les hommes de 4 fr. 50 par jour, pour les femmes de 2 fr. 50. Soixante-quinze employés se partagent 195400 francs d’appointements. Tout ouvrier et ouvrière, ayant dix années de travail dans l’établissement, reçoit une dotation de 500 francs en livrets de la caisse d’épargne, incessibles et insaisissables. Cette dotation date de 1851. Plusieurs lits sont entretenus par l’usine aux asiles de Vincennes et du Vézinet. Ils sont destinés aux ouvriers et aux ouvrières convalescents. Ceux-ci sont secourus pendant la maladie par une caisse à la dotation de laquelle l’établissement contribue pour une somme de 1500 francs, et qui est alimentée par une cotisation de 50 centimes par quinzaine pour les hommes, de 25 centimes pour les femmes, et par les amendes. Celle caisse donne en cas de maladie : aux ouvriers mariés 3 francs par jour, aux ouvriers non mariés 2 francs, aux ouvrières 1 fr. 50. C’est avec plaisir que nous terminons par des renseignements d'un si bon exemple ce premier coup d’œil jeté sur les produits de l’exploitation des mines et de la métallurgie.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée