Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Guerrier Japonais

Guerrier Japonais à l'exposition de Paris 1867

Pourquoi avoir posé cette sentinelle immobile et si terrible d’aspect dans la galerie des machines?

Serait-elle à ressort? Se meut-elle? Va-t-elle puiser dans son arsenal de flèches ailées et diriger à l’improviste son arc contre le visiteur indiscret?

J’ai peine à croire que le guerrier en chair et en os, dont ce mannequin, fort bien réussi d’ailleurs, représente la physionomie, puisse lui-même se mouvoir bien à l’aise sous sa lourde armure et sous ses innombrables broderies. Évidemment, ce n’est pas avec ces soldats-là que le Taïcoum mettrait en déroute nos zouaves et nos chasseurs do Vincennes.

N’importe , ce spécimnen de l’armée japonaise est aussi curieux à étudier que sa présence est inattendue dans ces parages pacifiques de l’Exposition universelle.

On nous a exhibé ici un militaire des grades supérieurs. Le cavalier et son acolyte fantassin appartiennent à l’aristocratie de l’armée si j’en crois la cuirasse, la cotte de mailles, le casque orné du croissant surmonté d’un petit animal symbolique qui •semble vouloir se précipiter avant son maître sur l’ennemi.

Cet ornement me rappelle involontairement le célèbre chat du zouave qui ne l’abandonnait jamais au milieu des combats et miaulait de concert avec la terrible carabine de son maître.

Les soldats japonais n’ont pas d’uniformes; les officiers se mettent suivant leur fortune et leur goût.

Tout Japonais porte à sa ceinture un sabre d’environ trois pieds, un peu courbé et à dos très-large. Cela est compréhensible chez un peuple qui a coutume de s’ouvrir le ventre pour un oui ou pour un non.

Le signe distinctif des classes nobles et des militaires est d'avoir deux sabres qu'ils arrangent du même côté de la ceinture. La trempe en est excellente ; vieux, ils sont, dit-on, préférables aux meilleurs damas; les Japonais qui m’ont l’air d’être quelque peu les Gascons de l’Asie, prétendent qu’avec une lame de choix on fendrait un homme en deux de la tête aux pieds.

Les guerriers qu’on offre à nos yeux, l’un armé de l’arc, et l’autre d’une longue pique à large lame, ont la figure couverte d’un masque noir grimaçant d’une façon terrible.

La place de la bouche présente un trou béant armé d’une moustache noire, très-belliqueusement hérissée. Les cheveux ne se hérissent-ils pas aussi bien de peur que de colère! Il paraît que les anciens avaient coutume d’inspirer la crainte à leurs ennemis plutôt par l’horreur de l’appareil guerrier que par l’usage de leur propre courage.

« L’infanterie romaine, dit Machiavel, était ornée de panaches qui lui donnaient à la fois un aspect plus imposant et plus terrible. »
Le trou qui représente la bouche du Japonais est contracté comme pour lancer un cri de guerre.

L’organisation de l’armée japonaise répond à peu près à celle de toutes les armées connues : cinq soldats ont un homme qui les commande, ce qui rend inexacte au Japon la fameuse distinction de : quatre hommes et un caporal.

Ce commandant se nomme le commissaire au riz, parce que c’est lui qui va chercher les rations dans les magasins publics. Quant à la solde, elle est presque toujours payée en nature.

La profession des armes a toujours été honorée chez toutes les nations. Les Japonais l’entourent d’une estime particulière. Lorsqu’un homme du peuple adresse la parole à un soldat, il l’appelle sama (seigneur ou monsieur), et lui témoigne une déférence fort respectueuse.

Ces égards et les broderies en or des costumes ont souvent contribué à induire les voyageurs dans les plus singulières méprises, et ils se recommandaient volontiers aux soldats préposés à leur garde comme à des dignitaires impériaux, — ce qui devait les flatter infiniment.

Telle est l’influence du costume, influence aussi vraie au Japon qu’en France et qui a inspiré ces jolis vers de Sedaine :
O mon habit, que je vous remercie :
Combien je valus hier, grâce à votre valeur !

Mais les Japonais ne sont pas tenus de connaître Sedaine.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée