Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Algérie

Algérie à l'exposition de Paris 1867

Trophée de la Colonie.

Le trophée de l’Algérie n’a pas, comme ceux de la Tunisie et du Maroc, la prétention de mettre sous les yeux des visiteurs de l’Exposition universelle des spécimens d’une civilisation plus ou moins avancée, plus ou moins ornementée; modeste comme la colonie naissante qu’il personnifie, le trophée algérien n’est guère qu’un simple écriteau supporté par des palmiers indiquant que d’un côté finit l’exposition de la France, en deçà de la Méditerranée, et que de l'autre côté commence une France nouvelle, celle au delà de la Méditerranée, en partie musulmane, en partie chrétienne, encore peu peuplée de colons européens (250 000 environ, non compris l’armée d’occupation), mais conquête aussi légitime que glorieuse, et déjà recommandable par de nombreux services. Ces services, on peut les rappeler dans le compte rendu d’une Exposition internationale, car la France n’a pas été seule à en profiter.

La Méditerranée expurgée des pirates et des corsaires qui y pillaient et y capturaient les navires de commerce, sans distinction de pavillon ;
La chrétienté affranchie des impôts humiliants qu’elle payait aux Pachas d’Alger et de Tunis, ainsi qu’à l’Empereur du Maroc ;

La Tunisie et le Maroc amenés à de meilleurs rapports politiques et commerciaux avec les puissances chrétiennes, par suite de l’influence de bon voisinage avec l’Algérie ;

La Turquie secourue, l'Italie affranchie, la Syrie pacifiée, la Chine ouverte au commerce de toutes les nations, la Cochinchine et le Japon appelés à de nouvelles destinées avec le concours prépondérant des soldats et des marins formés à la grande école de l'armée d’Afrique ;

Enfin, une nouvelle terre reconquise à la civilisation, après douze siècles de barbarie, et une grande colonie, d’une étendue totale de soixante millions d’hectares, mise à la disposition des émigrants de l’Europe entière, sous la protection des lois et de la sociabilité françaises.

Ces titres à la reconnaissance publique auraient pu, ce nous semble, être rappelés par des écussons ou par quelques symboles qui n’eussent pas nui à la décoration du trophée de l’Algérie.

Mais laissons là ce trophée, dont notre dessin donne une image exacte, et descendons de la plate-forme de la galerie des machines, pour parcourir le côté gauche de la rue des Pays-Bas, exclusivement consacré à l'exhibition des produits de l’Algérie.


Produits de l’Algérie en général.

Déjà, aux précédentes Expositions universelles de Paris et de Londres, l’Algérie avait révélé sa puissance de production, la fécondité inépuisable de son sol, la variété infinie de ses richesses minérales, végétales et animales; aujourd’hui, après cinq années qui ont été pour la colonie naissante une période de terribles épreuves : crise politique en 1863, insurrection des indigènes en 1864, incendie de tout le littoral en 1865, invasion des sauterelles en 1866, tremblements de terre en 1867, avec sécheresse extrême, suite inévitable des incendies, et comme conséquence de là sécheresse, des sauterelles et des insurrections, famine chez les indigènes; elle vient démontrer aux plus incrédules qu’aucun fléau du ciel ou de la terre n’a pu ébranler la foi des colons dans l’avenir réservé à leur œuvre ni entraver le développement continuellement progressif de la colonisation européenne.

Les amis de l’Algérie avaient déjà été rassurés sur sa situation matérielle par les résultats du dernier recensement général de la population et par les chiffres toujours soutenus de ses importations et de ses exportations ; mais les produits si nombreux, si variés et si importants, que les colons viennent d’envoyer au grand concours du Champ de Mars témoignent que la situation morale est non moins bonne que la situation matérielle, et que le pays, qui fut jadis le grenier du monde romain, est toujours destiné à être celui de la France et de l’Europe occidentale.

Pour cette terre privilégiée, dont le Climat est si admirable, c’est une sorte de péché d’habitude d étonner le monde par la nouveauté de ses produits, car, dans les temps anciens, comme aujourd’hui, on demandait à chaque navire arrivant de la côte méridionale de la Méditerranée : « Quid novi fert Africa? » L’exposition de l’Algérie nous oblige à répondre à cette question : « Que nous donne de nouveau la France africaine? »
Nous résumerons notre réponse en ces quelques mots :
« A peu près, tous les produits du bassin de la Méditerranée; plus, par l’acclimatation, ceux de toutes les contrées les plus favorisées du globe. »

L’espace qui nous est accordé dans ce numéro, ne nous permet pas de passer en revue tout ce que comprend l’exposition de l’Algérie; nous nous bornerons donc à signaler à l’attention des lecteurs ce qu’elle offre de plus remarquable. Pour que notre examen fût complet, il devrait comparer les produits de F Algérie avec leurs similaires des autres régions; mais cette étude économique, qui présenterait un grand intérêt, dépasserait les limites qui nous sont imposées.

Procédons à notre revue, autant que possible, d’après l’ordre du catalogue, en commençant par l’homme. A tout seigneur tout honneur.


Ethnologie algérienne.

Contrairement à l’opinion accréditée, le fond de la population indigène de l’Algérie, comme en Tunisie et au Maroc, est berbère et non arabe. De là, le nom collectif à'États berbéresques, et par corruption barbaresques, donné par beaucoup de géographes aux trois principales principautés de la péninsule atlantique.

La race berbère pure est représentée à l’Exposition par deux jeunes Kabyles qui taillent des bouchons dans les lièges de leur pays.

La douceur de ces deux hommes, encore imberbes, jointe à l’énergie de leur physionomie, leurs traits accentués et l’intelligence qu’ils révèlent, leur aptitude au travail manuel et l’assiduité apportée à l’accomplissement de leur tâche, font que chacun s’arrête, examine et reste étonné. On ne retrouve pas dans ces deux jeunes ouvriers le type de l’Arabe, de l’Arabe avec son coursier, tel que les romanciers le dépeignent, et tel qu’il est réellement, c’est-à-dire nomade, aventureux, ennemi-né du travail. Non, ce n’est pas cela, et c’est là le grand mérite des expositions comme celle qui attire tant de monde à Paris, de faire voir les choses telles qu’elles sont. Grâce à ces deux ouvriers kabyles, qu’une inspiration éclairée a amenés à Paris, les millions de visiteurs de l’Ex position sauront qu’en Algérie, à côté de l’Arabe batailleur, querelleur, indiscipliné, il y a le Berbère-Kabyle, laborieux, docile, apte par son intelligence à devenir un auxiliaire dévoué de la colonisation européenne et chrétienne, carie Berbère est un ancien chrétien, de la même race que saint Augustin et de tant d’autres Pères de l’Église d’Afrique.

Kebila, en langage algérien, signifie tribu à résidence fixe, habitant généralement des maisons; ainsi le nom de Kabyle équivaut au mot urbain de notre langue, tandis que le nom d’Arabe correspond au mot mobile ou nomade.

Pour faire connaissance avec l’Arabe et sa civilisation, le visiteur de l'Exposition devra, pour un moment, quitter l’enceinte du Palais et se rendre au milieu des tentes dressées dans la partie Sud-Ouest du Parc, près de la porte de Grenelle.

Là, il trouvera un campement de six tentes rangées circulairement, en forme d’un douar, autour d’un groupe de chameaux agenouillés, et, dans la plus grande des tentes, quelques chameliers endormis, qui auraient pu être un peu mieux choisis pour donner une idée exacte du véritable type arabe, si toutefois cc type peut être retrouvé en Algérie, tant il y est rare.

Voici, en quelques lignes, les caractères distinctifs de deux races si souvent confondues entre elles :
Arabe. —Taille élevée et élancée, tête pyriforme avec front étroit et fuyant, nez osseux et arqué, yeux, cheveux et barbe noirs.
Berbère. — Taille moyenne, charpente osseuse fortement constituée, tête ronde et volumineuse, front large et droit, nez charnu, menton carré, yeux, cheveux et barbe variant du noir au roux.
L’Arabe est un Asiatique, le Berbère a plus de ressemblance avec l’Européen.

Plus nombreux sont les sous-types dus au mélange de diverses races, savoir :
Le Berbère arabisé, qui, constitue la majorité de la population algérienne, et qui est représenté à l’Exposition par des ouvriers tisserands, brodeurs, cordonniers et autres ;

Le Maure ou habitant des villes, issu de toutes les races que le flot des révolutions a portées sur la côte septentrionale de l’Afrique, particulièrement les musulmans de l’Espagne et ceux des diverses îles de la Méditerranée; à ce sous-type appartiennent les marchands d’articles dits d’Alger, fabriqués pour la plupart en France, qui occupent quelques boutiques du pourtour extérieur de l’Exposition ;

Le Coulougli ou fils de Turc et de Mauresque, dont l’orfèvre de Tlemcen, installé dans un kiosque à côté de brodeurs et de cordonniers, nous donne un échantillon assez pur;

Enfin, le sang mêlé du nègre à tous les degrés, très-commun dans toute l’Algérie.

Mais passons aux choses sérieuses de l’exposition coloniale.


Matières premières.

Ce groupe comprend les mines, les forêts, la pêche, les produits agricoles non alimentaires, les cuirs et les peaux.

Que de richesses exceptionnelles l’Algérie donne dans ces diverses classes!

Citons en première ligne une huitième merveille du monde : les minerais de fer magnétique de Mokta-el-Hadid, près de Bône, représentés à l’Exposition par un bloc énorme de fer presque pur, car les matières étrangères y sont certainement inférieures à 10 pour 100.

Le nom arabe de ce gisement est Carrière de fer, et ce nom est exact, attendu que la montagne qui le constitue est un massif puissant qui s’exploite à ciel ouvert, sans déchets, comme une carrière ordinaire.

La qualité du fer est égale à. celle des meilleurs fers connus. Celui qui écrit ces lignes possède, depuis 1847, une douzaine de couteaux de table fabriqués avec ce fer, et, après vingt ans de service continuel, ils sont encore aussi tranchants qu’au premier jour. Des amis qui, depuis la même époque, font usage de rasoirs de même origine, n’ont jamais eu besoin de les faire repasser.

Le grand mérite des mènerais de Mokta-el-Hadjd est d’améliorer tous les minerais de fer de France avec lesquels on les mélange; aussi les exploite-t-on principalement aujourd’hui pour en alimenter les usines de la métropole.

L’établissement métallurgique du Creusot, dont la réputation est aujourd’hui européenne, doit, en grande partie, l’amélioration de sa production à l’emploi des minerais de Mokta-el-Hadid.

Tous les ingénieurs sont unanimes à proclamer que les tôles dans lesquelles ces minerais entrent dans la proportion de 25 % offrent une puissance de résistance inconnue jusque-là, progrès qui se résume en sécurité pour les chaudières des usines à vapeur.

Saluons donc, dans l’inépuisable carrière de Mokta-el-Hadid, l’appoint qui relève les fers français de leur infériorité vis-à-vis des fers étrangers.

Un rail-way de 26 kilomètres porte les minerais du pied de la carrière au port de Bône, où une flotte de bateaux à vapeur, de grandes dimensions, les prend pour les amener dans les ports de France. De nos ports, ces minerais vont dans nos principales forges et de là, transformés en fontes, fers, tôles ou aciers, ils se répandent dans des milliers d’ateliers de fabrication où ils appellent le travail de millions d’ouvriers.

En ce siècle de fer et d’acier, Mokta-el-Ha-did vaut tous les gisements argentifères et aurifères connus, aussi la puissante compagnie qui l’exploite n’a-t-elle pas hésité à consacrer un capital considérable à l’exportation de ses produits. Cette exportation s’élève aujourd’hui à 200 000 tonnes par an.

Non loin de Mokta-el-Hadid, au milieu des gisements similaires de la Béléliéta et du Bou-Hamra, près du Mamelon de l’ancienne Hippone, se trouvent les usines et hauts fourneaux de l'Alelik, construits, il y a vingt ans, par M. le duc de Bassano, aujourd'hui grand chambellan de l’Empereur. Désormais, les divers gisements ferrugineux des environs de Bône, avec les établissements qui en dépendent, sont réunis en association avec la Compagnie des minerais de fer magnétiques de Mokta-el-Hadid, dont le siège est à Paris. On regrette, toutefois, de voir une compagnie, qui tire du sein de l’Algérie la plus nette de ses richesses, ne pas considérer comme un devoir envers la colonie d’entretenir en activité de production les usines et hauts fourneaux de l’Alelik. Les charbons de bois ne peuvent manquer à ces usines, car les forêts de l’Edough, des Beni-Salah, ,de La Cale et du Filfila en fournissent au delà des besoins. On prétend, il est vrai, que les bois de ces forêts donnent un charbon impropre à la fusion des métaux; mais cette raison, sous laquelle s'abrite la spéculation, est mal fondée, car les Vandales ont obtenu de très-bons fers avec les mêmes bois; car, aujourd’hui encore, les Kabyles traitent avec les charbons de bois du pays les minerais de Bou-Aklan et en obtiennent le fer qui sert à la fabrication de leurs armes et de leurs instruments agricoles.

Agir comme le fait la compagnie de Mokta-el-Hadid, c’est créer en Algérie l'absentéisme,
— plaie qui ronge l’Irlande et qui ne tarderait pas à ruiner notre belle colonie d’Afrique,
— car, répéterons-nous après le maréchal duc de Malakoff, « tout nous commande de fixer en Algérie une population européenne nombreuse et forte, d’abord pour transformer le sol, ensuite pour le conserver. »

D’ailleurs, l’Algérie consomme des fers et il est étrange qu’elle soit obligée de les tirer du dehors, quand elle a minerais, charbons et usines qui peuvent en produire.

D autres mines de fer, également riches, existent sur tout le littoral algérien et n’attendent pour être exploitées que la formation de grandes compagnies.

La mine de plomb argentifère de Kef-oum-el-Teboul donne aussi des revenus considérables à ses concessionnaires.

Celle de Gar-Rouban, également de plomb argentifère et également en exploitation, n’attend qu’une transformation de société pour atteindre les résultats obtenus par sa rivale de Kef-oum-el-Te-bout.

Indépendamment des échantillons de ces exploitations, l’Exposition algérienne abonde en minerais de cuivre, de mercure, d’antimoine, d’argent.

Viennent ensuite les marbres saccharoïde, bleu turquin, blanc et statuaire des carrières du Filfila, près Philippeville, exploitées par MM. Dunand et Nick; ceux des carrières du Chenoua, près d’Alger, exploitées par M. Tardieu; enfin, les onyx translucides de la province d’Oran dont l’art décoratif tire un si grand parti pour l’ornementation des palais et des salons somptueux. Perdu depuis l’antiquité, m produit des carrières algériennes est désormais appelé à prendre un rang important dans nos constructions de luxe, car les gisements de ce beau marbre
sont très-étendus et on en découvre chaque jour.

Énumérer toute la richesse minéralogique exposée est impossible; il faut y renoncer.

Il en est de même des produits des exploitations et industries forestières; nous nous bornerons à appeler l’attention sur les collections de bois du service forestier; sur les lièges de MM. de Monte-bello, Berihon-Lecoq et Cie, Besson et Cie, Duprat, Chabannes du Peux; sur les matières résineuses de M. Perrot de Chamarel, de Boghar.

La collection de bois envoyée par l’administration des forêts est réellement remarquable, mais elle n’est pas encore complète, mais elle ne met pas assez en relief les ressources variées que l’ébéniste, le tourneur, le charron, le constructeur de machines, peuvent trouver dans la richesse forestière algérienne.

Quelques colons, entre autres MM. Mazars, Lavie et le gérant de l'Union agricole de Sig ont cherché à suppléer à celte insuffisance, mais de simples particuliers ne disposent pas, comme une administration publique, des éléments qui assoient les convictions et provoquent l’esprit d’entreprise, si nécessaire dans un pays presqu’inconnu comme l’Algérie.

De belles loupes et racines de thuya exposées par le Comité local de Teniet-el-Had démontrent quelles richesses exceptionnelles cette essence met à la disposition de l’ébénisterie française.

M. Hardy, directeur du Jardin d’acclimatation d’Alger, nous fait connaître quelques-uns des produits arboricoles de son établissement dont l’industrie peut s’emparer avec succès : palmes de dattier et de latanier, roseaux, bambous, etc.

Mais le liège reste incontestablement le produit le plus sérieux des exploitations forestières de l’Algérie, malgré les incendies périodiques qui viennent trop souvent compromettre le développement de celte importante production.

De grands capitaux, des compagnies et des personnes les plus honorables ont répondu à l’appel du gouvernement pour mettre en valeur les forêts algériennes, propriété de l’État; on ne comprendrait pas que le gouvernement, si puissant en Algérie, laissât, faute de répression efficace, anéantir probable alors qu’avec une matière première une richesse commune, l’une des plus fructueuses qu’exploite la colonisation européenne.

Plus l’industrie fait de progrès, plus le liège devient nécessaire; à ce mouvement ascendant des besoins correspond un mouvement inverse de la production, car les forêts de chênes-liége limitées au bassin de la Méditerranée, disparaissent chaque jour. Un immense intérêt s’attache donc à la conservation de celles de l’Algérie.

En produits de la chasse et de la pêche, nous ne citerons que les plumes d’autruche du Sahara, et le corail pêché exclusivement sur le littoral algérien par des marins étrangers et qui va, en Italie, demander sa mise en œuvre à des mains étrangères.

Depuis qu'une science nouvelle, la maricullure, a résolu bien des problèmes, on doit regretter que la pêche du corail n’ait pas profité des avantages de la cloche à plongeur, car au lieu de détruire les bancs coraillifères, comme on le fait aujourd'hui avec des procédés arriérés, on se bornerait à la cueillette des plus belles branches du précieux zoopbyte et il devient de choix nos habiles ouvriers de Paris n'abandonneraient pas aux Italiens le monopole de la fabrication des bijoux en coraux.

Pour les produits agricoles non alimentaires, l’Algérie compte 251 exposants et, parmi eux, beaucoup exposent dix, vingt et trente échantillons d'articles divers, tous plus remarquables les uns que les autres, mais parmi lesquels il nous est impossible de faire un choix, dans un examen général.

La collection des tabacs en feuilles, en manoques ou fabriqués, constate un progrès très-considérable sur les expositions antérieures. Au moins, cette partie de la production algérienne, à laquelle un compartiment entier est réservé, a le privilège d’être en vue, dans les meilleures conditions pour l’œil de l’observateur.

Le jury international, nous assure-t-on, a porté le jugement le plus favorable sur les tabacs algériens, quoiqu’on leur reproche encore de n’être pas assez combustibles.

Bientôt le public pourra juger la qualité des cigares de la colonie, car on attend, d’un instant à l’autre, l’autorisation d’en vendre dans l’enceinte de l’Exposition, autorisation déjà accordée aux exposants tunisiens.

Après les tabacs, vient une série de textiles animaux et végétaux qui comprend les soies, les laines, les poils de chameau, de chèvre, de chèvre angora, les crins, les lins, les chanvres, les produits du palmier nain, de l’alfa, le china-grass, l’asclépiade ou soie végétale et la filasse de mûrier.

L’algérie expose quatre espèces de soies : celle du mûrier, celle du ricin, celle de l’ailante, celle d’un jujubier du Sénégal. La première appelle seule l’attention et continue à être bien appréciée.

Les laines mérinos, métis-mérinos et ordinaires, lavées ou en suint, abondent. On affirme que le jury leur a décerné de belles récompenses et qu’il y a de grands progrès depuis les dernières expositions, mais le public n’en peut rien juger, car les laines sont généralement enroulées par toisons et entassées dans des rayons au-dessous des vitrines. Trois lainiers encartonnés font seuls exception : l’un au nom de M. Viguier, de Boufar, près Guelma ; l’autre au nom de M. Leturc, de Markouna, près Batna; le troisième sans nom de propriétaire et de localité.

Les cotons remplissent près de 200 bocaux, et chaque bocal représente ou un exposant ou une variété de coton. Le contenu de vingt de ces bocaux a été jugé sans rival dans l’Exposition. Un seul exposant de l’Australie a offert un échantillon pouvant entrer en concurrence. Une grande médaille d’or, sur deux accordées aux cotons par le jury, a été décernée à l’Algérie.

C’est toujours la province d’Oran qui tient le premier rang dans la production cotonnière, et, dans cette province, c’est M. Masquelier, déjà lauréat des grands prix de l’Empereur, qui l’emporte sur les autres exposants.

Les lins viennent après les blés et les cotons dans l’ordre d’importance et de succès de l’exposition algérienne, et, pour ce produit, c’est la province d’Alger qui triomphe des deux autres. La Compagnie française, dont M. Du Mesgnil est le directeur, a une part importante dans cet heureux résultat.

On a obtenu avec les lins de la Mitidja des filés n°120, 140 et même 160 propres aux travaux les plus délicats, sans en excepter la batiste et la dentelle.

Les progrès constatés, d’année en année, font espérer qu’on obtiendra mieux encore.

Les chanvres sont également très-beaux.

Les produits du palmier nain comprennent du crin végétal ordinaire et perfectionné, des filasses, des câbles, des cordes, des cordages et des papiers qui paraissent très-solides.

L’alfa, comme le palmier nain, sert à la fabrication du papier, des cordes et de la sparterie. En attendant qu’on exploite les al à de la région des steppes, une maison anglaise d’Oran en a employé pour 600 000 francs en 1866.

Parmi les substances tinctoriales, l’exposition algérienne compte des cochenilles, du kermès animal, du henné, de l’indigo, de la garance, du safran, du garou et du carthame; mais le henné seul, employé par les indigènes et demandé par le commerce de Lyon pour la teinture des soies, donne lieu à des opérations de quelque importance.

Les tannins ne figurent que pour mémoire, quoique la colonie pourrait en donner de grandes quantités.

Dans les substances oléagineuses : suif, colza, œillette, ricin, graine de lin, sésame, arachide, cameline, madie, aucune n’a encore pris une place sérieuse dans la production locale.

Enfin, pour compléter la série des produits agricoles non alimentaires, il y a encore à mentionner le miel, la cire, les pavots somnifères, la nigelie, le fenu-grec, la coriandre, la moutarde blanche, le pyrèthre et un extrait du lentisque.

Ce dernier produit exposé par M. Firmin Dufourc d’Alger serait il l’essence du Pistacia lentisciis que les États berbèresques fournissaient autrefois au commerce et qui était si recherchée par les peintres pour les vernis de leurs tableaux? Espérons-le dans l’intérêt de l’Algérie, car le lentisque y e»t très-commun.

Nous ne dirons que deux mots des cuirs et peaux. De belles peaux de panthères et de lions ornent les murs, mais les cuirs déposés sous l’entablement des vitrines ne sont pas visibles.

Résumons le chapitre consacré aux matières premières :
Quatre produits algériens, les minerais de fer de Mokta-el-Hadid, les onyx translucides, les thuyas et les cotons défient toute concurrence dans l’Exposition universelle;
Quatre autres produits, les tabacs, les laines, les lins et le henné y tiennent un rang très-distingué parmi leurs similaires.
Dans la suite de cette étude, nous aurons encore l’occasion de constater d’autres succès hors ligne.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée