Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Logements d’ouvriers et la Commission d’encouragement

Logements d’ouvriers et la Commission d’encouragement à l'exposition de Paris 1867

Les francs-tireurs des Vosges ont été reçus comme nous l’avons dit, dans les logements que la Commission d’encouragement a fait construire à l’avenue Rapp, à la porte mène de l’Exposition, pour y donner l’hospitalité aux ouvriers délégués des départements. Ces
logements, qui contiennent 625 lits, ont été édifiés sur un terrain concédé gracieusement par la ville de Pari» à la Commission d’encouragement pour les études des ouvriers, et que celle-ci ne rendra pas de sitôt à la ville, je l’espère, en ayant un bon emploi, même après la clôture de l’Exposition.

Les bâtiments, dont notre dessin de la dernière page représente la façade extérieure, sont divisés en chambrées de deux et de quatre lits. Généralement,- les ouvriers venant en troupe préfèrent les chambres à quatre lits : les chambres à deux lits sont réservées pour les ménages.

Une allée centrale traverse les quatre rangées de baraquements parallèles, que des chemins sablés séparent. Des mottes de terre déjà couvertes de gazon, et où les fleurs pousseront bientôt, bordent les intervalles d’une porte à l’autre. Tout cela est propre, et presque coquet. L’eau et le gaz sont partout prodigués. A côté de chaque lit sont le pot à l’eau, la cuvette et une chaise. Bien entendu que le linge est renouvelé toutes les fois que le lit change d’hôtes.

La preuve que la Commission d’encouragement exerce libéralement l’hospitalité internationale, c’est que 112 lits sont retenus pour les ouvriers anglais, du commencement à la fin de l’Exposition. Dans ce-quartier, les fenêtres sont déjà pourvues de rideaux.

Outre les logements de l’avenue Rapp, la Commission d’encouragement, par une convention avec les Lits militaires, s’est assuré la disposition de 5000 couchettes, qui ne lui suffiront pas, pour peu que cela continue.

Vous souvenez-vous du restaurant Omnibus, que la Commission d’encouragement a fait construire au Champ de Mars, en face de de l’École militaire? On disait, quand j’en ai parlé, que ce grand buffet populaire ne serait jamais rempli. Eh bien! savez-vous jusqu’où est allée sa recette quotidienne? Jusqu’à 10500 fr. avec des repas dont le plus cher n’a pas coûté 1 fr. 75 c. Le concessionnaire, débordé par l’encombrement, n’a pu l’autre jour se tirer d’embarras qu’en affichant sur ses portes, comme sur un omnibus, le mot : Complet. Le rire a désarmé le mécontentement. Il était temps; et il fallait être en France, où la plaisanterie est vite saisie et réussit toujours.

Donc, la Commission d’encouragement a fait pour le logement ce qu’elle avait fait pour la nourriture à bon marché, ici comme là, on devra dire souvent : Complet, pendant les mois qui vont suivre. Mais la Commission a fait son possible pour échelonner les arrivages.

A force de persistance et de ténacité, elle a obtenu des compagnies de chemins de fer une réduction de 50 pour 100 pour les délégués de département, voyageant en dehors les trains de plaisir. Elle n’a rien pu obtenir de la Commission impériale, cette autre puissance, au delà d’une souscription de 4000 francs.

Notre respectable et cher président, M. Devinck, peut dire si nous, ses dévoués collaborateurs, nous nous sommes épargnés à la peine. Et à quel dur métier nous a soumis cet homme cruel, infatigable au bien, et dont aucun travail ne peut mater les ardeurs généreuses, — qui le saura si nous ne nous plaignons?

Et vous verrez qu’il fera tant, que nous ne rendrons pas à la ville de Paris les terrains qu’elle nous a concédés, et que nous garderons, n’est-ce pas, monsieur Devinck, si nous trouvons encore du bien à faire.

Songez donc! il nous faut amortir les frais d’établissement, pendant la période de l’Exposition, et faire payer en conséquence 1 franc 25 centimes par coucher, quand nous pourrions, sans ces frais maudits, donner pour 40 centimes un logement qu’on ne pourrait pas ailleurs trouver pour 2 francs.

Voici donc notre rôle tout tracé après l’Exposition. Nous donnerons à loger à 40 centimes, peut-être à moins. Et vous verrez que M. Devinck ne laissera pas M. le préfet de la Seine tranquille, que celui-ci n’ait consenti à renouveler le bail gratuit de ses terrains.
Je vous laisse à penser si M. Devinck fera grâce, dans ce cas, à ses collaborateurs?

Nous ferons, ma foi ! concurrence à l’Empereur qui commandite des maisons d’ouvriers; et l’on verra bien jusqu’où ira cette émulation irrévérencieuse.

Et la question des délégations ouvrières dans laquelle il nous faut encore suivre notre insatiable président! j’en parlerais volontiers, si je ne craignais de toucher à la politique autrement que par badinage. Mais rien ne m’empêchera de dire que nos ouvriers sont les véritables zouaves de l’industrie; indisciplinés quand leur chef est mauvais; dévoués, quand il est bon.

Je voudrais que la Commission d’encouragement pour les études des ouvriers pût recevoir, pendant que les étrangers sont à Paris, un échantillon de toutes nos populations départementales, comme elle a reçu les Francs tireurs des Vosges. Il me semble que cela n’aurait pas mauvais air, même aux yeux des Prussiens. Qu’en pense M. Devinck et les comités départementaux? Il y aurait là, pour la Commission impériale, un certain supplément de recettes.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée