Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Groupe V-I

Groupe V-I à l'exposition de Paris 1867

Lorsque, ayant laissé derrière soi la Galerie des machines en mouvement, on passe du vestibule, par un quart de conversion opéré sur la gauche, dans la Galerie des matières premières, la salle qu’on rencontre d’abord est celle des Industries forestières, décrite dans notre précédent numéro. Immédiatement après, vient l’exposition des produits agricoles, que nous allons visiter ensemble si vous le voulez bien

Les Produits agricoles,

non pas tous, mais seulement ceux qui ne servent pas à l’alimentation de l’homme. Et même nous n’avons parmi les produits non alimentaires que- ceux d’une conservation facile; savoir : les textiles : coton, lin, chanvre, laines et cocons de ver à soie; les plantes oléagineuses, les cires, les huiles et les résines ; les tabacs ; les matières tannantes et tinctoriales; enfin, les fourrages. C’est plus qu’il n’en faut pour alimenter une causerie intéressante.

Nous avons même dans cette salle autre chose encore que des produits agricoles ; nous avons des

Papiers de tenture.

Ils ornent les parties supérieures des murailles. Il y en a de fort beaux et qui sont entièrement faits à la machine, fonds et impressions. A ce sujet je vous donnerai un conseil : Méfiez-vous des papiers verts. Voici un fait récent :
Un jeune homme présentait tous les symptômes de l’empoisonnement arsenical. Il fut envoyé à la campagne, s’y rétablit, revint chez lui. Un mois après, les mêmes symptômes se reproduisaient, mais aggravés : gencives tuméfiées, violente névralgie faciale, langueur extrême, amaigrissement considérable. Une citerne était adossée au mur de l’appartement; pensant qu’elle pouvait être la cause du mal, on se décida à la supprimer. Pendant qu’on procédait à ce travail le jeune homme dut s’éloigner; il revint au bout de quinze jours entièrement guéri. Mais un mois après, il était plus malade que jamais. Alors le médecin, M. Whitehead, eut une inspiration : la chambre était tendue de papier vert ; il fit remplacer ce papier par une tenture d’une autre couleur ; les accidents ne se sont pas reproduits. Le propriétaire de la maison se rappela alors avoir entendu dire au peintre qui avait décoré l’appartement, « qu’il n’aimait pas à coller du papier vert, parce que ce papier le rendait toujours malade. »

Voici maintenant l’explication du fait.
On prit de ce papier un carré de 33 centimètres environ de côté ; on en gratta la partie veloutée. La poudre verte ainsi obtenue pesait 1 gramme 50 centigrammes; or, l’analyse chimique a montré qu’elle contenait 55 centigrammes d'acide arsenieux, substance des plus vénéneuses. Les murs de la chambre ayant une surface de 350 pieds carrés, le papier qui la décorait contenait donc 192 grammes 50 centigrammes d’un poison violent, et cela quatre ans après avoir été posé. Le reste se comprend. L’ouvrier qui, pour coller ce papier, le presse avec une brosse, en détache de l’acide arsenieux; le domestique qui époussette les murs fait de même : la poudre toxique tombe sur le plancher, se répand dans l’air. De là les accidents dont il vient d’être question. Méfiez-vous donc des papiers verts. Cela dit, occupons-nous de la classe 43, qui n’avait besoin de faire d’emprunts à aucune autre pour renfermer des poisons.

Des vitrines font tout le tour de la salle. Un autre rang de vitrines en occupe l’axe. A la place d’honneur, au milieu, est la splendide exposition des

Manufactures impériales de tabac.

Personne n’ignore que la fabrication, la vente, l’entreposage, l’emmagasinage, l’importation et l’exportation du tabac sont, en France et depuis 1811, par décret de Napoléon Ier, le monopole de l’État. La culture du tabac échappe seule à ce monopole, mais pour former le privilège d’agriculteurs qui l’exercent sous la surveillance de l’autorité. L’État met ces récoltes en œuvre dans des manufactures où sont employées 20 000 personnes environ, hommes et femmes. Il vend ses produits par l’entremise de 36000 débitants. 11 en règle le prix de vente, non sur le prix de revient, mais sur les besoins du fisc, comme on l’a vu au mois d’octobre 1860, où l’administration des finances éleva tout à coup de 8 à 10 francs le prix du kilogramme, afin de mettre cette taxe en harmonie avec le système décimal. Cet énorme et subit renchérissement ne nuisit point à la vente. Tandis, en effet, que de 1856 à 1860 la recette moyenne annuelle avait été de 178 millions de francs, cette recette s’éleva en 1861 à 215 millions. C’est le cinquième du rendement des impôts et revenus indirects. Et c’est la rentrée sur laquelle il y a le moins de mécomptes à craindre. Par un privilège unique, rien n’en arrête la marche ascendante, ni les disettes, ni les guerres, ni les crises commerciales; on peut diminuer sa ration de pain, on n’économise pas sur le tabac. De 1811, date de l’établissement du monopole, au 31 décembre 1860, le bénéfice total réalisé par l’État sur ce singulier article, a été de 3 293 881255 francs.

L’État est donc en France le seul exposant. Sa vitrine isolée au milieu de la salle se laisse voir sur ses quatre faces. Aux angles sont des plants en pleine végétation. Us n’ont encore que des feuilles, on en pourra suivre le développement et constater sur leurs magnifiques girandoles de fleurs roses tous les caractères de la famille à laquelle appartiennent ^ces plantes empoisonnées : la perfide belladone, la jusquiame et la stramoine.

Le poison.

Le tabac est digne de cette parenté. Il renferme sous forme d’alcali organique un des poisons les plus terribles que l’on connaisse. Un poison auquel le curare et l’acide prussique peuvent seuls être comparés. Un poison tel que la médecine a dû le bannir de la thérapeutique. Cet alcaloïde est la nicotine découverte en 1828 par Reimann et Posselt. C’est un liquide oléagineux, transparent, incolore, d’une odeur acre et d’une saveur très-brûlante. Sa vapeur est si irritante qu’on respire difficilement dans une pièce où une seule goutte en a été répandue. Le chien sur la langue duquel on en a déposé une ou deux gouttes est presque immédiatement pris de tremblement, il chancelle, il tombe, sa respiration devient difficile, des convulsions violentes et continues se déclarent, la paralysie leur succède et l’animal ne tarde pas à succomber. La piqûre d’une aiguille trempée dans la nicotine est mortelle.

Mais pour jouir de ses redoutables propriétés, l’alcaloïde n’a point besoin d’être isolé de la plante qu’il caractérise. Des feuilles sèches, simplement appliquées sur la peau, ont déterminé de graves symptômes d’empoisonnement. Au milieu d’un joyeux repas le poète Santeuil fut frappé de mort presque instantanée après avoir bu d’un seul trait un verre de vin d’Espagne dans lequel un imprudent convive avait versé du tabac en poudre. La fumée même du tabac peut amener des accidents mortels; des orangers, des chrysanthèmes et d’autres plantes soumises à son influence ont péri en peu de temps. Des oiseaux, dans les mêmes conditions, languissent et meurent comme frappés d’empoisonnement.

C’est surtout dans les manufactures de tabac qu’on peut observer la puissance toxique d’une atmosphère chargée de nicotine. Les
quatre cinquièmes des ouvriers sont forcés de s’éloigner au moins momentanément de leurs travaux. Même acclimatés, ils conservent un aspect de souffrance et les caractères d’une vieillesse anticipée. Il faut, reconnaître d’ailleurs que l’administration veille avec une paternelle sollicitude sur la santé des ouvriers qu’elle emploie.

La culture.

La partie inférieure de la vitrine est occupée par de nombreux échantillons de tabac en feuilles desséchées. Chaque paquet porte le nom du département d’où il provient. L’Algérie y figure également; nous avons même la culture des colons et celle des Arabes. On y voit encore des capsules à graines et les produits d’hybridations diverses. Ces départements ont leurs spécialités. Ainsi, le Lot donne un tabac très-corsé, très-épais, employé pour la fabrication du tabac à priser, et il en est de même du Nord ; dans le Pas-de-Calais, au contraire, et en Alsace on obtient des feuilles fines et légère destinées à la fabrication des cigares et du tabac à pipe (scaferlaty). La culture indigène, qui est en progrès, absorbe 20 000 hectares de bonnes terres ! Elle a fourni en 1860 plus de 24 millions de kilogrammes de tabac. Malgré les grands bénéfices que l’État réalise, cette culture n’est lucrative qu’entre les mains de petits fermiers qui emploient à ce travail leurs femmes et leurs enfants, et ne tiennent pas compte du temps qu’elle exige "S’il fallait, écrit M. Schlœsing, qu’un propriétaire payât toutes les journées que représentent les soins à donner à un hectare de tabac, pendant et après la récolte, nous doutons qu’il pût réaliser un bénéfice convenable. »

La fabrication.

Les parties supérieures de la vitrine sont occupées par les produits manufacturés. Sur une des faces principales sont les cigares et les cigarettes; à gauche, les cigares qui proviennent des fabriques départementales ; à droite les produits en Havane fabriques en France par la manufacture de Reuilly; au milieu, les importations de la Havane et de Manille, tout ce qui s’est fait de plus cher jusqu’ici et de mieux, je suppose, en ce genre, savoir: les fior-fina à 50 centimes, les cazadores à 60, les emperatrices. h 75, les impériales à 1 franc, les napoleones à 1 fr.50. Sur la face opposée, nous avons le tabac à priser, ou râpé; les tabacs à mâcher en carotte, en gros rôles, en rôles menu-filés et les tabacs de pipe ou scaferlaty : scaferlaty supérieurs dits étrangers, à 12 fr. le kilog., lesquels sont composés uniquement de l’un ou de l’autre de ces tabacs : Maryland, Varinas, Latakié, Levant, etc.... Scaferlatys ordinaires à 10 fr., scaferlatys à prix réduits pour les armées de terre et de mer et pour les départements frontières. Cette dernière réduction a pour but de mettre la Régie en état de soutenir la rude concurrence des contrebandiers qui, tout en vendant des tabacs belges, allemands, espagnols, etc., à des prix très-modérés, n’en réalisent pas moins de fort beaux bénéfices. Du reste, l’État n’en donne aux départements frontières que pour leur argent : le tabac qu’il leur vend à prix réduits est de qualité inférieure.

Le tabac à priser se fait avec des feuilles corsées comme celles du Lot et du Nord. Il y entre 40 pour 100 de produits exotiques. On mouille les feuilles avec de l’eau salée, on les hache, on les entasse par masses de 40 à 50 mille kilogrammes, on les laisse fermenter pendant quatre mois, on les pulvérise ; c’est alors du râpé sec. Ce râpé sec manque de montant. On l’arrose d’eau salée; c’est alors un râpé parfait. On en forme des tas de 30 000 kilogrammes qu’on laisse fermenter pendant 9 à 12 mois dans le cours desquels on le transvase 2 ou 3 fois. Enfin on l’étale par couches horizontales. Un mois ou six semaines après, on le mélange, on le tamise, et on le met en tonneau. C’est fini.

La fabrication du tabac à mâcher est plus simple. Les carottes sont des cylindres formés de feuilles fortement pressées et qu’on entoure d’une ficelle. Les rôles sont de véritables cordes en tabac. Le gros rôle est composé de feuilles disposées longitudinalement et enveloppées par une feuille choisie qui porte le nom de robe. L’atelier des gros rôles est presque une corderie.

Le tabac de pipe ordinaire se compose d’un grand nombre de variétés de tabac. On assouplit-les feuilles en les mouillant d’eau salée, on enlève les grosses côtes, on hache le reste, on le torréfie, on le sèche, on le met en masses, et une quinzaine de jours après on l’empaquette.

Les cigares se composent de trois parties : l’intérieur ou tripe, assemblage de morceaux de feuilles disposées longitudinalement; la sous-cape, morceau de tabac plus grand qui enveloppe la tripe; et la robe qui s’enroule en spirale autour du cigare et eu ferme hermétiquement la surface. On fait en France les cigares de 5, de 10, et de 15 centimes ; la fabrication de ceux-ci forme la spécialité de la manufacture de Reuilly. On se fera une idée de l’extension qu’a prise la consommation des cigares par ce fait que la manufacture de Paris, qui emploie aujourd’hui 1500 cigarières, en avait à peine 150 il y a 15 ans.

Les produits.

L’usage du tabac en poudre n’a pas de très-grands inconvénients, surtout depuis que par les procédés actuels de fabrication on le dépouille d’une partie de sa nicotine. Son action est purement locale : il augmente la sécrétion nasale, émousse la sensibilité de la pituitaire, rougit odieusement les lèvres, les ailes du nez, les yeux; mais c’est tout ce qu’on peut lui reprocher.

C’est bien différent pour le tabac à mâcher, surtout quand on en use à jeun. Les jouissances qu’il procure s’achètent parfois au prix d’ulcères simples ou cancéreux de l’estomac. Malebranche qui, dans les dernières années de sa vie, avait contracté l’habitude de chiquer, mourut d’un cancer de l’estomac; Petit-Radel pour la même cause a succombé à un cancer du pylore. Cette manière d’en finir n’est pas très-rare parmi les matelots.

Quant au tabac à fumer, la liste des méfaits qu’on lui impute est bien autrement longue. Pris avec excès, il provoque et entretient une soif plus ou moins vive, détruit l’appétit, rend les digestions laborieuses, rougit et tuméfie les gencives et les lèvres, altère les dents, et Toirac, dentiste distingué, disait que l’abus du tabac à fumer suffisait à défrayer son art. On met de plus sur le compte de ce tabac des pharyngites chroniques, nombre d’amauroses et le cancer des lèvres qui, paraît-il, n’atteint presque que les fumeurs. Qu’à la longue, il affaiblisse les sens, l’esprit, la mémoire; cela ne paraît pas douteux. Certains y voient de plus une cause d’ataxie locomotrice, et d’épilepsie; on cite un jeune étudiant, conduit par l’ivresse permanente du tabac à l’état d’idiotie épileptique. La substitution du cigare à la pipe qui passe pour un progrès de l’élégance n’est pas heureuse au point de vue de l'hygiène, puisque, à moins que le cigare ne soit pas mis directement en contact avec les muqueuses, ce mode d’emploi du tabac réunit les effets de la chique et de la pipe.

Maintenant vous êtes en mesure de faire un choix. Râpé, scaferlati, cigare ou carotte, pour lequel le cœur vous en dit-il?


Les laines mérinos.

Une exposition plus satisfaisante, et qui l’est même tout à fait, est celle des produits de nos bergeries; les spécimens en sont nombreux, et il y en a d’admirables.

La première mention revient au célèbre troupeau mérinos extrafin de Naz (arrondissement de Gex) qui est la propriété de M. le général baron Girod, de l’Ain. Provenant de la bergerie d’un ancien intendant des gardes du corps du roi d’Espagne, ce troupeau compte plus de soixante-sept années d’existence pendant lesquelles il s’est constamment reproduit en lui-même, c’est-à-dire sans aucun étalon étranger. Il a fourni à divers pays de nombreux animaux de reproduction mâles et femelles. Sa laine se distingue par la force et l’élasticité autant que par la finesse et la douceur. La race est de moyenne taille et prospère sur de maigres pâturages.

Outre sa valeur intrinsèque, cette vitrine est intéressante en ce qu’elle nous montre les purs produits de la race qui, il y a juste un siècle, a servi de modèle au créateur de nos races indigènes de mérinos.

On sait que les animaux sauvages ont deux espèces de poils : le poil soyeux et le poil laineux. La domesticité peut leur faire perdre l’un ou l’autre. Dans le mérinos le poil laineux subsiste seul.

Or, il y a un siècle (1766) nous tirions toutes nos laines fines d’Espagne. Le gouvernement français voulant s’affranchir de ce tribu, s’adressa à Daubenton. Le problème était celui-ci : obtenir, avec les races françaises, une laine aussi belle que celle des mérinos d’Espagne.

Daubenton commença par faire venir des béliers du Roussillon, province qui confinant à l’Espagne, a avec elle des affinités de climat. Il unit ces béliers avec les brebis de Bourgogne. Voici les résultats qu’il obtint :

Les béliers du Roussillon avaient une laine longue de six pouces et les brebis de Bourgogne une laine longue de trois pouces. Daubenton obtint à la première génération une longueur de cinq pouces, à la deuxième une longueur de six pouces et ainsi de suite. Au bout de sept ou huit générations il avait obtenu vingt-huit pouces de longueur.

La toison du premier bélier reproducteur pesait deux livres. La toison de ceux qui suivirent fût de six livres, puis de huit, puis de dix et enfin de douze. La finesse suivit la même progression.

La laine pure est celle qui n’a plus du tout de poils soyeux ou de jarres. A la quatrième génération, Daubenton avait purgé ses produits de tout poil soyeux, il n’avait plus que des moutons à laine pure. Il avait donc réussi à leur donner les qualités des mérinos espagnols, c’est-à-dire une laine à la fois longue, abondante, fine et pure.

Les produits des troupeaux de Rambouillet, de Mauchamp, de Beaulieu, de la race électorale croisée Rambouillet et Gevroles, des dishley-mérinos, permettent d’apprécier combien a été fécond le grand exemple donné par Daubenton. La laine soyeuse du troupeau de Mauchamp est exposée par le fils du créateur M. Graux. M. Godin aîné de Chatillon sur Seine nous montre les toisons de la race croisée Rambouillet et Gevroles ; il entretient 1500 bêtes sur 210 hectares, les béliers et les brebis, élevés en grand nombre sont vendus en France et à l’étranger et jusqu’en Australie pour la reproduction.

Le lin et le chanvre.

Nous avons à constater ici d’heureux progrès de la mécanique. Au grand profit de l’hygiène et du travail, le rouissage et le teillage mécaniques de ces deux textiles tendent à prévaloir. Par teillage on entend l’opération qui consiste à broyer le lin et le chanvre pour séparer l’écorce filamenteuse de la substance ligneuse qui forme le centre des tiges.

MM. Léoni et Coblenz, propriétaires de la belle usine de Vaugenlieu vont plus loin encore dans cette voie; ils opèrent le teillage mécanique sans-rouissage.

Les bottes provenant de la récolte sont d’abord débarrassées de leurs racines au moyen d’une machine spéciale.

Ensuite on les sèche dans une étuve, puis on les soumet à l’action successive de deux broyeuses qui en détachent les filaments. Le restera partie ligneuse, les chènevottes, comme on dit, est brûlé dans les foyers des chaudières et l’usine n’emploie pas d’autre combustible. Enfin les parties filamenteuses passent dans une machine composée de deux tambours en tôle horizontaux faisant 250 tours par minute et dont les surfaces sont munies de lames de diverses formes et dirigées en divers sens de façon à produire un triage, un peignage et une division de fibres. C’est quelquechose d’analogue à la machine de Philippe et Girard. Il ne reste plus qu’à soumettre ces fibres à l’action de la presse hydraulique et à en former des ballots pour l’expédition.

Le coton indigène.

La guerre civile des Etats-Unis privant l’Europe de coton, on avait cherché à remplacer cette substance par divers textiles, et les progrès rapides qu’ont fait dans ces dernières années la préparation et la fabrication du chanvre et du lin n’ont pas d’autre cause.
On avait entrepris aussi d’introduire la culture du coton en diverses parties de l’Europe et en France même. Quoique ces essais aient aujourd’hui perdu beaucoup de leur importance, ils n’ont pas cessé d’être intéressants. Jetons donc un coup d’œil sur l’exposition de M. J. Hortolès, pépiniériste à Montpellier, où sont réunies des capsules de coton récolté sur les bords de la Méditerranée, dans les sables brûlants de Pérols qui paraissent favorables à ce genre de culture. L’exposant nous apprend que les capsules sont complètement ouvertes dès le mois de septembre, et qu’ainsi la récolte peut être opérée avant les pluies d’automne. Il se fonde sur une expérience de trois années. Cette année même il a semé un demi hectare dans les anciens marais de Vie, aujourd’hui desséchés et dans les sables déjà nommés.

La soie.

A voir tant de vitrines pleines des précieux produits des bombyx : ces cocons dans les brins et ces cocons enfilés en chapelets immenses, ces flottes de soie grége et ces nuages de soie cardée, et cette bourre de soie, et tous les produits que la filature, le tissage et la teinture savent en tirer, et tant de succédanés du ver du mûrier, celui du ricin, celui de l’ailante, etc. ; à voir de si nombreuses sources de richesses et tant de richesses réelles, qui penserait que nous sommes en présence d’une industrie en détresse, assaillie par un fléau qui jusqu’ici a défié tous les efforts de l’art et de la science !

La ferme impériale de Vincennes et M. Guérin Meneville nous exhibent les ressources possibles de l’avenir : le bombyx-yama-mal ou ver à soie du Japon dont le premier cocon fut obtenu en France en 1861 ; le magnifique bombyx atlas, né à Paris et qui vient de l’Hymalaya; l’énorme tussah ou bombyx mylitia qui jusqu’à présent n’a pu se reproduire chez nous, son éducation s’étant trop prolongée en automne ; le ver du chêne de l’Hymalaya, bombyx Roylei, essayé à Vincennes en 1864, et dont l’éclosion trop tardive a également fait manquer l’expérience; le ver du chêne, bombyx polyphemus, essayé depuis quatre ans; le ver du prunier, bombyx cecropia, essayé depuis bien plus longtemps, et toujours sans succès. Il ne faut pas que ces difficultés et ces échecs découragent les expérimentateurs. Le ver à soie du chêne que nous n’avons pu encore nous approprier est élevé à Boston sur une grande échelle par M. Trouvelot.

M. Chabot fils, de Lyon, a une exposition très-riche et très-variée. M. Camille Personnat, de Laval, nous montre tout ce qu’on peut faire avec la soie cardée du ver de l’ailante. Mlle Bruno Broski a envoyé du château de Saint-Selve, près Bordeaux, des cocons et de la soie grége d’une blancheur et d’un éclat de neige. De sa vitrine à celle de Mlle C. Dagincourt, de Saint-Amand (Cher), le contraste est complet; nous avons ici en effet les produits de l’éducation d’une race de vers moricauds, éducation conduite de 1863 à 1866. L’envoi de Mme veuve Durival, de Ro-morantin (Cher), mérite également une mention, ne serait-ce que pour honorer l’initiative de l’exposante par qui la sériciculture a été introduite il y a 25 ans en Sologne, où Mme Durival est encore seule à l’exercer.

Il est un humble produit à l’égard duquel quelques mots d’explication ne seront pas inutiles. C’est la bourre de soie, résidu du dévidage et du moulinage. On croit communément qu’elle n’entre que dans la composition des étoffes les plus inférieures, dans la bonneterie et la passementerie ; c’est une erreur. Tous les foulards en sont faits, elle forme la matière première de l’article Roubaix; on fait avec elle la trame à satin, article d’Amiens, et la chaîne du drap de Castres. Tout le cordonnet en provient. Enfin nous citerons comme application digne d’intérêt la soie à voile dont l’essai a été fait durant ces dernières années dans la navigation, et qui paraît compenser par l’avantage d’une solidité supérieure et d’une grand
La pâte à papier.

La consommation sans cesse croissante du papier a amené une pénurie de matières premières dont tous les fabricants se plaignent.
Ajoutons que la qualité des chiffons devient de jour en jour moins propre aux grands ouvrages typographiques. La disette est telle que certains industriels anglais ont proposé au pacha d'Égypte de lui acheter pour les convertir en pâte, les bandelettes de toutes les momies que renferment les sarcophages de ce pays. Cette conversion a d’ailleurs été essayée à Londres en 1847 et on a fabriqué ainsi des cartons d’une qualité remarquable. D’après les calculs de ces spéculateurs, les tombeaux égyptiens renferment au moins 20 millions de quintaux métriques de tissus. Il paraît qu’il y a là un bénéfice considérable à faire.

Espérons avec M. Decaisne qu’une aussi monstrueuse profanation n’aura pas lieu. Mais le meilleur moyen de l’empêcher est probablement de découvrir de nouvelles matières propres à la fabrication du papier. Depuis longtemps, les inventeurs se sont mis à cette recherche, et nous avons sous les yeux la preuve que leurs travaux n’ont pas été stériles.

M. Caminade, à Orléans, emprunte ses matières premières à la racine de luzerne. Sa vitrine nous montre la racine naturelle — ouverte — désagrégée — désagrégée et blanchie — désagrégée et teinte sans blanchiment — la pâte qu’on en obtient — la même pâte blanchie — et enfin différents échantillons de papier.

M. Aug. Délayé, à Crepols (Drôme), s’adresse au bois. D’après lui, le bois seul peut résoudre la question. Il expose des pâtes tirées de différentes essences, et les papiers de qualités très-variées qui en sont faits.

Mais rien n’est plus curieux, sous ce rapport, que la vitrine de M. Eug. Pavy fabri cant à Saint-Denis et dans la Côte-d’Or. Elle ne paye pas de mine, il faut l’avouer, mais elle intéressera tous ceux qui se rendront compte de ce qu’elle renferme. China-grass, riz, pailles de blé, d’avoine et de seigle, betterave, tiges de moutarde, de colza et d’œillette, roseaux, écorce d’orme, fumier, détritus
végétaux : de tout cela et d’autres choses encore, il tire des pâtes et des papiers de toutes sortes sans compter quetla désagrégation chimique des végétaux sur lesquels il opère lui fournit un engrais par-dessus le marché.

Divers.

Pour mémoire nous citons de magnifiques collections de graines pour semences, de beaux échantillons de houblons, et toute la flore fourragère y compris le brome de Schrader, et toute la flore forestière, et l’herboristerie et les produits des huileries, des féculeries, etc.... Mme Émile Léon de Sainte-Croix, près Bayonne, expose sous verre une plante grimpante originaire de la Martinique et qui sert d’éponge, ce qui lui a valu le nom vulgaire de torchon. Cette éponge végétale aurait été acclimatée par l’exposante dans la contrée qu'elle habile.

Force poudres insecticides offertes à l’agriculture. L’agriculture, en effet, n’a pas d’ennemi plus sérieux que l’insecte. Trois cent mille espèces de bestioles nous assiègent jour et nuit, et dès que notre surveillance se relâche, envahissent nos champs, nos greniers, nos chantiers, nos demeures, ne s’arrêtant, si l’on n’y met obstacle, que lorsqu’il ne reste plus rien à détruire.

Peaux et cuirs.

Après les produits agricoles viennent les cuirs et les peaux, mais comme une autre salle encore, placée un peu plus loin sur la route que nous suivons, leur est également consacrée, nous attendrons, pour en parler, que nous ayons pu en embrasser l’ensemble.
Mentionnons toutefois les produits remarquables de M. Henri Reeg, sellier à Paris.

On sait que notre sellerie n’emploie que des peaux de cochon d’origine anglaise, préférées à cause de leur souplesse et de leur couleur foncée. Or, l’exposition de M. Reeg nous prouve qu’il a su donner ces qualités aux cuirs préparés par lui. Nous lui devrons donc d’être affranchis d’un tribut plus humiliant encore pour notre industrie qu’onéreux pour notre bourse.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée