Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Exposition des Poids et Mesures et des Monnaies

Exposition des Poids et Mesures et des Monnaies à l'exposition de Paris 1867

Au milieu du jardin central du palais du Champ de Mars, s’élève un pavillon circulaire destiné à l’Exposition des poids et mesures et des monnaies des divers pays. Cette place ne lui avait pas été attribuée originairement, les poids et les mesures devait garnir une tourelle élevée au milieu du grand vestibule. Le désir de dégager complètement l’entrée principale du palais a fait abandonner le premier projet pour celui qui est actuellement réalisé. — C’est donc un peu à l’imprévu que l’exposition des poids et mesures occupe la place d’honneur. Mais ne croirait-on pas qu’une pensée élevée a dicté le choix de cet emplacement? que l’on a voulu rappeler par là que !o poids, la mesure, et le nombre sont les principes de toute création ? Quoi qu’il en soit, on a cherché à faire de cette exposition le point d'appui matériel et le prétexte d’une tentative qui, si elle réussit, sera l’un des plus beaux titres de gloire du concours international du Champ de Mars: nous voulons parler de Y unification des poids et mesures et des monnaies.

La petite tour du jardin central a la prétention de défaire le mal que fit au monde son aînée la tour de Babel; celle-ci, monument de l’esprit humain qui la voulait pousser jusqu’aux nues, a eu pour conséquences la confusion des langues et la dispersion des nations. La tour des poids et mesures, modestement cachée au milieu de la grande masse du Palais et s’élevant à peine de quelques mètres au-dessus du sol, veut arriver à la fusion des peuples par l’unification de leurs systèmes de mesures; elle veut, en montrant avec évidence l’extrême diversité de ces systèmes, faire ressortir clairement à tous les yeux la nécessité d’oublier les vieux préjugés pour s’entendre enfin sur un point qui importe si fort à tous les intérêts matériels.

Peu après que l’Exposition Universelle de 1867 eut été décidée, un arrêté du ministre d’État, vice-président de la Commission impériale, en date du 20 septembre 1865, institua près de la Commission une commission scientifique internationale qui devait être chargée, entre autres objets, de provoquer par ses études les réformes d’intérêt international, telles que l’adoption des mêmes poids et mesures, de communes unités scientifiques, etc.

M. Le Play, pour donner suite à cette pensée, invita à se réunir de nouveau les personnes qui pendant l’exposition de 1855 s’étaient déjà assemblées dans le même intérêt. Parmi les hommes distingués et compétents qui ont répondu à cette invitation, nous avons remarqué MM. Mathieu, Michel Chevalier, Arlès Dufour.

Sur la motion de M. Leone Levi, l’un des plus actifs promoteurs de la réforme métrique en Angleterre, délégué de la Société décimale et de l’Association britannique pour l’avancement des sciences et des arts, l’assemblée décida qu’un des meilleurs moyens d’arriver au but désiré était d’organiser une exposition complète des poids et mesures et des monnaies des divers pays.

Un appel fut fait aux commissions nationales instituées pour l’Exposition Universelle et un comité spécial de la commission scientifique formé des délégués des pays participants, fut chargé de réaliser le projet et d’en développer les conséquences.

Ce comité est composé de MM.

Mathieu, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes, président.
Leone Levi, professeur de droit commercial au King’s college à Londres, docteur en économie politique, secrétaire.
Edmond Becquerel, membre de l’Institut, professeur au Conservatoire impérial des arts et métiers, secrétaire.
Baudrillart, membre de l’Institut, professeur au Collège de France, secrétaire.
B. de Chancourtois, ingénieur en chef et professeur à l’École impériale des mines, secrétaire de la Commission impériale.
Julien, directeur du commerce intérieur au Ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics.
Pélicot, membre de l’Institut, vérificateur des essais à la Monnaie de Paris.
E. H. von Baumhauer, membre de l’Académie des sciences et de la Commission royale des Pays-Bas.
Bu Pré, ingénieur en chef des ponts et chaussées, Commissaire de la Belgique.
G. Magnus, membre de l’Académie royale des sciences et professeur à l’Université de Berlin, membre du Comité central de la Prusse et fies Etats de l’Allemagne du nord.
Max Gunther, ingénieur, pour la Hesse, Bade, le Wurtemberg et la Bavière.
Le baron de Burg, pour l’Autriche.
Le baron Hock, pour l’Autriche.
Feer-Herzog, conseiller national à Aarau, Commissaire de la Suisse.
Ramon de la Sagra, pour l’Espagne.
Le Maire, Commissaire adjoint du Danemark.
De Fahnehjelm, Commissaire de la Suède
Christiensen, Commissaire de la Norvège.
B. Jacobi, conseiller d’État actuel, membre de l’Académie dès sciences de Saint-Pétersbourg.
Le général major Gloukoff, pour la Russie.
Faustin Malaguti, recteur de l’Académie de Rennes, pour l’Italie.
Le colonel Essad-Bey, directeur de l’École militaire ottomane à Paris.
Joseph Claude, négociant membre de la Commission égyptienne.
Le caïd Nyssim Samama, pour le Maroc.
Valensi, Commissaire pour Tunis.
De Porto-Alegre, pour le Brésil.
Samuel B. Ruggles, Esq. pour les États-Unis d’Amérique.
Le colonel Younghusband , pour la Grande-Bretagne.
Ont été attachés au comité en qualité de secrétaires adjoints :
MM. de Billy, auditeur à la Cour des comptes; de Lapparent, ingénieur des mines; Peigné, lieutenant d’artillerie; et d’Ussel, ingénieur des ponts-et-chaussées.

Le programme et les plans de l’exposition spéciale des poids et mesures et des monnaies sont les premiers résultats des travaux du comité qui a choisi pour trésorier M. Tagnard, receveur des finances, chef du service de la comptabilité, en même temps que M. Aldrophe, architecte de la Commission impériale, était chargé de la construction et de l’installation du pavillon, sous la direction de M. de Chancourtois.

Au rez-de-chaussée, sous la marquise, le pavillon se présente sous la forme d'une cage annulaire en verre, divisée par des montants en bois, en 20 secteurs égaux dont chacun est affecté à une nation ou à un groupe de nations.

Sur la face extérieure est appliqué un tableau des monnaies qui fait connaître, à côté de chaque pièce, son poids, son titre, sa valeur et son nom. Les tableaux sont disposés de manière à présenter à la même hauteur les espèces analogues.

Les mesures de poids sont étalées sur le fond de la vitrine, et les mesures de longueur garnissent la face intérieure : on les a disposées de manière à ce que leurs bases soient toujours dans un même plan, et on y a fait figurer Bon-seulement les étalons scientifiques, mais même les mesures usitées dans les divers corps de métiers. En outre, un fil métallique tendu, partant à la hauteur de un mètre au-dessus deTa base de la vitrine, permet de comparer à l’unité française les mesures de longueur des diverses nations.

Le soubassement des vitrines est occupé par les mesures de capacité destinées aux solides ou aux liquides, ainsi que par les aréomètres.

Un escalier central conduit au premier étage, dont les vitrines garnies des diverses monnaies fiduciaires telles que billets de banque, timbres-poste, calendriers usuels, recevront en outre le dépôt des documents, tels que l’annuaire du Bureau des longitudes, la connaissance des temps, etc.

Le même étage porte extérieurement quatre cadrans d’horloge, marchant simultanément, et où les heures sont indiquées par des chiffres romains, arabes, turcs, indiens.

Au sommet, au-dessus du dôme de verre, est un globe terrestre dont l’axe fait avec l’horizon l’angle de l'axe des pôles avec
l’horizon de Paris : ce globe tourne uniformément sur lui-même en 24 heures, c’est le symbole de la mesure du temps.

Un catalogue spécial fournira l’inventaire exact de tous les objets exposés : bien que tous n’aient pas encore été installés, on peut dès à présent se faire une idée assez nette des systèmes suivis dans les diverses contrées.

Ainsi supposons qu’on soit arrivé par l’entrée du pont d’Iéna : on trouve, en commençant par la gauche, l’exposition des poids, mesures et monnaies de la France, où l’on peut remarquer à côté du mètre étalon, la roulette en fer feuillard des ingénieurs, la chaîne d’arpenteur, la canne d’arpenteur et les différents mètres en buis, ivoire ou baleine usités dans les corps de métiers. Mais toutes ces mesures ne diffèrent que par la forme ou la matière, tandis que la longueur est toujours la même, comme on s’en aperçoit aisément.

On remarque ensuite dans la vitrine des Pays-Bas les mesures spécialement construites pour le jaugeage des tonneaux; dans celle de la Prusse des séries de poids sphériques ; dans celle de l’Autriche, parmi les monnaies, le thaler de Marie-Thérèse, que l’on continue à frapper pour le commerce de l’Orient. Les pays allemands et Scandinaves offrent en général de nombreuses séries de mesures de capacité en bois, en métal, en verre. Chez les Turcs, ce sont les poids qui sont le plus largement représentés.

Après quelques vitrines destinées aux pays de l’extrême Orient, vient l’exposition américaine, et enfin celle de la Grande-Bretagne, où, à côté des mesures actuellement en usage, on a placé des étalons qui donnent leur transformation en mesures métriques, le système métrique décimal ayant été légalisé récemment par acte des Parlements.

Telles sont les principales dispositions de ce pavillon où le bruit public s’obstine à installer les diamants de la couronne. Pour tout esprit sérieux et éclairé, la vue des objets exposés dans ce pavillon est autrement instructive que la contemplation du Régent, et du Koli-i-noor : et quelque accumulation de pierres précieuses qu’on fît dans cette enceinte, jamais on n’en pourrait amasser pour une somme égale à celle que les peuples économiseraient si, renonçant à la routine et au préjugé, ils savaient s’entendre pour adopter tous un système métrique uniforme et supprimer ainsi les mille et une difficultés qui naissent de la diversité des mesures.

Pour arriver plus sûrement à un résultat si enviable, on a.pensé qu’il convenait d’inviter tous les hommes compétents à des conférences internationales qui auront lieu vers la fin de juin. Préparer des programmes de discussion pour ces conférences, et fixer avec netteté les principaux points qui doivent être débattus, telle est maintenant la tâche du comité spécial. Espérons qu’elle pourra être menée à bonne fin, et que ses programmes réuniront l’adhésion des hommes éclairés pour obtenir ensuite, par la force des choses, l’homologation des gouvernements.

Disons en terminant que cette intéressante et significative exposition des monnaies, sur laquelle M. Michel Chevalier nous a promis de revenir, aurait probablement échoué, si M. de Chancourtois n’avait persisté à l’amener à réalisation malgré les difficultés de toute sorte qu’il a rencontrées. L’appel adressé aux commissions étrangères serait peut-être resté sans réponse, si les sollicitations réitérées de MM. les commissaires n’avaient activé les adhésions et les envois des gouvernements intéressés. Il a fallu tout improviser, pour ainsi dire : la maison Haret, accablée de travaux, a dû fournir instantanément la maçonnerie, la charpente et la menuiserie : la serrurerie a été fournie dans les mêmes conditions de rapidité par M. Hacquier : le mouvement très-ingénieux d’horlogerie qui marque la mesure du temps est de M. Borrel.

Tous les hommes compétents de l’Europe sont convoqués au congrès dont cette exposition va être l’occasion. Les séances se tiendront probablement dans la grande salle de la porte Suffren, préparée pour les réunions du Jury et des Commissions. Les résolutions de ce congrès peuvent avoir pour l’avenir des relations internationales d’incalculables conséquences.

Ami lecteur, ne vous laissez pas rebuter par l’aridité du titre qui précède. Je ne prendrai pas la question d’aussi haut que le Congrès international présidé par S. A. I. le prince Napoléon, et je n’ai pas non plus voix délibérante en ces matières comme la conférence diplomatique dont je m’étonne de ne pas voir encore le rapport publié. Il m’a toujours paru peu enviable de remuer l’eau limpide pour démontrer que la vase est au fond. II s’en est peu fallu que la question du double étalon, or et argent, soulevée par notre éminent collègue, M. Wolowski, aussi intrépidement que s’il avait parlé au sein de laDiète de Varsovie, au péril de sa vie, ne divisât le Congrès en deux, comme autrefois la double formule du baptême divisa la catholicité en Église d’Occident et en Église d’Orient.

Pour échapper à tout schisme économique, évitons de compliquer la question des poids, mesures et monnaies, et parlons-en comme un simple mortel. Mon ambition est de la mettre aux pieds des dames, non, bien entendu, sous la forme risquée de la pluie d’or de Danaé.

Remarquons, comme préambule, que tous les peuples ont le même système de numération. Les mots cent, dix, un, existent dans toutes les langues, et signifient partout le même nombre. Cent est partout la centième partie de un, ou bien le centuple de l’unité.

Mais où est l’unité, et sur quelle base est-elle fondée? C’est précisément là que les différences commencent. Sans même se reporter aux différentes façons d’interpréter l’unité dans les divers pays, n’est-il pas vrai, que même chez nous, notre manière de mesurer le temps, diffère de celle par laquelle nous mesurons l’espace?

Le seul moyen de représenter l'unité par une mesure qui soit la même pour tous les peuples, c’est de demander cette mesure à la science, dont les décrets ne peuvent être interprétés diversement.

La Convention, qui a fait si violemment de si grandes choses, avait fait appel aux savants du monde entier pour régler cette question capitale de l'unité, d’après les données de la science. A cause des circonstances, son appel ne fut pas entendu partout; mais ce qu’il y a de significatif, c’est que la délibération d’où sortit le système métrique fut rédigée par un savant étranger.

Le métré, qui devait servir de mesure commune aux surfaces, aux longueurs, aux poids et aux volumes, fut calculé sur le méridien, avec des divisions égales et des multiples égaux.

On a reproché au mètre français de n’être pas calculé assez exactement. Soit ! qu’on cherche une mesure plus adéquate au méridien : mais une approximation plus infinitésimale ne changera rien aux données scientifiques du système métrique, le seul qui ne prête pas, comme on dit, aux à peu près.

Le système métrique, sous la garantie infaillible du calcul mathématique, donne à tous les peuples le moyen de spécifier l'unité d’une manière invariable.

Si le système métrique n’a pas été, une fois découvert, instantanément et universellement adopté, c’est qu’il est abstrait, précisément parce qu’il est infaillible; et nous-mêmes qui l’avons adopté comme officiel et partant obligatoire, nous n’avons pu le faire pénétrer comme mesure du temps, année, jours et heures.

Le système métrique a pour conséquence forcée le système décimal, autre abstraction qui complète la première.

Calculer l’année par mois, par semaines, par jours et par heures n’a rien de scientifique, et pourtant cette manière de compter est universellement adoptée, parce qu’elle date de loin et qu'elle a eu le temps de se concréter, pour ainsi dire.

C’est là, sur le système décimal, l’avantage du système duodécimal, qui est pourtant plus embrouillé, moins fractionnaire et moins multiple d’après les données exactes de la science.

Mesurer un champ par acre, arpent ou journal est une chose bien plus accessible à l’imagination, quoique plus incertaine et moins précise, que de le mesurer par hectare, par are et par centiare. Seulement, suivant la localité, l’acre, l’arpent et le journal mesurent des surfaces différentes sur lesquelles il est toujours difficile, sinon impossible de s’entendre.

Mesurer une étendue par mille, par verste ou par lieue est une chose qui répond à des habitudes locales, mais qui n’aboutit à rien de précis. Cette chose, concrète pour nous, que nous nommons la lieue, est aussi inintelligible aux Russes, comme étendue, que la verste l’est pour nous.

Mais lorsque vous présentez une mesure d’étendue calculée scientifiquement à l’unité, divisible et multiplicable d’après ces données, personne ne peut se méprendre sur la fraction d’étendue mesurée : c’est le mètre, avec ses divisions de centimètre et de millimètre et son multiplicateur le kilomètre.

De même pour la mesure de longueur. Calculer par pied, par coudée ou par pas présente une idée concrète à l’esprit : la première mesure est figurée par le pied de l’homme, la seconde par son avant-bras, la troisième par l’enjambée moyenne. C’est la méthode naturelle; mais ce n’est pas la méthode scientifique. Lorsque vous aurez compté plusieurs pieds, plusieurs pas, plusieurs coudées, vous n’aurez aucune base de calcul certaine : la confusion arrive dans le nombre, pris en dehors des données scientifiques. Avec le mètre, au contraire, vous pouvez calculer la longueur dans sa plus grande étendue et dans ses fractions les plus infinitésimales, sans que l’erreur soit possible, sans que la donnée soit même discutable.

Un mètre est la même chose pour tout le monde; un pied ou une coudée peuvent varier d'une contrée à l'autre, lors même que ces mesures changeantes seraient soumises au calcul décimal, unité, dizaine et centaine.

Toute chose négociable a son étalon de valeur d’après son poids, sa surface, son étendue ou son volume : de ces qualités différentes; tantôt c’est l’une, tantôt c’est l’autre qui sert de base d’appréciation. Pour que personne ne puisse se méprendre sur cette base, il est nécessaire de la formuler en un terme invariable, le même pour tous, qui assure la sincérité des transactions et la loyauté des marchés.

J’achète une certaine quantité de poudre d’or, dont le poids est spécifié d’après une mesure particulière au pays de provenance. Je puis être trompé ou me tromper, tandis que si je compte par grammes et si cette donnée est acceptée par mon vendeur, l’erreur n’est possible de côté ni d’autre, et toute cause de contestation disparaît.

Nous n’avons certes pas en France les moyens les plus perfectionnés de mesurage. Les Japonais, comme on peut le voir au pavillon du Jardin central, font leurs mesures en longueur sur des côtes de bambou dont la courbure naturelle et le vernis inattaquable sont bien préférables à nos biseaux et à notre vernis artificiels. Leurs divisions de longueur paraissent, d’ailleurs, aussi précises que les nôtres. De même, les Américains, pour les fractions de gramme, remplacent les feuilles de platine, dont les caractères sont presque toujours illisibles, par des fils polygones dont le nombre de côtés indique le chiffre exact du poids. C’est là, par parenthèse, une très-heureuse invention qui a une réelle utilité pour les pesées chimiques, pharmaceutiques, etc.
Mais si nous n’avons pas les moyens les plus perfectionnés de mesurage, nous avons non pas seulement le meilleur système de mesures, mais le seul bon.

On remarquera que nous n’avons pas dit jusqu’ici un seul mot des monnaies, ce que nous pardonneront peut-être difficilement le Congrès international et la Conférence diplomatique, qui s’en sont tant occupés, — inutilement à mon avis. En effet, l’unité monétaire est une fausse piste qui a détourné de la véritable et seule question, qui est l’adoption par tous les peuples du système métrique.

L’unité des poids et mesures entraînera forcément non pas l’unité des monnaies, parfaitement inutile, mais leur parité de poids et de titre pour valeur égale réglée d’après les bases infaillibles du système métrique, ce qui est l’essentiel.

Peu m’importe que l’unité monétaire soit calculée ici en or, là en argent, et qu’elle soit exprimée ici par 20, là par 25 : pourvu que je sache, à ne pouvoir m’y méprendre, que telle pièce contient tant de millièmes de fin et qu’elle pèse tant de grammes, elle aura la même valeur en tout lieu, que la monnaie soit en or ou en argent. Je suis lâché d’aboutir à cette conclusion pour les inventeurs du double étalon et pour les pêcheurs en eau trouble du change.

Qu’on me donne le système métrique universellement adopté, avec son corollaire forcé, le système décimal, et je me charge bien, sans autre discussion, d’y faire entrer les monnaies, qui sont la mesure évaluante de tous les produits mesurables. Comme toutes les autres valeurs, les monnaies régleront leur poids et leur titre, quels qu’ils soient, en nombres ronds : cela me suffit.

Si vous m’avez fait, mesdames, l’honneur de lire ce qui précède, vous serez de force à lutter avec tous les économistes du Congrès et tous les diplomates de la Conférence, dont les réunions recommenceront au mois d’octobre.

Mais pour qu’il soit bien prouvé aux yeux que l’unité monétaire est une fiction dont l’unité des poids et mesures est la réalité, j’ai fait graver les trois tranches de l’exposition des monnaies correspondantes aux trois pays les plus dissemblables de mœurs, d’usages et d’habitudes de calcul, la France, l’Angleterre et la Chine. Faites-nous, s’il vous plaît, la grâce de nous dire quelles différences vous apercevez entre ces trois exhibitions monétaires, exactement dessinées?

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée