Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Tombeau de Mulready

Tombeau de Mulready à l'exposition de Paris 1867

On ne saurait trop honorer la mémoire des morts illustres. Leur renommée est, pour le pays qui les a vus naître, tout un héritage de gloire, qui s’ajoute à ce patrimoine moral qu’une génération ne doit léguer à l’autre qu’après l’avoir enrichi encore et accru.

C’est pourquoi le culte des morts a créé chez tous les peuples une variété d’architecture et d’art qui mérite d’être étudiée, ou plutôt il n’est aucune ressource de l’art ou du talent, dans leurs diverses manifestations, qui n’ait été appelée à orner les sépultures des grands hommes.

Les cimetières de nos villes sont ainsi semés de monuments souvent très-remarquables, et je ne mentionne pas ceux qu’on a élevés à profusion dans les églises, dans les cloîtres et dans les monastères.

L’originalité de chaque peuple se marque et s’empreint dans ces monuments. Ainsi les tombeaux de Westminster, les plus récents surtout et qui ont été bâtis depuis la Réforme, ne rappellent en rien les tombeaux de l’Espagne catholique, ceux qu’on admire dans les cathédrales de Burgos et de Tolède et particulièrement à la Cartuja de Miraflores. D’autres croyances, d’autres idées, d’autres mœurs y ont inventé et imposé un autre style.

Le tombeau de William Mulready, dont on a exposé une reproduction en terre cuite, se distingue par une simplicité extrême et la plus grande sobriété d’ornements accessoires. Cela est on ne peut plus protestant.

Mulready, drapé dans son manteau, est couché sur un lit de camp recouvert d’une natte. Cette natte est relevée et ployée en coussin sous la tête du mort qui sourit et semble vivre encore, un peu trop peut-être, et repose entre deux couronnes de laurier.

Ce visage, encadré dans des favoris coupés au bas des joues, a tous les signes des types anglais, tels que nous les connaissons, c’est-à-dire une certaine bonhomie qui n’exclut pas pourtant quelque raideur et cette finesse native de l’insulaire bien né et gentleman.

La main de l’artiste tient un pinceau, Y arme dont il s’est servi en ce monde et qui a conquis sa réputation et sa fortune.

Six colonnettes s’élèvent au-dessus de la statue et soutiennent l’entablement du petit édifice. Des branches de laurier, des faisceaux de brosses, de crayons et de plumes, une palette, etc., sont sculptés au bas de chacune de ces petites colonnes. Mais les bas-reliefs sont, non point plus significatifs, mais plus personnels, et ils ne permettent point d’hésiter en cherchant le nom du mort. Ce sont les plus célèbres tableaux de Mulready, indiqués et dessinés au trait, et rangés côte à côte autour du monument.

Bref, ce tombeau sans prétention est touchant, et dans cette absence de toute espèce de luxe, il y a comme une éloquence supérieure et que sentiront les cœurs dignes delà comprendre.

Et maintenant, un mot sur Mulready.
Il était d’une famille irlandaise et naquit en 1786. Il fut admis, vers l’âge de quatorze ans, à l’Académie royale; puis il connut Banks, dont les conseils et l’amitié dirigèrent ses premiers pas dans la voie qu’il avait choisie. Toutefois il ne produisit pendant longtemps que des œuvres médiocres et peu remarquées. Il cherchait sa voie. Il la trouva enfin, et, prenant des modèles chez les peintres hollandais, il excella, comme eux, à peindre des épisodes de la vie commune. La Boutique d'un charpentier, Y Auberge de la roule, le Loup et l'agneau (une vraie perle!), le Choix d’une robe de noce, etc., attirèrent sur lui l’attention, et l’attention ne le quitta plus. Les compositions de Mulready, à l’Exposition française de 1855, furent accueillies du public avec une attention tout à fait particulière. Il fut populaire parmi nous dès les premiers jours, et rien assurément n’est plus légitime que la renommée dont il jouit en Angleterre.
William Mulready est mort au mois de juillet 1863.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée