Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Service du gaz au Champ de Mars

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On veut que je parle du service du gaz comme j’ai parlé du service des eaux. Mais pour décrire le service des eaux, j’avais du moins un prétexte : c’était le Château d’eau dont un de nos dessinateurs m’avait fourni le dessin. Pour le service du gaz, il n’y a pas de dessin possible, à moins qu’on ne voulût figurer par le crayon les deux énormes compteurs qui reçoivent le gaz à son arrivée devant la porte d’Iéna, — ce qui serait fort peu pictural.

Il nous faut donc cette fois marcher sans dessin, et en violant la loi que nous nous sommes imposée.

La distribution du gaz a été faite parallèlement à celle des eaux, et dans la même tranchée ; ce qui, pour le dire en passant, présente certains inconvénients — inévitables, il est vrai, mais qu’il ne faut point cependant passer sous silence. Il peut fort bien arriver en effet qu’une conduite d’eau, venant à se briser, amène un tassement considérable dans les terres voisines de la même tranchée par l’effet de l’imbibition, et que ce tassement détermine la rupture de la conduite du gaz. L’épargne de temps et de travail qu’on a trouvée à mettre dans le même lit le gaz et l’eau peut servir d’excuse, mais non de justification suffisante.

L’arrivée du gaz au Champ de Mars se fait au moyen d’un tube en fonte, d’un diamètre plus considérable même que celui du gros canon prussien, puisqu’il mesure 50 centimètres. Cette conduite part des usines de la Ville de Paris, et, passant sous le trottoir amont du Pont d’Iéna, se divise pour se rendre dans les deux énormes compteurs dont nous parlions tout à l'heure, installés dans un bâtiment spécial près la grande porte du Champ de Mars. Dans chacun de ces récipients, il y a de quoi alimenter 5000 becs.

De là, le gaz repart par des conduites de 35 qui rayonnent en tout sens autour du Parc et vont en diminuant jusqu’au diamètre de 10, à mesure qu’elles se prolongent.

Nous disons qu’elles rayonnent autour duParc. Car le gaz est absolument proscrit du Palais, non pas seulement comme dangereux mais aussi comme inutile. Pourquoi aurait-on donné au gaz l’accès du Palais, puisque le Palais ferme à 6 heures du soir? Par la même raison le Jardin central, qui est enfermé dans le Palais, est aussi privé de gaz.

A propos du Jardin central, on avait d’abord songé à l’abriter du soleil soit par un vélum soit par des arbres à bouquets. Arbres et vélum se sont métamorphosés en rosiers étiques, qui ne donnent ni ombre ni fraîcheur et des parfums à peine.

Je crains bien que cette économie d’arbres et de vélum, ne rende le Jardin central inabordable pendant les ardeurs de la canicule. Il serait encore temps d’y remédier ; et c’est pour cela que nous nous sommes permis cette courte digression.

Donc, le gaz qui n’a pas comme l’eau le service du Palais à desservir, n’a pas non plus le même développement de canalisation. La canalisation d’eau mesure une longueur de 12 000 mètres. Celle du gaz ne mesure que 6000 mètres. Mais en revanche le gaza plus de branchements que l’eau, parce qu’il a à desservir toutes les concessions du Parc indistinctement. Ces branchements en plomb rattachés aux conduites mesurent une longueur de 5000 mètres.

Toute la canalisation est aux frais de la Commission Impériale : tous les branchements sont aux frais des concessionnaires ou exposants.

Mais la Commission Impériale, outre les frais des conduites principales, a pris aussisa charge :
600 candélabres, du modèle de ceux de la ville de Paris, destinés à éclairer le soir les différentes allées du Parc ;
330 lampes avec globes en verre dépoli, suspendues fort ingénieusement à la marquise du promenoir extérieur du palais, et formant une guirlande lumineuse du plus charmant effet ;
252 girandoles à trois branches, fixées aux devantures des restaurants et cafés qui occupent le promenoir extérieur;
Ce qui donne un total de 1686 becs fournis et entretenus par la Commission Impériale, outre les frais d’installation.

Voilà une dépense que les organisateurs de Londres ne pouvaient même pas songer à prendre à leur charge, puisque la solitude se faisait autour du Palais de cristal avant que la nuit fût venue.

Les concessionnaires du Champ de Mars ont adopté, eux, le système d’éclairage qui leur a convenu et les dispositions qui leur ont paru les plus avantageuses. Seulement, l’éclairage intérieur est pour chacun d’eux un service obligatoire. Chacun a son compteur spécial. Le prix qui leur est imposé est de 30 centimes par mètre cube ; c’est le même tarif que celui de la ville de Paris. Chaque bec brûle en moyenne 140 litres à l’heure, ce qui représente une dépense d’un peu plus de 4 centimes par heure et par bec.

Les compteurs peuvent alimenter 10 000 becs à la fois. Voyez quelle masse de combustion cela représente ! Si l’éclairage du Champ de Mars était étagé comme celui du Trocadéro, il produirait un effet d’ensemble encore plus magique.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée