Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Service des Eaux au Champ de Mars

Service des Eaux au Champ de Mars à l'exposition de Paris 1867

Savez-vous ce que représente ce dessin que l’artiste a mélancoliquement intitulé : Les Ruines, où l’on voit une tour croulante assise sur des rochers couverts de ronces et de cythises, et d’où s’épanchent des cascades attirées par un lac qui reçoit leur tribut?

L’ingénieur se cache là derrière le peintre. Cela vous représente le Château-d’eau du Champ de Mars. C’est de cette tour en ruines que partent les conduites d’eau qui alimentent et la cascade et les générateurs altérés, qui forment sentinelles autour du Palais.

Regardez à l'intérieur de la tour, vous y verrez un réservoir en tôle de quatre mètres de diamètre sur cinq mètres de hauteur. Ce réservoir est alimenté lui-même par des pompes puissantes situées dans deux hangars de chaque côté du passage pratiqué sous le quai d’Orsay. Ces pompes sont au nombre de cinq, deux dans le hangar en amont, trois dans le hangar en aval. Chacune d’elles mériterait un examen spécial ; car chacune est régie par un système différent. Mais cela nous éloignerait du but que nous voulons atteindre, et qui est d’expliquer dans son ensemble le service très-compliqué de la distribution des eaux dans le Champ de Mars.

Au moyen de conduites diverses, ces pompes aspirent l’eau de la Seine, pour l’envoyer, l’une dans le lac placé sous le phare, les autres dans le réservoir du Château-d’eau dont nous avons parlé. Elles sont secondées dans cet office par les puissantes machines du Friedland, construites dans les chantiers d’Indret et exposées sous le hangar des machines de la marine française. Les machines du Friedland donnent un secours gratuit, pendant certaines heures du jour, aux pompes aspirantes qui, elles, se font payer un centime par mètre cube d’eau élevé.

De crainte que le service ainsi organisé ne suffise pas, et pour parer aux accidents, on a fait deux appels de prise d’eau dans les conduites de la ville, l’un sur l’avenue de La Bourdonnaye, l’autre sur l’avenue de Lamotte-Piquet.

Vous croyez que c’est là tout ce que l’on a exécuté pour le service des eaux dans le Champ de Mars ? Détrompez-vous. Nous n’avons encore parlé que de ce qu’on nomme le service bas. Les conduites commandées pour le Château-d’eau ne sont soumises qu’à la faible pression de 8m 00, c’est-à-dire de moins d’une atmosphère, et ne peuvent desservir que les parties peu élevées du Palais et du Parc.

Parlons donc du service haut, auquel la conduite principale du service bas se relie dans la direction du Palais dont elle fait le tour par la galerie circulaire d’aérage, pour l’alimentation de tous les moteurs et de tous les besoins du Palais.

Ce qu’on nomme le service haut comprend l’ensemble des canalisations alimentées par un réservoir spécial, construit sur le sommet du Trocadéro, à trente-cinq mètres au-dessus du niveau du sol du Champ de Mars. Cette hauteur correspond à une pression de plus de trois atmosphères. Le réservoir du Trocadéro, situé tout proche du nouveau boulevard Malakoff, aune capacité de 4000 mètres cubes. Il est lui-même alimenté par des machines élévatoires de la puissance de vingt-cinq chevaux, installées sur la berge de la rive gauche de la Seine, en aval immédiat du pont d’Iéna. Mais, par précaution contre les accidents qui pourraient arrêter le fonctionnement des machines élévatoires, l’on a eu soin de se ménager une prise d’eau directement sur les conduites de la ville, comme on l’a fait aussi pour le service bas.

Une conduite d’eau forcée part de l’usine, suit un canal pratiqué dans l’entablement même du pont d’Iéna, monte au réservoir du Trocadéro, d’où l’eau emmagasinée redescend vers le Champ de Mars par une autre conduite ménagée sous le trottoir du pont.

C’est par cette canalisation qu’on alimente les jets d’eau du Palais et du Parc, et les bouches d’incendie et d’arrosage. Descendant vers le Champ de Mars par le pont d’Iéna, elle traverse le Palais dans toute sa longueur avec un diamètre de 0m 35. A son point de rencontre avec le grand boulevard circulaire du Parc, elle s’embranche dans une conduite de 0m 25, qui suit tout le pourtour de l’allée.

A son passage dans le jardin central du Palais, elle se subdivise encore en conduites de 0m100 de diamètre, qui rayonnent dans tous les sens pour alimenter les jets d’eau et les nombreuses bouches d’incendie ménagées dans l’intérieur des galeries, puis les bouches d’arrosage distribuées dans le Parc.

Les bouches d’arrosage, c’est le superflu ; mais le nécessaire, c’étaient les bouches d’incendie pour préserver les immenses richesses contenues dans ce palais des merveilles. On en a mis à la rencontre de toutes les allées circulaires avec les coupes rayonnantes; on en a placé aussi extérieurement sous le promenoir couvert et même dans les prolongements des rues rayonnantes vers le Parc, afin de faciliter le jeu des pompes en cas d’accident.

Est-ce que jamais on avait pris de telles précautions et emmagasiné de telles ressources dans aucune exposition précédente? Cascades, lacs, jets d’eau, bouches d'arrosage et d’incendie, alimentation de plus de deux cents constructions dans le Parc; jamais rien de semblable n’avait été ni prévu, ni même imaginé. Soulevez les trappes du plancher de la galerie des machines, vous trouvez dessous une véritable nappe d’eau. C’est merveilleux ! N’y aurait-il que cela, la création du Champ de Mars dépasserait tout ce qu’on a vu.

Comme pour la canalisation de la ville de Paris, toutes les conduites d’eau au Champ de Mars sont en fonte et posées sur des joints dits à bague, scellés au plomb, ce qui offre l'immense avantage de pouvoir remplacer les tuyaux détériorés, sans être obligé aux longues solutions de continuité, comme cela arrive avec les tuyaux à emboîtement.

La pose de ces innombrables conduites a présenté des difficultés que le public ne soupçonne guère. Longuement étudié et méthodiquement préparé par M. l’ingénieur Fournié, le travail a dû être entrepris dans une saison très-mauvaise et pluvieuse. Il a fallu beaucoup d’habileté et d'expérience aux entrepreneurs pour exécuter les travaux au milieu des embarras des constructions du Palais et du Parc, dans des terres fraîchement rapportées et incessamment détrempées par la pluie.

C’est M. Mounot, chef de section, qui a dirigé les travaux au compte de la Commission impériale : la dépense n’a pas dépassé 200000 francs. C’est pourquoi l’eau a pu être livrée aux particuliers au prix de dix centimes le mètre cube; c’est-à-dire meilleur marché qu’à la ville, et sans minimum de consommation imposé.

La difficulté la plus réelle a été le refouillement sous le trottoir du pont d’Iéna pour le double passage de la conduite de 0m, 35 qui monte au Trocadéro et en redescend. M. Vaudray, ingénieur en chef de la navigation de la Seine, a prêté son actif et intelligent concours à ce travail.

Nous parlerons une autre fois du service d’eau filtrée. Le filtrage se fait instantanément dans une conduite de 0m,100 qui suffit à tous les besoins d’eau potable du Palais et du Parc, et à l’alimentation des aquariums.

La même exploration que nous avons entreprise pour le service des eaux, nous devrions la recommencer pour le service du gaz. Chaque chose viendra à son heure; la route est longue devant nous.

Il est bon d’édifier le public sur tout ce qu’on fait au Champ de Mars pour son agrément ou sa satisfaction. Cette divulgation servira de paratonnerre à son ingratitude, aussi bien en dedans qu’au delà de nos frontières. La justice a la marche lente et le pied boiteux; mais elle arrive pourtant.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée