Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Société internationale pour les secours aux blessés des armées de terre et de mer

Société internationale pour les secours aux blessés des armées de terre et de mer à l'exposition de Paris 1867

Ils traversent les champs de carnage, que par euphémisme on nomme les champs d'honneur, où les balles et les boulets inconscients atteignent aussi bien ceux qui pansent les blessures que ceux qui les font. Lorsqu’ils tombent, ils sont tout à la fois héros et martyrs ; car ils ne sont pas poussés dans la mêlée sanglante par les fureurs du combat, mais uniquement par les saintes ardeurs de la charité et du dévouement.

Que bénies soient et glorifiées les sociétés internationales de secours aux blessés militaires ! Elles ont civilisé la guerre, en attendant qu’elles la fassent disparaître. Un jour viendra, je l’espère, où le brassard blanc à croix rouge, ce signe révéré des apôtres de la paix, apaisera les armées en présence comme on dit que la goutte d’huile calme les flots soulevés de la mer. Un jour viendra où l’on mettra au ban de l’humanité la nation qui prendra pour dernier argument le coup de canon. Je ne demande pas que celle qui tirera l’épée, autrement que pour sa défense, périsse par l’épée; car il ne doit pas y avoir de crime final sous une loi rédemptrice qui admet le repentir comme expiation : mais que, contre celle-là, l’humanité se ligue sous la bannière blanche à croix rouge.

Au sein de nos plus grandes convulsions révolutionnaires, un simple ruban tricolore étalé sur les plaines de Sambre-et-Meuse, lit respecter cette frontière idéale, pendant que les bords du Rhin, cette frontière politique, étaient ensanglantés par des luttes journalières. Ne serait-il pas possible d’arriver à quelque chose de semblable avec les insignes des sociétés internationales de secours aux blessés militaires ? Quand l’humanité se liguera pour une aussi belle cause, elle sera bien forte : étant invulnérable, elle sera invincible.

Quoique cette exposition des engins réparateurs de la guerre soit bien modeste en apparence, on est saisi en la parcourant comme d’une émotion et d’un respect religieux. J’en appelle au témoignage de M. Jean Dollfus, de M. le président Bonjean, et de tous les membres du 10e groupe qui l’ont visitée ensemble. Toutes les nations y sont représentées, surtout la Prusse. Voici les voitures d’ambulances, et les civières ou les cacolets pour transporter les blessés dans les chemins où ne peuvent passer les voitures. Quelles ingénieuses combinaisons de traitement et de secours passent sous nos yeux, gardées et décrites par les hommes mêmes qu’elles ont rachetés de la mort! Ici, dans l’exposition américaine, nous admirons un sommier en lanières de bois, vraiment remarquable d’utilité et de bon marché : les Américains travaillent le bois comme personne ! Plus loin, on nous montre des autographes, parfaits de netteté, écrits au moyen de bras artificiels. Nous nous récrions : il faut bien se rendre à l’évidence. Nous voyons des hommes sans bras écrire, et des hommes sans jambes marcher. Au risque de commettre une indiscrétion, dirai-je que le 10e groupe a demandé une médaille d’or pour un modeste collaborateur des sociétés internationales de secours aux blessés militaires qui n’est même pas exposant. Qu’on nous pardonne cette infraction aux règlements !

Pour éviter toute erreur, et donner plus d’intérêt à ce travail, je transcris ici les notes j que je dois à l'obligeance de M. le commissaire général de l’exposition de secours aux blessés, comte Sérurier.

« La collection qu’on a sous les yeux en visitant l’exposition de secours aux blessés se compose de plus de 1200 objets appartenant à vingt pays différents. A côté de brancards, de cacolets, d'installations de chemins de fer, se trouvent des lits mécaniques, des gibernes de chirurgien, des sacoches, un harnachement complet d’infirmier à cheval, des instruments de chirurgie, des jambes de bois, des bras artificiels, des tentes, des voitures de transport pour les blessés, etc., des conserves alimentaires, des modèles de charpie, etc.

« On a eu soin de réunir aussi une collection curieuse de photographies et d'ouvrages contenant les plus instructifs et intéressants détails sur les résultats obtenus dans le§ guerres des États-Unis d’Amérique, de l’Allemagne et de l'Italie.

« Les pays, qui ont, sur l’invitation de la France, contribué à former avec elle ce précieux musée, si utile pour des études comparatives, sont l’Autriche, le grand-duché de Bade, la Bavière, la Belgique, le Danemark, l'Egvpte, l’Espagne, les États-Unis d’Amérique. la Grande-Bretagne, le grand-duché de Hesse, la Grèce, l’Italie, le grand-duché de Mecklenbourg, le grand-duché d’Oldenbourg, le Portugal, la Prusse, la Russie, la Suède et la Norvège, la Suisse.

« Un drapeau blanc, portant au centre une croix rouge, a été adopté au Congrès international siégeant à Genève. Il flotte au-dessus de cette exposition d’un caractère si exceptionnel. A côté, sont rangés des canons, des obusiers, des pièces de siège et, à quelques pas plus loin, la remarquable exposition du Ministère de la guerre de France. Les limites de cette notice ne permettent pas d’ajouter d’autres développements. Nous ne saurions la terminer cependant, saris dire que l’Exposition, dont nous venons de parler, est honorée du haut patronage de LL. MM. l’Empereur et l’Impératrice, de S. A. I. le Prince impérial, de LL. MM. la reine et le roi d’Espagne et le prince des Asturies, de S. M. le roi de Suède et de Norvège et de S. A. R. le prince Oscar, de S. M. la reine de Prusse, de S. A. R. la grande-duchesse Louise de Bade.

« L’Empereur, l’Impératrice, le prince Napoléon, le prince royal de Suède ont visité, avec un intérêt particulier et dans un grand détail, les diverses parties de cette importante collection.

« Le jury du 10e groupe a voulu de son côté rendre hommage par une visite solennelle à la grande idée de fraternité représentée par ces 20 Sociétés groupées sous un même drapeau.

« Encore un mot avant de finir cette courte et incomplète notice.

« Des conférences vont avoir lieu pour traiter toutes les questions qui se rattachent à la convention internationale de 1864. Nous sommes convaincus que de nombreux adhérents viendront donner une grande solennité à ces réunions et une grande autorité à ses décisions et à ses vœux. »

Disons, en terminant, comment s’est formée la Société internationale de secours aux blessés militaires de terre et de mer.

En 1859, un citoyen de Genève, qu’on est heureux de nommer, M. Henri Dunant, publia un récit touchant des soins dont il avait été le témoin sur les champs de bataille de Magenta et de Solférino. C est de ce livre que sortit l’œuvre dont nous voyons le spécimen au Champ de Mars, et qui forme, sui vant l’heureuse expression de M. le comte Sérurier, le véritable arsenal de la charité internationale au secours des armées.

Le 22 août 1865, à la suite des conférences auxquelles prirent part les plénipotentiaires de seize gouvernements, douze souverains signèrent une convention pour la neutralisation des blessés tombés sur le champ de bataille, du personnel des hôpitaux et des ambulances, des infirmiers volontaires et même du matériel des services sanitaires.

Aujourd’hui, vingt et un États sont liés fraternellement entre eux par des liens que ne pourraient briser même les guerres les plus injustes et les plus acharnées.

On voit que la question a marché : sa complète solution n’est qu’une affaire de temps.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée