Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Instruction publique - Saxe royale

Instruction publique - Saxe royale à l'exposition de Paris 1867

La Suisse est le berceau de la pédagogie ; mais l’Allemagne en est la terre classique, le vrai sol nourricier.

On peut dire, sans compliment ni épi-gramme, que tout Allemand recèle en lui le germe d’un pédagogue.

L’école est, au delà du Rhin, en plus grand honneur qu’en aucun autre pays du monde. Dans les villes, dans les bourgs et dans les moindres districts, elle est considérée comme la succursale de la famille.

Le plus petit instituteur y est un personnage, et mieux encore, une autorité. Dans l’estime de tous il est l’auxiliaire indispensable du pasteur de chaque canton.

De la considération universellement attachée à leur titre et à leurs fonctions, on comprend que les maîtres d’école soient quelque peu fiers, mais s’ils exagèrent leur importance par suite de celle qu’on leur attribue et qu’on leur accorde, il faut reconnaître que tous travaillent constamment à se rendre de plus en plus dignes de l'estime où on les tient.

La prospérité de leur école et les progrès de leurs élèves, voilà leur seule préoccupation, leur ambition unique. Toujours en quête d’une méthode plus expéditive, de procédés qui rendent le travail des enfants plus facile et les résultats plus assurés, ils modifient et améliorent sans cesse leur enseignement, et adoptent avec autant d’intelligence que de zèle tout procédé capable de mener plus rapidement encore leurs élèves au but qu’ils veulent leur faire atteindre.
Nous ne rendons ici aux instituteurs allemands qu’une justice méritée : si beaucoup d’entre eux ne vivent qu’à grand’peine de leur école, tous cependant vivent uniquement et exclusivement pour elle; ils s’y renferment, ils s’y concentrent, ils y consacrent toute leur ardeur, et dépensent à son profit tout leur temps et toutes leurs forces : la considération dont on les entoure n’est donc que la juste récompense d’une vie laborieuse, toute de dévouement et d’abnégation.
Mais on comprend qu’un maître ait une très-haute idée de l’importance de sa mission, et qu’il s’y sacrifie, dans un pays où l’école est l’objet de l’attention et de la sollicitude de tout le monde, où, comme le dit M. Baudouin, dans son magnifique rapport sur l’enseignement en Allemagne, les plus hauts personnages et les plus grandes dames y consacrent leur temps, leur fortune et leur expérience, où les premiers écrivains rédigent des livres pour les plus petits enfants, et où les poètes composent, pour les leçons de gymnastique et de chant, des vers que les plus illustres compositeurs ne dédaignent pas de mettre en musique.

En Allemagne, tout le monde est convaincu que s’occuper de l’instruction de la jeunesse, c’est remplir un devoir personnel et travailler à l’avenir du pays, et en cela personne ne se trompe: aussi le pays entier a-t-il acclamé la loi qui exige que tout enfant soit envoyé à l’école dès l’âge de six ans, et tenu de la fréquenter durant huit années consécutives.

Tous les ans, chaque pasteur fait, dans sa paroisse, du haut de la chaire, le dénombrement des enfants qui sont entrés dans leur sixième année, puis il en remet la liste au président de la commission de surveillance qui contraint toutes les familles de son district à se soumettre à l’obligation scolaire.

Jamais aucun Allemand n’a songé à voir dans cette mesure et dans la loi qui rend l’enseignement obligatoire, une violation de ses droits et une atteinte portée à la liberté du père de famille; et s’il en est qui refusent de comprendre qu’ils sont aussi rigoureusement tenus de donner à leurs enfants la nourriture de l’esprit que celle du corps, ceux-là s’exposent aux peines d’amende et même d’emprisonnement édictées par la loi.

Quels cris ne pousserait pas un habitant de Saint-Flour ou de Landerneau, si le Corps législatif, exagérant les nobles instructions de M. Duruy, l’obligeait, par une loi, d’envoyer pendant huit années ses enfants à l’école, et le déclarait, en cas de refus, passible d’une amende de 10, 20 ou 30 francs, et pour le fait d’obstination ou de récidive, de quinze jours ou d’un mois de prison!

Le bon peuple allemand trouve, lui, cela fort jus'e et fort sage, et cependant la liberté ne lui est pas moins chère qu’à nous, mais il comprend qu’il est prudent d’en régler l’exercice, quand elle peut porter atteinte à l’intérêt de tous.

Parmi tous les États de l’Allemagne, la Saxe est un de ceux qui se distinguent le plus par le zèle qu’elle apporte à étendre son enseignement et à bien administrer ses écoles.

Quoique ce petit royaume ne compte que 2 millions d’habitants, il a établi 2000 écoles élémentaires où 165 000 garçons et 167000 filles suivent les leçons de 3600 professeurs; il a fondé en outre 75 écoles de perfectionnement ou de dimanche, qui sont fréquentées par 8000 élèves.

Voilà ce que la Saxe a fait pour le peuple, et il est difficile à un petit État de faire mieux et plus.

Le royaume est divisé en un certain nombre de districts scolaires, et toutes les villes, tous les villages, les fermes isolées et la moindre habitation font partie d’un district déterminé.

Nul ne peut se soustraire ni échapper à la loi : bon gré, mal gré, il faut que les enfants apprennent à lire, à écrire et à compter; on ne trouverait pas là un seul garçon et une seule jeune fille incapable de signer son acte de mariage; tandis qu’une désolante statistique, dressée par ordre du ministre de l’Instruction publique, nous signale, en France, une foule de cantons où 60 hommes et 80 femmes sur 100 ne savent ni lire ni écrire.

M. Duruy qui, dans une patriotique intention, a cru devoir signaler un pareil mal travaille de tous ses efforts à le réduire ; mais combien de temps lui faudra-t-il pour le faire disparaître et accomplir son œuvre? Pourquoi ne lui a-t-il pas été permis d’y apporter le remède héroïque qu’il avait proposé? Mais nos législateurs, par un inexplicable scrupule, lui ont refusé leur concours; ils n’ont pas compris qu’en ne voulant pas gêner l’autorité paternelle et en craignant de porter atteinte à la liberté des chefs de famille, ils décrétaient implicitement l’ignorance indéfinie d’un million d’enfants.

Revenons à la Saxe.

Dans une des plus modestes constructions élevées dans le Parc, près de la porte d’entrée de l’École militaire, on a réuni et classé tous les objets en usage dans les diverses catégories des écoles du royaume ; livres d’instruction religieuse, méthodes de lecture, modèles de calligraphie, traités d’histoire et de géographie, de physique et d'histoire naturelle , guide théorique et pratique de gymnastique, machines à calculer, tableaux, cartes, figures de géométrie, collections de minéraux, tout est là. Les traités didactiques exposés, qui sont tous, les œuvres des professeurs et des savants les plus distingués de l’Allemagne, forment une véritable encyclopédie classique, aussi curieuse que complète. De ce qui peut servir à éclairer l’esprit, à rectifier le jugement, à étendre et à fortifier l’intelligence, rien ne manque.

Mais dans cette exposition pédagogique, ce qui attire les regards et fixe particulièrement l’attention, c’est le modèle en relief du gymnase de Dresde, de ses appareils, de ses instruments divers, .enfin de son complet outillage.

Comme les exercices ne doivent pas être plus interrompus que les autres études, et qu’on mène de front, en Allemagne, l’éducation de l'esprit et celle du corps, il y a là deux gymnases en un seul, un gymnase à ciel ouvert et un gymnase clos, où les professeurs donnent alternativement leurs leçons.

Agrandissez parla pensée la réduction très-exacte et très-fidèle que vous avez sous les yeux, et vous vous formerez une juste idée de l’importance de ce grand et magnifique établissement.

Ce n’est qu’après 1812 que la gymnastique a été introduite en Allemagne. Quelques professeurs, attirés en Suisse par la réputation de Pestalozzi, l’étudièrent sous sa direction, dans les jardins du château qu’il habitait à Yverdun. Le côté pratique de la science de l’illustre maître les charma ; initiés à son esprit et à sa doctrine, ils rapportèrent en Allemagne tous les instruments qu’il avait imaginés. C’est de leur retour que date la création des premiers gymnases en Prusse et en Saxe. La gymnastique, successivement adoptée par les divers établissements d’instruction publique, fait aujourd’hui partie essentielle de l’éducation scolaire, et elle est partout méthodiquement et régulièrement enseignée.

Cette science a, comme toutes les autres, fait de rapides progrès : ses merveilleux résultats en ont démontré l’importance hygiénique; des médecins en ont fait une heureuse application aux lois de la thérapeutique, et l’on a successivement imaginé des instruments propres à imprimer une action parti culière à chaque partie du corps.

Aujourd’hui il est même avéré pour tous, en Allemagne, que la gymnastique ne con court pas avec moins d’efficacité à développer et a affermir les diverses facultés de l’esprit, qu'à fortifier les organes du corps et à augmenté l'énergie des propriétés vitales.

C'est une vérité qui, bien-espérons-le, n’aura plus contradicteur en France.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée