Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Kiosque à bois découpé

Kiosque à bois découpé à l'exposition de Paris 1867

Ce sont les Chinois qui ont les premiers appliqué le bois découpé à l’ornementation des édifices. Ils ont été imités par les Russes, et sans connaître les travaux des uns ni des autres, les paysans suisses ont innové dans ce genre de décoration. En France, où il a été importé depuis quelques années, il a produit des œuvres remarquables; mais rien, nous le croyons, de plus élégant que le kiosque dont nous donnons la fidèle reproduction.

Ce kiosque est octogone, d’architecture mauresque, exhaussé sur une plate-forme à laquelle on monte par un perron de plusieurs marches, et entouré d’un portique couvert, d’une largeur de 1 mètre 20 centimètres, soutenu par de sveltes colonnettes. On croirait voir un de ces pavillons qui abondent dans les paysages orientaux, et dont parlent tant les contes arabes.

La couverture, en zinc estampé, a été fournie par M. Gugnon. Les jalousies et les chaînettes sont en fer. Le reste du kiosque, qui a 6 mètres 50 centimètres de diamètre, soit 42 mètres carrés de superficie, est entièrement construit en bois de chêne, sapin et peuplier. C’est une œuvre de menuiserie artistique, et il offre l’avantage de pouvoir être démonté, remonté, déplacé, replacé sans difficulté aucune. Par des procédés particuliers, l’auteur découpe le bois, le creuse, y trace des arabesques, l’agrémente des dessins les plus variés, des dentelures les plus délicates. Les kiosques qu’il exécute sont éminemment propres à figurer dans les parcs, en perspective à l’extrémité d’une allée, surtout si des vases de fleurs sont disposés sur la balustrade de la vérandah.

Placé à peu de distance de la grande cascade, dont on entend le bruissement, entouré de plantes rares et d’ombrages, le kiosque dont nous nous occupons produit le plus gracieux effet.

Les vases, coupes, potiches, qui contribuent à l’embellir, sortent de la maison E. Paris, médaillée des expositions de 1849, 1852 et 1855; ils sont en tôle et fonte de fer émaillées et décorées. Quelques-uns ont des fonds d’or ou de platine appliqués sur émail.

La spécialité de M. Paris est d’émailler les métaux, de les revêtir d’un fondant adhérent et bien glacé, de les préserver de l’oxydation. Il y applique ensuite des couleurs, par un procédé qui lui appartient, et obtient ainsi des imitations de faïences solides, durables, d’un prix peu élevé, sur lesquels le soleil, l’humidité, la gelée n’ont aucune espèce d’action.

A son exposition du kiosque figure une coupe en doublé rouge, à laquelle sont soudés un pied et deux anses. Qu’entre-t-il dans la composition de cet objet d’art? Un certain assemblage de couleurs, et de la pâte de riz associée à un verre transparent.

Tout auprès est une suspension en pâte de riz verte, doublée d’émail à l’intérieur, avec un bouton en verre taillé.

Nous remarquons encore une boule d’éclairage d’une composition opaline particulière, destinée à remplacer les globes en verre dépoli. La lumière qui passe à travers cette boule est pour ainsi dire tamisée, et se répartit sur toute la surface. Le foyer central disparaît, ce qui rendra précieux, pour l’éclairage électrique, les globes que M. E. Paris a qualifiés de globes en émail Ils sont déjà, par la recommandation de M. Alphand, adoptés pour les places et squares de la capitale.

A côté du perron du kiosque sont les doubles des mosaïques et émaux qu’a exécutés M. Paris, sur les cartons de Visconti, pour le tombeau de Napoléon Ier.

Ce fut M. Paris, père, qui, en 1844, exposa le premier des émaux sur tôle ; il les avait façonnés en bijoux, mais depuis cette époque, son fils en a trouvé d’innombrables et curieuses applications ; plaques de rues et numéros de maisons, tuyaux, plaques de doublage pour navires cuirassés, etc. La principale cheminée de la prison Mazas est en tôle émaillée. La fabrique de M. Paris a fourni l’émail de 180000 mètres de tuyaux en tôle rivée, posés à Lisbonne, en 1850, pour la compagnie du gaz. Les tuyaux du palais du Louvre, les réflecteurs des théâtres du Châtelet et de la Gaîté, sont en tôle émaillée.

Une troisième industrie occupe encore le kiosque Millet. MM. Langenbagen et Hepp de Strasbourg ont installé à l’intérieur une fabrique en miniature de panamas, de chapeaux de baleine et d’écorce de palmier. Ce petit salon a 3 mètres sur 3, on y entre par deux portes, il est éclairé par six croisées garnies de vitraux de couleur, gravés ou mousseline, exécutés par M. Grados.

Il est à noter que ces charmantes constructions, quoique ayant tout le luxe et le confort désirables, pourraient être livrées à un prix relativement modique.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée