Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


Retour - Liste Pavillons

Prusse

Prusse à l'exposition de Paris 1867

Jetons en continuant notre route, un regard sur cette grande pierre lithographique expédiée de Bavière. Le Wurtemberg et le grand-duché de Baden ont aussi bon nombre de machines dignes d’attention, des matières premières remarquables et des produits agricoles qui mériteraient d’être examinés, mais la Prusse est proche, et vous le savez, la Prusse est, en ce moment, le lion du jour, la grande attraction. — Les produits qu’elle expose justifient au reste cette curiosité, et prouvent une puissance de production remarquable.

Les industries appelées à prendre place dans la grande galerie y sont dignement représentées. Voitures et carrosserie allemandes, locomotives et matériel de chemins de fer, câbles et appareils électriques, métiers à tisser la laine, le coton et la soie, machines à coudre de Schmidt et Comp., ingénieuse machine à air et à gaz de Otto de Cologne, donnant à la petite industrie une force motrice à domicile par la combustion de l’hydrogène ou de l’hydrogène carboné (gaz d’éclairage), dont l’inflammation a lieu sans l’emploi de l’électricité; — appareil de Neun d’Aix-la-Chapelle, avec lequel un enfant fabrique quarante mille têtes d’épingles par jour et, aux pieds de ce portique, aux armes et aux drapeaux prussiens, que représente notre gravure : sur un espace réservé entre les deux escaliers, les aciers de la célèbre fabrique de Frédéric Krupp à Essen.

Les produits de la paix et ceux destinés à la guerre s’y trouvent rassemblés : — lingot colossal d’acier fondu pesant quarante mille kilogrammes qui, après avoir brillé à l’exposition se transformera sous l’action d’un marteau pilon du poids de cinquante mille kilogrammes en arbre de couche pour un grand bâtiment transatlantique : — roues de wagons et roues motrices de locomotive, ressorts, rails et bandages d’acier, tôle en acier fondu, cornières et, — ce qui étonne le plus et attiré tous les regards : — pièces de canons en acier de toutes grandeurs et de toutes formes. Elles sont là au nombre de sept, depuis la petite pièce de montagne en acier fondu du poids de quatre-vingt-dix-sept kilogrammes et demi, le canon de six, du poids de quatre cent trente kilogrammes, jusqu’aux canons pesant douze mille et cinquante mille kilogrammes, lançant des projectiles de cent cinquante et de cinq cent cinquante kilogrammes avec une charge de vingt kilogrammes et cinquante à cinquante-cinq kilogrammes de poudre et coûtant, par coup tiré huit cents francs pour le canon de douze tonnes, et quatre mille francs pour celui de cinquante, ce qui est, l’on en conviendra, une assez jolie somme. 11 est vrai que la pièce avec son affût revient à la bagatelle de cinq cent quatre-vingt mille deux cent cinquante francs. Quant aux autres canons, leur prix varie de quatre mille à cinquante-cinq et cent vingt mille francs.

Cette espèce de musée des espérances de la mort, si l’on peut s’exprimer ainsi, et la fabrication de ces monstres nouveaux, à la mode aujourd’hui, et qui jouent un rôle important dans le registre des profils et pertes d’une nation, car ils contribuent à relever ou à diminuer la confiance ou la sécurité, — méritent, et seront plus tard, de notre part, l’objet d’une étude spéciale, lorsque nous passerons en revue les spécimens nombreux envoyés de tous les pays à la pacifique Exposition ; mais, dès aujourd’hui, nous devons signaler d’une façon particulière à l’attention publique ce Léviathan de l’artillerie, auquel on a travaillé jour et nuit pendant seize mois, et pour lequel il a fallu établir un wagon spécial, en fer et acier, monté sur douze roues, lu poids de vingt-trois tonnes, afin de pouvoir l’amener à Paris. — Les hommes spéciaux émettent des doutes, avec la fabrication actuelle, sur la résistance de ces pièces énormes en acier, lorsqu’elles seront soumises à un tir prolongé, et celle ci n’a pas été éprouvée ; mais e dernier point est précisément, par suite des résultats antérieurs obtenus à l’usine d’Essen, l’objet de vives discussions, et il y a là, en tout cas, comme production métallurgique, en laissant même de côté les questions qui se rattachent à la science proprement dite de l’artilleur et aux formes spéciales adoptées par M. Krupp dans les différentes parties de ces engins de guerre, un fait d’une importance incontestable. L’usine capable de fournir d’une façon régulière une production spéciale qui, tout en n’étant que les deux cinquièmes environ de la production d’ensemble, ne s’est pas élevée à moins de trois mille cinq cents canons, d’une valeur de vingt-cinq millions deux cent cinquante mille franc», et qui exécute actuellement pour le compte des gouvernements européens et des autres parties du monde, deux mille deux cents canons, d’une valeur de quinze millions, dont les dix-neuf vingtièmes sont rayés, se chargeant par la culasse, du calibre de quatre jusqu’à celui de trois cents, et un petit nombre de six cents et de mille, doit posséder un outillage et une organisation bien remarquable pour pouvoir suffire à une production courante aussi considérable.

Il y a quarante ans, M. Frédéric Krupp, poursuivant les essais infructueux de son père, commençait modestement ses travaux avec deux ouvriers. Aujourd’hui il est le seul propriétaire d’un établissement qui couvre une superficie de deux cent quatre hectares dont cinquante-deux couverts de toiture, ayant pour son service particulier des chemins de fer d’un développement de vingt-huit kilomètres, et six locomotives toujours en mouvement. Bâtiments, approvisionnements et outillage valent cinquante millions, et il voit chaque année l’usine obligée d’accroitre ses moyens de production dans une proportion qui varie d’un sixième à un tiers. Dix mille ouvriers sont employés régulièrement : huit mille à la fabrique et deux mille aux mines de charbon et de fer, et dans les hauts fourneaux et fonderies sur le Rhin tt dans lé Nassau, qui fournissent les fontes Spéciales que l’on transforme en acier à Essen. Car, il ne faut point l'oublier, la production de M. Krupp est uniquement celle de l’acier de diverses qualités selon l’usage auquel il est destiné, c est-à-dire du métal le plus difficile à obtenir homogène, le plus dur et le plus résistant, et que l’on est parvenu cependant à couler par masse de trente-sept mille kilogrammes, et à façonner ensuite sous les efforts prodigieux de ces marteaux pilons à vapeur, dont le plus considérable, celui de cinquante tonnes, coûte à lui seul deux millions quatre cent mille francs et travaille le jour et la nuit pour ne point perdre un seul moment l’intérêt de l’immense capital employé à sa construction. Faut il parler des cent mille creusets d’une capacité de vingt, trente et quarante kilogrammes chaque, ne servant qu’une fois, demandant deux mois pour sécher, et destinées à obtenir une température égale dans les fours pour la matière en fusion qui se déversera ensuite dans des moules variant de soixante kilogrammes à trente-sept mille. Ce jour-là, dans la salle des grandes coulées, douze cents creusets viennent prendre place par quatre, par huit et par douze, dans des fours ingénieusement distribués, et bientôt le fleuve de feu commence à couler, sous la direction des contre-maîtres et. des ingénieurs. M. Turgan, dans son beau livre des grandes usines, a donné une description d’Essen, pleine d’intérêt et de faits curieux confirmés par tous les renseignements qu’il nous a été possible de recueillir à d’autres sources très-autorisées.

L’année dernière, l’usine d’Essen voyait sa production s’élever à soixante-deux millions et demi de kilo. d’acier fondu, et la petite ville qui touche à ses murailles triplait en moins de dix ans le chiffre de sa population. Rarement plus grande fortune industrielle est venue récompenser le courage, la science, l’esprit d’ordre et d’organisation soutenu par une volonté énergique et une persévérance que rien ne peut lasser. Il y a là pour nos usines d’utiles enseignements qui ne seront certainement pas perdus. La métallurgie française soutient au reste dignement son rang à l Exposition et les produits aciéreux de MM. Petin et Gaudet auxquels la marine française doit, les plaques si remarquables qui revêtent la plupart de nos bâtiments cuirassés, obtiennent des éloges mérités, mais leur outillage et. leurs moyens de production sont loin d’être aussi considérables. L’acier est appelé à remplir un rôle chaque jour plus important dans l'industrie moderne. Qu’ils redoublent donc d’efforts pour lutter contre la concurrence étrangère et nous assurer ce grand et fécond instrument du travail.

Dieu vous garde pourtant, lorsque vous contemplez l’exposition Krupp du haut de la balustrade et que votre regard suit la longue rue Prussienne qui s'étend sous la garde du canon Leviathan, d’être brusquement réveille par l’ébranlement des cloches monstrueuses suspendues à l’extrémité de la galerie auprès de l’allée qui sépare la Belgique et la Prusse, il vous ferait fuir aussitôt et vous perdriez le coup d’œil original que présente cette partie de la nef. Il y a là une série de dômes, de coupoles, de buffets d’orgue et de machines dont les lignes s’enchevêtrent à souhait pour le plaisir des yeux.

Sur la droite de grands vitraux peints adoucissent l’éclat de la lumière et la galerie de gauche présente une physionomie des plus originales.

Non loin de ces pierres de sel, dont les blocs rassemblés forment un envoûtement si singulier, et au centre même du passage, se dresse le mouvement de la production minière de la Prusse, des cubes de cuivre dont la grandeur représente d’une façon saisissante la quantité d’or équivalente à la valeur monétaire de ces richesses arrachées par le travail et l’industrie aux entrailles de la terre. — Chaque année le labeur de l’homme rend le sillon plus productif. De 1835 à 1844, la somme retirée est de 25900000. — De 1845 à 1854, 46700000. — De 1855 à 1864, 123600000. — En 1865 elle atteint 180750000 francs.

Elle sera cette année plus considérable encore, si rien ne vient troubler la campagne pacifique du travail et de l’industrie si brillamment commencée et remplacer l’activité féconde par l’effort stérile. — Souhaitons à la Prusse et à la France des jours tranquilles; qu’une noble émulation les anime dans ces pacifiques conquêtes du bien-être et du progrès moral, et qu’à la fin de cette année 1867, troublée déjà par des questions si violentes, nous puissions constater une fois de plus la prospérité de ce grand pays, voir son industrie acquérir de nouveaux développements, ses habitants s’enrichir, et l’usine d’Essen tripler sa fabrication pacifique, mais vendre un peu moins de canons, de boulets et d’engins de guerre.


GALERIE DES MATIÈRES PREMIÈRES. — SILÉSIE.

Ce qui frappe tout d’abord en entrant dans les salles prussiennes est la bonne disposition des objets exposés, la façon pittoresque et pour ainsi dire parlante dont les organisateurs sont parvenus à mettre en relief la magnifique industrie minière et métallurgique de la Prusse, industrie qui, jusqu’à présent n’avait pas été appréciée à sa juste et haute valeur. « La Prusse gagne immensément dans l’opinion de l’Europe à ce concours. » Tel est le dire général de tous ceux qui étudient cette exposition. L’Allemagne est fière de ses mines et elle a raison. A l’entrée de la salle, dans l’axe de l’avenue d’Europe, l’œil est attiré par des cubes de laiton superposés. Le plus élevé est le fac-similé d’un lingot d’or valant 25900000 francs, ce qui est précisément en moyenne la valeur totale des substances minérales extraites chaque année des mines prussiennes entre 1835 et 1844. Les lingots augmentent de grosseur de dix ans en dix ans, et le quatrième représentant le produit pécunier des mines de Prusse en 1865, vaudrait, s'il était en or, 180750000 francs1. Des lignes noires gravées sur ces cubes, les divisent en tranches inégales qui indiquent la part de chaque espèce minière dans le produit général. On voit que la houille représente les deux tiers, et tout le charbon minéral, houille et lignite, environ les trois quarts du capital conquis par les mineurs — une vraie conquête celle-ci et non point seulement une substitution de-possesseur comme cela a lieu pour les conquêtes militaires. — Après les combustibles viennent, par ordre d’importance financière, le fer, le zinc, le plomb, le cuivre, les autres métaux et les sels.

En effet, les sels forment à présent une des richesses minérales de la Prusse. C’est dans les environs de Magdebourg à Stassfurth principalement, que l’on exploite le plus puissant dépôt salin qui existe en Europe. Avec les blocs de sel gemme envoyés de Stassfurth on a construit une grotte qui est bien une des choses les plus originales de l’exposition. Le banc de sel présente une épaisseur et une compacité telle, qu’il a été possible d’y tailler à la scie, tous les matériaux de la grotte, comme, dans les carrières on taille le3 pierres à bâtir. Cette voûte blanche et demi-transparente, est assez haute et assez profonde pour que trois ou quatre personnes puissent aisément y tenir debout, et elle est exhaussée par trois marches qui la précèdent comme un perron. Sur ces gradins, faits chacun d’un seul morceau de sel, ont été disposés sous des globes les produits secondaires des mines de Stassfurth. La carnalite, sel précieux que l’on dédouble en chlorure de potassium, si recherché par l’industrie, et en chlorure de magnésium d’où s’extrait le métal dont la flamme rivalise avec la lumière électrique; la polyalite, sulfate multiple qui contient aussi beaucoup de potasse; la boracite, dont le nom indique qu’elle renferme l’acide borique dont les emplois deviennent de plus en plus nombreux; la kiéserite qui est tout simplement le sel de Sedlitz ou d’Epsom ; et d’autres sels en ite, mais la nomenclature en est déjà trop longue. En 1865 les mines de Stassfurth ont produit cent vingt-huit millions de kilogrammes de sel ordinaire en roche ou raffiné, et trente-six millions de kilogrammes de sels potassiques.

A côté de leurs produits se trouve un plan-relief en verre des mines de Stassfurth, qui permet au regard de plonger dans les profondeurs de la terre et de voir la succession des couches qui s’y superposent, depuis la surface jusqu’au sel gemme, au beau milieu duquel sont creusées les galeries d’exploitation, à un demi-kilomètre au-dessous du sol. Cet ingénieux modèle est à l’échelle de un huit centième.

La grotte de sel est flanquée de deux pyramides qui représentent la quantité de houille produite par la Prusse à dix ans d’intervalle en 1855et 1865. Chacune d’elles est formée de sept dés de charbon de terre, nombre égal à celui des bassins houillers prussiens.

La proportion des échantillons exposés, à la masse du combustible extrait est celle d’un centimètre cube pour huit tonnes et demie de houille. Le plus gros bloc correspond au bassin houiller de la Westphalie, le plus important de l’Allemagne; et le plus petit aux mines de Minden. En 1855 la production totale a été de 8107 850 tonnes; en 1865, elle avait plus que doublé et était de 18 592 000 tonnes. La France produit à peine le deux tiers de cette quantité.

Les houillères rhénanes alimentent principalement ; ces aciéries, ces forges, ces fonderies, sur lesquelles M. de Castellane donnait l’autre jour de si intéressants détails ; cela nous dispensera d’insister sur les magnifiques échantillons d’acier et de fer puddlés, fondus, forgés, tordus, ouvrés qui sont les perles de l’exposition prussienne. Mais nous admirerons la collection métallurgique des célèbres mines du Harz, ces mines où le travail séculaire de l’homme a excavé des montagnes entières, où les puits les plus profonds s’enfoncent verticalement à près de mille mètres sous terre, où l’on a creusé en tunnel un canal portant bateau sur une partie de la longueur qui atteint six lieues, le double du tunnel du mont Cenis.

Il est facile de suivre tous les détails de la fabrication du cuivre. Ici nous voyons d’abord le minerai pierreux, dans lequel brillent des veines de pyrites cuivreuses. Au milieu de ces matières abondantes on trouve quelques espèces rares, composées de soufre, d’antimoine et d’arsenic , fleurs minérales à l’aspect soyeux et velouté, aux nuances éclatantes, passant du jaune vif au rouge écarlate par l’orangé le plus pur. La pyrite de cuivre est d’abord grillée à l’air ce qui a pour résultat de la dépouiller de la plus grande partie du soufre qu’elle contient et qui se brûle. On fond le minerai, on le grille à nouveau six à huit fois, puis on le refond.Le cuivre obtenu ainsi est noir, il contient de l’argent; pour séparer ce métal on allie du plomb au cuivre, on chauffe, le plomb coule et entraîne l'argent. Le cuivre purifié deux Mois encore forme des disques bulleux d’un beau rouge nommés rosettes.

Les rosettes de cuivre sont empilées en face des échantillons de minerai, et auprès d’elles se voient tous les autres produits des sulfures exploités : cristaux de vitriol bleu, saumons de plomb, canons de soufre, gâteau d’argent et poudre d’or. Enfin, l’exposition est complétée par une énorme cuve hémisphérique et une grande lame fabriquées avec le cuivre du Harz.

Une colonnade en zinc rehaussé de cuivre, exposée par la Silésie, un gigantesque rouleau de tôle de plomb, des tuyaux de même métal de diamètre décroissant, enroulés comme des serpents, frappent encore les regards dans cette salle.

Les suivantes sont consacrées aux produits chimiques. Les plus remarquables échantillons sont ceux des couleurs extraites de la houille. Il est merveilleux de voir ce charbon noirâtre que nous venons d’étudier, donner naissance à ces nuances éclatantes qui embrassent toute la gamme du prisme. Chose singulière, plusieurs de ces couleurs qui donnent aux étoffes a plus riche teinte pourpre ou bleue brillent par elles-mêmes d’une couleur vert doré, qui ne se retrouve que sur la cuirasse des scarabées.

Des choses rares comme le carbonate de lithine, se présentent en quantité, au milieu de ces produits chimiques, et des choses introuvables, presque inconnues des chimistes eux-mêmes, comme les composés d’erbium, peuvent y être notées.

Élevons-nous en passant contre les expressions monstrueuses adoptées par les nomenclateurs. Nous avons remarqué des noms tels que carbotriphenyltrlamine, 22 lettres ! De semblables mots équivalent à une phrase entière.

Parmi les industries nouvelles révélées par cette exposition, on peut citer celle de l’extraction du soufre existant dans les résidus de la fabrication de la soude qui jusqu’à présent ne servaient qu’à empoisonner les terrains où on les déposait.

Il y a encore deux salles consacrées aux cuirs et aux laines, mais une forte odeur de tan en repousse les curieux, et nous nous garderons bien d’y introduire les lecteurs.

Nous préférons, au risque de les faire pécher par envie, les conduire jusqu’aux waggons du chemin de fer de Halle à Cassel.

On ne peut imaginer rien de plus confortable que ces voitures au plafond doré, aux canapés de velours avec coussinets de soie blanche. Les secondes elles-mêmes sont transformées en salons auxquels né font défaut ni les glaces ni le guéridon central. Mais la plus précieuse annexe de ces waggons est un closet où, grâce à une table à toilette avec robinet d’argent, les voyageurs peuvent se débarrasser de cette odieuse suie dont on est barbouillé après une heure de voyage en chemin de fer. Il nous semble impossible que nos compagnies ne s’empressent pas d’adopter un aussi excellent système de voitures.

Cette communion des nations qui permet à chaque peuple d’emprunter à ses voisins ce qu’ils font de bien et de beau, est certes un des grands résultats du concours universel.

Après avoir admiré l’exposition de la Prusse, on s’aperçoit, en entrant en relation avec les Prussiens, que ces faiseurs de canons, ces traîneurs de sabre, ces soi-disant gallo-pliages sont — individuellement— polis, bien-veillants et doux : ils voient de leur côté que nous ne détestons point leur pays et leurs compatriotes comme ils se l’imaginent, et ce rapprochement fait plus pour l’apaisement des colères et des haines que toute l'habileté de la diplomatie. L’exposition allemande, en résumé, est parfaitement belle, et on ne peut la quitter sans se rappeler cette parole de Victor Hugo : « Si je n’étais Français, je voudrais être Allemand. »

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée