Exposition Universelle de Paris 1867

Agriculture, Industrie et Beaux-Arts

1er Avril 1867 - 3 Novembre 1867


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Mécanique agricole

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Cet ascenseur, une fois derrière nous, une plate-forme, située sur notre gauche, nous montre de belles machines agricoles. Des locomobiles, des semoirs à cheval, des moissonneuses. La vapeur et la grande mécanique introduites dans le travail des champs, quelle innovation immense! elle s’est tout entière accomplie de notre temps.

Je ne laisserai pas échapper cette occasion de revendiquer, pour nos ancêtres les Gaulois, la priorité des machines à moissonner. Un texte de Palladius, écrivain du cinquième siècle, prouve que cette priorité leur appartient. Un dessin qui traduit fidèlement le texte en question, nous montre une petite voiture formée d’une caisse ouverte par le haut et montée sur deux roues. Cette voiture est poussée par un bœuf attaché à barrière par son joug entre deux courts brancards, la tête tournée vers la caisse. A la suite du bœuf un Gaulois tenant de chaque main un levier plus long que ces brancards, fait varier à son gré l’inclinaison de la caisse qui à cet effet est montée à charnière sur le train. Les quatre côtés de cette caisse s’inclinent dehors, et celui de devant, moins élevé que les autres, est muni à son bord supérieur d’une rangée de dents en fer qui, à leur extrémité, se recourbent en arrière dans un plan horizontal.

Telle était la machine. Son fonctionnement se comprend. Sous l’impulsion du bœuf la moissonneuse pénétrait dans les champs, le bouvier réglant l’inclinaison de la caisse sur la hauteur du blé; d'abord les épis s’engageaient entre les dents, puis, le char continuant de s’avancer, ils se tassaient dans la concavité des crochets, et finalement détachés de là paille, ils tombaient et s’amoncelaient dans la voiture.

Palladius nous apprend que cette machine était en usage dans la partie des Gaules qui se trouve en plaine. «. Elle économise, disait-il, le travail des hommes, et par son moyen un seul bœuf en peut faire toute la moisson. En quelques heures, par quelques allées et venues la moisson est terminée. »

Qu’on me pardonne cette archéologie, je reconnais d’ailleurs que si nous avions quelque chose à demander à nos premiers pères d’héroïque et philosophique mémoire, ce ne serait pas de nous mettre sur la voie de perfectionnements mécaniques ; ce qu’il faudrait prendre d eux, c’est leur indomptable esprit de liberté, c’est ce sentiment si profond et si clair de l’immortalité et de la perfectibilité éternelle qui leur inspirait ce mépris souverain de la mort, dont les Grecs et les Romains s’étonnaient.

©L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée